17 novembre 2014

Un rapport de la commission des finances a préconisé le report de la fermeture de Fessenheim « au vu du contexte budgétaire contraint ». Selon ses auteurs, Marc Goua (PS du Maine et Loire) et Hervé Mariton (UMP de la Drôme), un arrêt, dès 2016, pourrait ainsi coûter 5 milliards d’euros à l’État avant même de commencer le démantèlement, en ne comptant pas l’indemnité que pourrait réclamer EDF « de l'ordre de 4 milliards d'euros pour avoir été obligé de fermer ses deux réacteurs avant l'heure ».

Qu’a dit également la cour des comptes ? Quels sont les besoins français à long terme ? Comment poser la question nucléaire d’une manière simple ?

Source : Le Monde Planète du 30.9.2014

  Commentaire "les2ailes.com"

1- Le rapport parlementaire de la commission des finances sur le nucléaire

Le rapport parlementaire du 30 septembre 2014 évoque en outre « un impact négatif sur la balance commerciale française », puisque la production de Fessenheim est « valorisable sur le marché de gros de l'électricité à hauteur de 430 millions ».
« Il n'existe objectivement aucune raison de sélectionner le site de Fessenheim plutôt qu'un autre, concluent les parlementaires. Les investissements prescrits par l'ASN et réalisés par l'exploitant sur les deux réacteurs garantissent le plus haut niveau de sûreté ». Le rapport rappelle que l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) française, elle aussi, est favorable à la prolongation pour dix ans de Fessenheim, la doyenne des centrales françaises, dont les deux réacteurs ont été mis en service en 1978. La condition posée est qu'EDF en améliore la sûreté, ce que l'opérateur historique a fait notamment en renforçant le radier de béton sur lequel reposent les réacteurs.
Indépendamment de ce rapport, à la question de savoir si ce serait bien Fessenheim qu'EDF devrait arrêter, Ségolène Royal a répondu le 28 septembre 2014 sur Europe 1: « Je ne sais pas encore », et sur France Inter le 30 septembre, elle a prévenu qu'elle examinerait « avec beaucoup de pragmatisme quelles sont les propositions de l'entreprise par rapport au choix le plus judicieux, c'est-à-dire quels sont les deux réacteurs qui coûtent le plus cher en terme d'investissement pour être remis aux normes ... Évidemment, a ajouté Mme Royal, ma préférence va vers la fermeture de réacteurs sur un site où il y a plus de deux réacteurs parce que ça évite la fermeture complète d'un site industriel ». Fessenheim n'a que deux réacteurs, alors que Bugey (Ain) et Tricastin (Drôme) en ont quatre et Gravelines (Nord) six. Ces réacteurs ont été mis en service entre 1979 et 1981.
On en arrive à cette absurdité : au nom de la loi de transition énergétique, qui prévoit le plafonnement de la capacité nucléaire à 63,2 Gigawatts, il faudrait fermer Fessenheim pour ouvrir Flamanville ... comme si on devait vivre en autarcie ! Toutes ces déclarations montrent qu’il n’y a pas d’urgence technique ! On en arrive à vouloir fermer au moins deux réacteurs de 900 mégawatts simplement pour compenser l’entrée en service de l’EPR de Flamanville. Et pendant le même temps, la France importera de l’électricité d’Allemagne ... produite au charbon !
La France, sous la pression écologiste, n’a aucune vision nucléaire à long terme ! L'objectif est toujours le même: réduire la part du nucléaire, augmenter la part des énergies renouvelables et réduire la consommation.

2- Quels sont les besoins énergétiques ?

A l'horizon 2025, l’objectif gouvernemental est
- de faire passer la part du nucléaire dans la production électrique de 75% à 50%
- de réduire de 25% la consommation d'électricité.

