Dieu aime les jardins. Il en fait des lieux de salut et la Bible en visite un nombre incalculable. Les moines avaient bien compris la tension existant entre le déjà accompli de la création et un pas encore achevé. Ils avaient intégré cette vision eschatologique de toute vie chrétienne, et l’avait radicalisée dans leur vie monastique. Olivier Ricomini, dans une thèse sur les jardins bibliques, a rappelé qu'un tel jardin se devait être « un lieu de culture, dans tous les sens du terme, lieu aussi d’une exigence particulière : celle de l’esprit qui interroge, en quête de sens[1] ». S’il répond à cette exigence de l’esprit humain, tout jardin peut être dit spirituel. Le jardin du cloître devait symboliser cette vision et pouvait être divisé en quatre zones[2] qui entourent le destin de l’humanité: (1) le jardin d'Eden, paradis perdu depuis le péché originel, (2) la terre nouvelle, paradis désiré ressemblant à une ville, la Jérusalem céleste, (3) le jardin des Oliviers, et (4) le jardin du Golgotha dans lequel le Christ fut crucifié, puis déposé au tombeau d'où il ressuscita.  
Nous proposons un exemple de jardin biblique pour ceux qui voudraient se lancer dans une aventure de paysagiste biblique. Nous appelons les spécialistes de symbolique des plantes à compléter ce projet en intervenant dans la rubrique commentaire.  L’idée n’est pas de rassembler un maximum de plantes mais de privilégier celles qui ont une hauteur raisonnable pour pouvoir limiter ce jardin biblique à une vingtaine de m2 et permettre d’un seul regard, de voir  l’ensemble du jardin

Proposition: "les2ailes.com"

La Fontaine centrale d’eau vive

Il en sort trois fleuves :

  • Un fleuve vers l’Eden qui se ramifie en quatre (Hiddekel, Euphrate, Pishon et Gihon.) et entourent diverses régions, dont trois sont identifiées (Havila, Kouch, orient de l’Assyrie)
  • Le Cédron qui capture[3] la Gehenne entre le jardin des oliviers et le Golgotha. « L'eau descendait de dessous le côté droit du Temple… Partout où passera le torrent, …le poisson sera très abondant, car là où cette eau pénètre, elle assainit, et la vie se développe partout où va le torrent. » (Éz 47. 1, 9)
  • L’eau vive de la parole qui irrigue la terre intérieure des hommes.

La fontaine ronde est adossée à une muraille symbolisant le temple de Jérusalem d’où Ézéchiel vit jaillir de l’eau vive. Deux gargouilles alimentant par débordement les fleuves de l’Éden et de la parole, et une gargouille traversant la muraille.

  1. Éden (à l’Orient) - (Monde préternaturel)
  • Arbre de vie, symbolisé par le chêne (nain) (« …arbre de vie au milieu du jardin… » Gen 2,9)
  • Arbre de la connaissance, symbolisé par le pommier du japon (nain) (« …du fruit de l'arbre [de la connaissance] qui est au milieu du jardin …» Gen 3,3)

Nombreuses plantes comestibles, symbole d’abondance : Graminées, rhubarbe, angélique, pied de vigne, poivron, …
Deux statues de Chérubins tétramorphes (taureau, lion, aigle et homme) en bordure du jardin indiquant, dans la diagonale, le chemin de la croix, nouvel arbre de vie.

  1. Le labyrinthe qui mène à la Terre-Nouvelle (à l’Ouest) - (Monde surnaturel)

Le jardin intérieur,

  • Une partie en gravier symbolisant le désert de nos vies si la parole ne l’irrigue pas, des joncs symbolisant notre vie creuse, quelques oignons d’Égypte regrettés par les israélites dans le désert,
  • Une partie avec une statue de la vierge de la rue du Bac, écrasant le serpent et entourée de lys, de muguet, de nivéoles, et de fraisiers (dont le rôle médicinal était de combattre les états de nervosité et avait le pouvoir de chasser les démons), de « chardons de Marie »…

La Jérusalem Céleste: Pour l’atteindre, il faut parcourir un labyrinthe de haie de buis (Buxus Microphylla 'Faulkner'). Nos chemins vont tantôt vers le nord, vers la mort, tantôt vers la lumière...  Les pèlerins que nous sommes se croisent, chacun par son chemin  d’un côté à l’autre, parfois dans des chemins inverses ! Dieu est patient et nous attend dans le jardin désiré et non dans le jardin perdu de l’Éden.
La Jérusalem céleste ouverte vers l’Est et fermée sur 3 de ses quatre côtés par 10 buis taillés en forme de tours, une voute végétale et murailles sur les trois côtés, le tout couvrant le trône divin en pierre.

  1. Le jardin des Oliviers, à l’Est de la Jérusalem terrestre, encadré par le Cédron allant vers la mer morte

« Gethsémani », ce qui veut dire le pressoir à huile : plantes à huile : Olivier, lin, coton, arachide, ricin, … réparties en désordre « à l’anglaise ». 3 Iris symbolisant Pierre, Jacques et Jean, les 3 apôtres endormis.
C'est de cette huile que sont marqués, au nom du Christ livré, les baptisés, les confirmés, les malades, les ordinands. Le Fils de l'Homme est livré au pressoir de la croix, …

  1. Le jardin du Golgotha, à l’Ouest la Jérusalem terrestre, bordé au sud par la Géhenne

Jardin de la crucifixion, du tombeau de Joseph d’Arimathie, dans « un jardin au lieu où il avait été crucifié, et, dans ce jardin, un tombeau neuf » (Jn 19,41) et de la résurrection. 
Quatre espèces de rosacées en forme de croix: dont des roses, spirées, potentilles et ronces (Rubus phoenicolasius). Dans les angles de la croix : des œillets roses, mêlés de fraisiers.
Au centre : un calvaire bas, (style : la Lèverie à 50-Coulonges).
Ouvert vers l’Est, un tombeau légèrement enterré et recouvert de liane de fleurs de la passion et entouré d’Euphorbia milii (« épines du Christ »). Tombeau bordé d’un oranger du Mexique, fleur symbole de résurrection.

 

 


[1] Olivier Ricomini, étudiant en 2011 en Master II de théologie fondamentale au Centre Sèvres, Cultiver la Parole nourricière : le jardin dans la tradition monastique.

[2] Idem.

[3] Une capture est un phénomène géographique par lequel la source d’une rivière, en l’occurrence celle du Cédron »,  remonte en amont et détourne le cours d’une autre rivière (la Gehenne), parfois plus importante. Dès lors, il arrive que la vallée victime de ce détournement  s’en trouve asséchée. Le père Fontaine, dominicain domicilié à Jérusalem expliquait, carte à l’appui, l’ancrage de la parole biblique jusque dans la géographie : Le Cédron, comme le côté du Christ, comme la source du Temple, ont revivifié la vie….