En fait ces deux objectifs ne sont pas indépendants.
En effet, pour arrêter des installations nucléaires, il faudrait les remplacer par une augmentation considérable et coûteuse de 50% des énergies renouvelables, même en comptant sur la baisse de 25 % de la consommation.
Or, les entreprises électro-intensives, concentrées dans quelques secteurs, sont stratégiques pour l’économie: papier-carton, chimie, matières plastiques, sidérurgie, fonte, agroalimentaire, panneaux de bois, fibres textiles ... Toutes ces industries sont à l'affut des réductions d'énergie. Augmenter les tarifs d'énergie pour qu'elles soient incitées à investir dans des économies d'exploitation prend ces entreprises dans une tenaille:
- ou bien ces augmentations les rendent moins compétitives par rapport à leur concurrents étrangers,
- ou bien elles les incitent, pour garder leur parts de marché, à se délocaliser!

Ces deux conséquences sont toutes les deux destructrices d'emplois, d'autant plus que les industries électro-intensives sont en général plus exportatrices que les autres.
De 1970 à 2013, la part de consommation électrique en % de la consommation globale française, est passée, selon l’INSEE
- pour l'industrie et l'agriculture de 62 % à 30%
- pour les ménages, le secteur tertiaire et les transports de 38 à 70%

On ne peut donc pas se réjouir de cette évolution car la consommation électrique des entreprises est l'un des bons indicateurs de la santé économique des industriels, quoi qu’en disent ceux qui parient sur une baisse de l’intensité énergétique de la France. Or, malheureusement, ces indicateurs ne sont pas bons. La France aurait très bien pu développer ses activités tertiaires sans, pour autant, perdre ses industries.
Réduire de 25% en onze ans la consommation électrique est irréaliste et choquant  au moment où la population aspire au plein emploi et à la résolution de la crise du logement.
En effet:
- sans cette réduction de la consommation, le premier objectif de réduction de la part du nucléaire ne sera pas atteint et son remplacement par un doublement des énergies renouvelables aurait un coût considérable.
- et si, pour maintenir l'emploi, il fallait augmenter de 50% la consommation, il faudrait maintenir en activité les réacteurs existants et tripler la production de toutes les autres sources de production.

3 - Qu'avait dit le rapport de la cour des comptes !

La Cour des comptes avait publié un rapport en juillet 2013 intitulé "La politique de développement des énergies renouvelables"
Il y est rappelé que "les coûts de production de la plupart des énergies renouvelables ... sont encore aujourd'hui trop élevés pour assurer leur déploiement sans un soutien public. .. L'atteinte des objectifs fixés pour 2020 et au delà aura un coût élevé pour la collectivité et conduit à s'interroger sur leur soutenabilité"
La cour pense que "le surcoût de l’électricité renouvelable devrait atteindre entre 7 et 8,6 Md€ par an, ... soit, entre 45,1 € et 55,4 € par MW/h d’électricité renouvelable, sur la base des objectifs de production d’électricité prévus en 2020 "[1].
Il s'agit là de surcoûts bruts auxquels il faudra ajouter ceux liés à l'intermittence solaire ou éolienne: adaptation du réseau[2], construction et maintien de centrales à gaz de secours (avec la dépendance au gaz de Russie ou du moyen orient), production d'électricité inutile faute de technique performante de stockage[3]...le coût d'un bilan-carbone des éoliennes désastreux, le coût politique de la corruption sous-jacente dans les conseils municipaux , etc...
En période de déficits budgétaires, n'y aurait-il pas mieux à faire?

4 - Comment poser la question nucléaire de manière simple ?

Le citoyen n'a pas les moyens de se faire un jugement, tant on lui a parlé des dangers du nucléaire et du fait d'une difficulté évidente de compréhension. Or, une véritable transition énergétique devrait consister à s'équiper rapidement de nouvelles générations de réacteurs nucléaires. Des solutions existent, plus sûres et moins dispendieuses en matière d’investissements.
Faut-il encore comprendre, au moins de manière simple, de quoi il s'agit.

Rappelons au préalable que les éléments sont constitués d'électrons chargés négativement, qui tournent autour d'un noyau constitué de nucléons, mélanges de protons, chargés positivement et de neutrons. On reconnait un élément à son nombre Z de protons. S'il a un nombre d'électrons différents de son nombre de proton, on parlera d'un ion. Deux éléments qui ont le même nombre de protons mais un nombre de nucléons différent seront qualifiés d'isotopes. Deux isotopes seront plus ou moins lourds et plus ou moins radioactifs selon leur nombres de neutrons. Il y a en général à peu près autant de neutrons que de protons dans le noyau. Si ce n'est pas le cas, le noyau sera instable et pourra se diviser au cours d'une fission nucléaire.

4.1- Les réactions nucléaires

- La fission nucléaire
Un atome, sous l'effet d'une collision avec un neutron, explose en deux fragments en dégageant de l'énergie et en expulsant d'autres neutrons qui, à leur tour, provoquent des réactions en chaîne.
- La fusion nucléaire
C'est l'inverse: deux atomes fusionnent sous l'effet de chocs, par exemple de neutrons, en dégageant de l'énergie.

En gros, la fission et la fusion dépendent de la taille du noyau atomique. Pour des raisons de stabilité nucléaire, il apparaît que la fusion concerne plutôt les éléments inférieurs à l'atome de fer alors que la fission est privilégiée pour les atomes plus lourds car en principe d'énergie de liaison interne plus faible. En théorie, donc, on ne parlera pas de fission pour les éléments qui vont de l'Hydrogène au Fer.
De plus, la fission est de plus en plus "facile" pour les éléments qui sont de plus en plus lourds, avec un avantage pour les configurations nucléaires de nombre impair et aussi pour les noyaux dont le nombre de neutrons excède de beaucoup le nombre de protons.
La fission peut être naturelle ou provoquée. Par exemple, le Thorium 232 est l'élément naturel le plus "léger" à pouvoir fissionner spontanément. Cela dit, en prenant acte que la radioactivité naturelle n'est pas considérée comme une fission. Par exemple, le Rhenium 187 est un isotope naturel qui a une demi-vie de plus de 43 milliards d'années avec une radiaoactivité Béta et Alpha, ce n'est pas une fission.

4.2- La maîtrise des réactions

Les réactions en chaîne peuvent être très rapides en fonction de la pureté du combustible utilisé. C'est le cas des bombes nucléaires.
Dans l’industrie civile, il faut ralentir les neutrons[4] : on utilise un modérateur, graphite, eau ou autre.
A noter que les réactions nucléaires sont des phénomènes naturels. On en a trouvé des traces fossiles dans des sols peu profond à Oklo (Gabon). Cette découverte montre que le problème est bien celui de savoir maîtriser ces phénomènes naturels.
Les réactions dégagent de l'énergie qui est récupérée par un "caloporteur" destiné à chauffer de l'eau pour produire de la vapeur destinée à faire tourner des alternateurs producteurs d'électricité. Dans certains cas, il peut s'agir de CO2 ou de vapeur d'eau.

4.3- Les combustibles utilisés

Les combustibles radioactifs sont variés. Les plus fréquents sont l'Uranium (235U), le Plutonium (239Pl), ce dernier étant à la fois un produit de réaction réutilisable en combustible fissible.
Tous ces produits ont des isotopes, c'est à dire qu'ils ont la même structure nucléaire, mais avec un nombre d'électrons gravitant autour du noyau qui peuvent varier. C'est le cas en particulier d'un isotope de l'uranium (239U).
Les installation-pilotes plus récentes utilisent aussi des isotopes de l'Hydrogène: Deuterium  (4He), ou le  Tritium  (3T).

4.4- Les usages militaires et l'enrichissement de l'uranium

Pour que les réactions soient intéressantes, il faut de préférence utiliser l'Uranium 235  (235U),
On distingue les catégories de combustibles suivants:
- légèrement enrichi 1 à 2 % de 235U (naturel = 0,71%)
- Faiblement enrichi < 20% de 235U (minimum 3 à 5% pour une centrale électrique)
- Hautement  enrichi > 20% de 235U,  dont la qualité militaire = 85% de 235U

La prolifération des armes nucléaires est limitée pour des raisons politiques, certains pays y renonçant, mais également parce que "l'enrichissement" (augmentation de la teneur en 235U) est une industrie complexe et couteuse. Elle oblige à réaliser des réactions successives avec des productions intermédiaires d'Hexafluorure d'Uranium  (243UF6), de Fluorure d'Uranyle (UO2F2) et d'Acide Fluorhydrique HF. L'uranium enrichi est lui même sous forme de dioxyde d'uranium 235UO3

La réaction de base de l'enrichissement s'écrit ainsi:
243U19F6 +  21H216O   → 235U16O219F2 + 41H19F 2D
puis 235U16O219F2 + 1H2 →   235U16O3 +    2 1H19F

En fait, les minerais extraits n'étant pas purs, les réactions chimiques sont plus complexes et les divers produits finis contiennent des % différents entre les isotopes d'Uranium.

4.5- Les déchets nucléaires

Ce sont les produits résultant des réactions chimiques.
En France les principaux déchets diffèrent en fonction
- du modérateur utilisé (graphite, eau, etc...)
- et du produit résultant : l'uranium appauvri (238U), mais aussi, selon les filières utilisées, du 92Krypton, 141Baryum, 94Strontium , 140Xenon, 239Neptunium ou 239Plutonium,...

Ces déchets contiennent des mélanges de ces molécules. Ils sont retraités, en France, à l'usine de la Hague, près de Cherbourg. L'usine les sépare en nitrate en oxyde d'uranium (UO²), en dioxyde de plutonium pour les centrales. Ces produits sont alors
- soit réutilisable dans des centrales nucléaires,
- soit destinés, pour une faible part (4% environ), à être stockés dans des containers de verre. Les tonnages stockés représentent quelques milliers de tonnes par an.

4.6- Les principales filières de fission nucléaire

On distingue plusieurs générations technologiques

- Génération 1 de fission nucléaire:

a) Réacteurs UNGG- à "Uranium naturel graphite-Gaz"
Combustible: uranium naturel à 0,7% d'235U:
Modérateur: graphite (carbone solide)
Caloporteur: gaz CO²
Réaction chimique: Fission atomique  qui s'écrit de manière simplifiée:
235U + neutron → 236U → 92Krypton + 141Baryum + 3 neutrons
ou 235U + neutron → 236U → 94Strontium + 140Xenon + 2 neutrons
Déchets: graphités d'236U
Brevet d'origine:  France CEA et EDF
Implantations: toutes les installations de Marcoule, Chinon, St-Laurent Bugey... ont été fermées.
Avantages/Inconvénients
Avantages:
- Combustible à l'état de minerai naturel sans enrichissement préalable
Inconvénient:
- Faibles puissances (500 MWe) conduisant à un coût fixe d'investissement élevé.
- Absence d'enceinte de confinement induisant des risques d'accident grave.

b) Réacteurs RMBK - Réacteurs bouillants de grande puissance
Combustible: uranium naturel à 1,8% d' 235U:
Modérateur: graphite (carbone solide)
Caloporteur: eau bouillante
Brevet d'origine:  URSS. Ils constituent 40% du parc de l'ancienne URSS (dont Tchernobyl)
Avantage/Inconvénients
Avantages:
- ?
Inconvénient:
- Démantèlement très couteux à cause du graphite

Génération 2 de fission nucléaire

a) Les Réacteurs REP /REB, à eau pressurisée (REP) ou à eau bouillante (REB)
Combustible: oxyde d'uranium (faiblement enrichi)
Modérateur et caloporteur: L'eau joue la double fonction, soit à l'état d'eau ordinaire entrant en ébullition dans le réacteur, soit sous pression pour la maintenir à l'état liquide à haute température (θ=300°)
Réaction: Fission atomique qui s'écrit de manière très simplifiée:
4235U16O3 + 13 neutrons   → 236U + 239U + 239Plutonium + 239Neptunium
Déchets contenant 95 % d'236U  ou 239U et 1% de plutonium et 4% de Neptunium  (1000 W - Brevet d'origine: Westinghouse (procédé Rickover)
Avantages/Inconvénients
Avantages:
- Les investissements sont désormais bien amortis. En France, toutes les centrales en activité sont des REP
- Puissance importante: 900 à 1450 MWe
Inconvénients:
- Conception destinée à fournir des réacteurs très compacts pour les sous-marins nucléaires. Or "plus un réacteur est compact, plus il peut fusionner rapidement en cas de problème"[5] (pour la motorisation des sous-marin et porte-avions)

Génération 3 de fission nucléaire

On rassemble deux technologies dans cette catégorie de 3ème génération

a) Phénix (Marcoule- fermé en 2010) et Superphénix (Creys Malville- Fermé en 1998)
Combustible:  Plutonium  ou oxyde mixte d'235U et Plutonium (MOX) 239Plutonium  ou 238U
Modérateur: Aucun
Caloporteur: Sodium liquide
Brevet d'origine: Surgénérateurs à neutrons rapides[6]
Avantage/Inconvénient
Avantages:
- La surgénération permet que la quantité de combustible consommée soit inférieure à la quantité produite, même si certains ont reproché à ces technologies à rendement très intéressant de vouloir répondre à un rêve de réaliser l'utopie du mouvement perpétuel.
Inconvénients:
- Grande complexité de l'exploitation.
- Risques liés à la présence de sodium qui, s'il entre en contact avec l'eau du circuit secondaire, peut prendre feu et être cause d'explosions violentes.
- En cas d'arrêt accidentel, il faut maintenir le sodium à 200° pour éviter sa solidification.
- Coût exorbitant, supérieur à 6,2 Milliards d'€
- Coût de fermeture considérable, car il faut transformer le sodium liquide résiduel en soude neutralisée.

b) EPR ( Réacteur pressurisé européen)
conception: Areva/Siemens
Localisation : Flamanville (Normandie), Olkiluoto (Finlande), Taishan (Chine)...
L’enquête publique pour un projet d’EPR à 76-Penly a été reportée, suite à une demande d'EDF annoncée en 2012, jusqu'à une date indéterminée
Combustible: uranium enrichi à 5% ou MOX (Mélanges d'OXydes: dioxyde de Plutonium 239PuO2 et dioxyde d'Uranium appauvri 238UO2)
Modérateur: Aucun
Caloporteur: eau pressurisée
Réaction: surgénération à neutrons lents
Puissance électrique : 1600 MW
Avantage/Inconvénient
Avantages:
-Débouché possible pour le retraitement nucléaire du plutonium issu des combustibles usés ou de surplus militaires
Inconvénients:
- Complexité liée à une conception franco-allemande
- Coût élevé (> 5 milliards d'investissement) difficile à exporter
- Les déchets de MOX ont une radioactivité élevée et sont difficiles à "retraiter" (car ils contiennent divers isotopes inhibiteurs de l'activité de la fission), mais peuvent être utilisés comme combustibles dans les réacteurs à eau pressurisées de 2nde génération.

Génération 4 de fission nucléaire.

a) Triga (General Atomics)
Combustible: Hydrure d'uranium + Zirconium
Réaction : auto-stabilisée
Avantage/Inconvénient
Avantages:
-Très haut niveau de sécurité: Si le combustible s'échauffe et menace d'exploser, la structure du réacteur et la nature du combustible arrête tout simplement le réacteur. De ce fait, le réacteur ne nécessite pas d'enceinte de confinement[7].
- Il en existe 70 dans plus de 20 pays
Inconvénient:
Faible puissance des prototypes existants.

b) Réacteur HTGR à "haute température refroidi au gaz"
Combustible: uranium enrichi à 5%
Modérateur: carbone et de carbure de Silicium
Refroidisseur: gaz hélium neutre non radioactif
Brevet d'origine : General Atomics (Pr. Freeman Dyson)
Implantation industrielle:  Fort St. Vrain, au Colorado
Avantage/Inconvénient
Avantages:
- L'hélium est gaz neutre qui ne peut pas devenir radioactif contrairement à l'eau. Leur niveau de sécurité est confirmé par l'Agence internationale de l'énergie atomique[8]
Inconvénients:
-  Les prototypes ne fonctionnent qu'avec une puissance de 300 MW, mais General Atomics a des projets atteignant 1000 MW.

c) Autres filières en cours d'étude
On ne fera que citer des filières à caloporteur en alliage de plomb (LFR), des filières à eau supercritique (SCWR), des réacteurs à sels fondus (MSR), ...

4.7- Les principales filières de fusion nucléaire

a) Les prototypes de type ITER (Cadarache)
Les combustibles sont deux isotopes de l'Hydrogène : Deutérium  + Tritium
Le Deutérium est abondant dans les océans et il existe trois sources de Tritium par extraction du lithium ou du Bore:
- le lithium léger : 6 Li +   neutron   → 4He + 3T
- le lithium lourd : 7Li +   neutron    → 4He +  3T + neutron
- le Bore             : 10Bo + neutron → 2 4He + 3T
Réaction chimique: Fusion inertielle  qui s'écrit de manière simplifiée:
2D + 3T → 4He + neutron + énergie
Modérateur: Aucun
Déchet : l'Hélium neutre
Prototypes: On peut citer les projets suivants:
- ITER à Cadarache. "Il faudra attendre 2027 ou 2028, à partir d’un plasma formé d’abord avec du deutérium, ensuite avec du tritium, pour enfin obtenir un facteur d’amplification de l’énergie... La pleine puissance est prévue en 2035"[9].
- STELLARATOR-Wendelstein-7-X, installé au centre de l’Institut Max- Planck de Greifswald, au nord de l’Allemagne et à quelques kilomètres de la mer Baltique.- TRI-ALPHA ENERGY, en Californie, entreprise américaine qui compte parmi ses actionnaires la banque Goldman Sachs. Les chercheurs de Tri Alpha ont constaté que ce dispositif, une fois amélioré par leurs soins, présentait une capacité à contenir ce plasma dix fois supérieure à tous les dispositifs précédemment testés dans le passé. Soit sur une durée de cinq millisecondes, dix fois plus que toutes les durées précédemment obtenues. Prochain objectif des chercheurs de Tri Alpha : contenir ce plasma durant une seconde.
- GENERAL FUSION est une société canadienne basée à Burnaby près de Vancouver Elle a été créé pour le développement de l' énergie de fusion basée sur la fusion cible magnétisée (MTF). La société est financée par une divers investisseurs, y compris Chrysalix capital-risque, la Banque de développement du Canada, Bezos Expeditions, Cenovus Energy, Growthworks, Khazanah Nasional, et Technologies du développement durable Canada.
Avantage/Inconvénient
Avantages:
-Débouché possible pour le retraitement nucléaire du plutonium issu des combustibles usés ou de surplus militaires.
Inconvénients:
-  Aucun matériau ne peut résister aux température atteintes (θ =100 à 150 millions°). Les concepteurs ont imaginé une enceinte magnétique ("Tokamak"), confinant le plasma en combustion, le tout dans une enceinte métallique. Mais cette enceinte magnétique sera toujours d'une extrême sensibilité à des vibrations sismiques, si minimes soient-elles!
- Même les concepteurs japonais ne voient plus l'avenir à réserver au site de Cadarache![10]
- Process discontinu: En février 2015, lors de l'inauguration de STELLARATOR, par la chancelière Angela Merkel, le réacteur a produit un plasma « stable » pendant une demi-seconde. Fin mars, 8 secondes étaient atteintes. Une cinquantaine de plasmas ont pu être réalisés quotidiennement. L’objectif est de générer un plasma « stable » pendant 30 minutes[11].
- Coûts exorbitants (déjà plus de 20 milliards dépensés)

b)  Rubbiatron (projet "Raphaël" en Europe Antares-Areva-...)
Combustible: Thorium ou autres déchets nucléaires
Masse combustible sous critique (pas de risque d'explosion)
Réaction: entretenue par accélérateur de particules (type CERN)
Conception d'origine: Carlo Rubbia, ancien directeur du CERN, prix Nobel de physique.
Avantages/Inconvénients:
Avantages:
- Sécurité absolue car il suffit, en cas de problème, de couper l'accélérateur de particules pour que la réaction s'arrête.
- Le combustible, le thorium, est quatre fois plus abondant que l'uranium.
- Très peu de risque de prolifération nucléaire à usage militaire.
- Dimension adaptable aux pays en voie de développement.
Inconvénients:
- Puissance faible à cause du recyclage électrique pour faire fonctionner le cyclotron.
- Il n'existe qu'à l'état de prototypes encore très imparfaits.

c)  Zmachine
Conception d'origine: Labo Sandia USA, (tests arrêtés en France à Gramat/Lot)
Combustible:  Lithium + hydrogène   ou   Bore + Hydrogène
Déchet: Hélium non polluant (3Li + H → 2 He)
Réactions: Production de rayons X pulsés dans un réseau de fils très fins de tungstène ou de simples aciers. Soumis à une tension électrique de 20 millions d'ampères, les fils se dissolvent instantanément en un plasma de d'ions et d'électrons qui sont compressés, provoquant un dégagement de chaleur considérable (θ = 3,7 milliards°). A ces niveaux de températures, il est possible d'initier le même type de fusions nucléaires de Lithium ou de Bore que dans le projet ITER.
Avantage/Inconvénient
Avantages:
- Déchets d'Hélium neutre non radioactif.
- Coût faible de production (400 fois inférieur à celui d'Iter), en effet, la compression du plasma d'ions et de neutrons ne nécessite pas la construction de coûteux et fragiles Tokamaks.
Inconvénients:
- Les processus sont discontinus et, pour l'instant, les phases de discontinuité sont longs. Ils devraient s'améliorer à l'expérience;

5- CONCLUSION :

La seule transition énergétique : investir dans de nouvelles générations de réacteurs

Malgré tous les inconvénients évoqués au sujet de Superphénix, il existe toujours un projet de relance de cette technologie sous le nom de projet "Astrid" à Marcoule.
Or, nous citerons, en conclusion, Jean Staune qui dit qu'il faut être prudent dans l'analyse, mais qu'il est tout à fait possible,
"- que les centrales HTGR soient une bien meilleure solution ... que les centrales EPR, si complexes et si chères, sachant que les premières EPR que nous sommes en train de construire ont toutes plusieurs années de retard, sans parler de leur dérive budgétaire
- que ... le Rubbiatron soit bien plus sûr que les surgénérateurs de type Superphénix qui, même s'ils sont améliorés sont toujours prévus avec un système de refroidissement contenant du sodium liquide
- que la Z machine soit une voie, bien moins chère et plus sûre que les tokamaks de type Iter, pour que l'humanité possède, un jour, des centrales à fusion nucléaire"[12].

Que proposent les réseaux comme "Sortir du nucléaire?
Essentiellement faire des économies d'énergie et augmenter le recours aux économies d'énergie. Il faudrait s’arrêter longuement sur les conditions de rentabilité de telles économies d’énergies qui ne relèvent pas que de la réduction du gaspillage, mais nécessitent souvent des investissements dont la rentabilité peut être discutable.
Jean Staune ajoute: "Même le fameux argument concernant les déchets nucléaires, dont on ne sait quoi faire aujourd'hui n'est pas recevable si l'on réfléchit sur le long terme. En effet, les déchets nucléaires, ou tout au moins les plus dangereux d'entre eux, constituent des sources d'énergie, et, plus le temps avancera, plus notre société aura besoin d'exploiter toutes les sources d'énergies possibles"[13].
Les déchets d'aujourd'hui seront les combustibles de demain, même dans le nucléaire! Faut-il encore que les stockages de déchets soient réversibles. Pourquoi, sous la pression écologique chercher à enfouir des futs de déchets nucléaires qu'il faudra aller rechercher au XXI° siècle? Jean Staune a raison d'affirmer: "Des écologistes responsables devraient manifester.. pour que l'État investisse dans les réacteurs HTGR, le Rubbiatron, ou la Zmachine[14]". Mais hélas, pour eux, le nucléaire, c'est le diable.


[1] Rapport page 92/241

[2] Il existe des « Schémas Régionaux de Raccordement au Réseau des Énergies » ( S3REnR) destinés à déterminer les  ouvrages à réaliser sur le réseau de transport et sur les points de jonction entre le réseau public de transport et le réseau public de distribution pour accueillir le développement des Énergies renouvelables (EnR). Ces schémas de raccordement font l’objet de nombreux débats techniques et économiques. Les producteurs d’EnR ne s’y trompent pas qui se plaignent de devoir supporter les frais de raccordement. Or il est assez classique qu’un industriel finance lui-même ses raccordements , par exemple à un réseau ferré pour livrer sa production. Pourquoi pas à un réseau électrique ?

[3] Les systèmes d'éoliennes doivent être couplés, directement ou indirectement, à une centrale hydraulique de pompage-turbinage. L'énergie éolienne excédentaire sert à amener l'eau dans un bassin surélevé ; cette réserve d'eau est turbinée pour produire de l'électricité en période de faible vent. C’est le rôle des Stations de Transfert d’Énergie par Pompage-turbinage (STEP). Il en existe déjà une dizaine depuis 30 ans pour adapter les productions nucléaires régulières aux consommations irrégulières des ménages (jour/nuit). Une STEP est constituée de deux bassins remplis d’eau, séparés par un dénivelé de 1000 m environ pour les stations les plus importantes. Entre les deux bassins se trouvent des pompes qui, la nuit, refoulent l’eau du bassin aval vers le bassin amont. Mais avec les EnR, il faut augmenter ces installations pour pallier aux irrégularités supplémentaires de la production en période de faible vent (éolien) ou de faible luminosité (solaire). Ces STEP sont essentiellement localisées dans les Alpes ou le Massif central, à proximité des zones de production nucléaires. Elles sont mal localisées pour stocker l’énergie éolienne en bordure des côtes océaniques et d la manche.

[4] Le modérateur (terme ambigu !) sert à ralentir les neutrons dans les réacteurs dits à neutrons lents. Il s’agit de la totalité des réacteurs électrogènes. Les réacteurs à neutrons rapides sont réservés à la recherche (suite à l’arrêt de Superphénix, qui en était un). Ralentir les neutrons, dans les réacteurs à neutrons lents, permet d’assurer une collision avec les atomes fissibles à la bonne vitesse, ce qui permet la fission. Disons, pour faire simple que si le neutron va trop vite, il traverse l’atome en le laissant intact. Ralentir les neutrons permet le bon fonctionnement de la réaction en chaîne  et donc son « accélération ».

Il faut jouer sur les propriétés du modérateur : s’il chauffe, il va se dilater, et donc moins bien ralentir les électrons, et donc risque d’étouffer la réaction en chaîne ! Et vice-versa. Il s’agit donc d’une régulation physique qui permet la stabilité du cœur. Des régulations manuelles ou même automatiques seraient bien trop lentes.

[5] Source: Jean Staune, "La science en otage" Ed. presses de la renaissance,  (p. 260) et http://www.le-cera.com/data/pdf_1303140070.pdf

[6] La surgénération est la capacité d'un réacteur nucléaire à produire plus d'isotopes fissiles qu'il n'en consomme, en transmutant des isotopes fertiles en isotopes fissiles... Dans un réacteur à eau pressurisée classique, environ les deux tiers de l'énergie de fission provient directement de la fission de l'uranium 235 (235U), tandis qu'un tiers provient de la fission du plutonium 239 (239Pu). Cet élément, qui n'est pas présent au départ dans le combustible nucléaire constitué d'oxyde d'uranium (UOX), est créé au sein du cœur du réacteur lorsqu'un noyau d’uranium 238 fertile capture un neutron. L’uranium 238 devient alors de l'uranium 239, qui se transforme à son tour en plutonium 239, fissile par deux désintégrations β-. (source: Wikipedia)

[7] Sources: Jean Staune, "La science en otage" Ed. presses de la renaissance,   (p. 258)

[8] Source: AIEA: http://www.iaea.org/OurWork/ST/NE/inisnkm/nkm/aws/htgr/full-text/htr2004_h06.pdf

[9] Source: Le Figaro 4 mai 2016

[10] Pierre-Gilles de Gennes ajoutait: "Croire que des bobinages supraconducteurs servant à confiner le plasma, soumis à des flux de neutrons rapides comparables à une bombe H, auront la capacité de résister pendant toute la durée de vie d'un tel réacteur me parait fou" (source: les Échos 12.1.2006 cité par Jean Staune p.268)

[11] Source: Le Figaro 23 avril 2015

[12] Jean Staune, "La science en otage" Ed. presses de la renaissance,  p. 271

[13] Jean Staune, "La science en otage" Ed. presses de la renaissance,  p. 275

[14] Jean Staune, "La science en otage" Ed. presses de la renaissance,  p. 276