"Il faut parallèlement renforcer la politique familiale, améliorer l’accueil de l’enfant, favoriser la conciliation entre la vie professionnelle et la vie familiale"
(Assemblée nationale, Grands discours parlementaires – Simone Veil, 26 novembre 1974) [1]

Le personnage fictif « Nicolas » a été créé par un anonyme @NicolasQuiPaie, et son compte sur le réseau X. Il est incarné par un homme blanc d’environ 35 ans, vêtu d’un costume-cravate bleu, symbole de la classe moyenne française qui se plaint de tout payer, à commencer par le voyage en croisière de couple de retraités, incarnés sous les prénoms de deux Baby-boomers, “Chantal et Bernard”. Il se plaint également de financer les prestations sociales accordées aux immigrés de première ou troisième génération, incarnés sous le prénom de “Karim”, 25 ans.
Le Figaro magazine (11-12 juillet 2025), sous la rubrique « La révolte des ‘Nicolas’ », publie en exclusivité un entretien avec le propriétaire du compte X -sans citer son nom- : « Je suis un particulier issu de la classe moyenne ».
Nous éviterons de tomber dans le piège d’un libéralisme classique : un « État minimal qui se concentre sur le régalien », ou qui accorde une « liberté maximale aux Français et aux entreprises ».
Certes, le système social français est « à bout de souffle », si bien qu’il conviendrait de sortir « de l’assistanat et de l’État nounou ». Mais reconnaissons à l’auteur de « Nicolas » de vouloir « préserver l’identité française, principalement en ce qui concerne les règles implicites de vie en société ».
Aborder la question du financement de la retraite des Baby-boomers et celle des conséquences de l’identité française, incite à se poser la question démographique.

Analyse : Les2ailes.com

1- Nicolas, combien as-tu d’enfants ?

Dans l’analyse qui suit, distinguons

  • La génération Baby-Boom : née entre 1946 et 1950, avec des femmes en âge de procréer entre 1965 et 1990
  • La génération Nicolas : née entre 1970 et 1980, avec des femmes en âge de procréer entre 1990 et 2020

Les faits soulignent une première différence : La fécondité de la génération Nicolas est de 0,5 enfant par femme inférieure à celle de la génération des Babyboomers.
Et encore !  Ce chiffre sous-estime une autre réalité : « La fécondité des immigrées est plus élevée que celle du reste des femmes : 2,50 enfants par femme contre 1,65 – la moyenne générale pour le pays s’établissant à 1,72.
L’apport des migrations à la dynamique démographique de la France ne se limite pas aux entrées sur le territoire : les immigrants ont des enfants après leur arrivée en France.

C’est pourquoi, depuis les années quatre-vingt, une nouvelle catégorie statistique a été définie pour mieux évaluer la contribution de l’immigration à la dynamique de la population. Aux catégories d’étrangers (personne installée en France sans avoir la nationalité française) et d’immigrant (personne née à l’étranger et installée en France, y compris si elle est française de naissance), les démographes,  le Haut Conseil à l’Intégration a accepté d’ajouter la catégorie d’immigré, définie comme une personne née hors de France sans être française de naissance, et installée dans le pays pour au moins un an. Au recensement de 1999, on comptait 4.310.000 immigrés, dont 1 560 000 (soit 36 %) étaient devenus français. Un tiers des immigrés ayant acquis la nationalité française, les immigrés sont plus nombreux que les étrangers et sont donc à l’origine d’un nombre de naissances plus élevé.[2]

Est-ce à dire que l’immigration est une fatalité ? Il faudra interroger Nicolas !

Et pourquoi cette baisse de la fécondité de la génération ‘’Nicolas’’ ? Elle tient à une seconde différence : l’âge de la mère lors de son premier accouchement. La femme de "Nicolas" n’a eu son 1er enfant qu’à 27,5 ans, alors que la mère de "Nicolas" l’avait eu à 25 ans[3].
A l’évidence, il y a là un impact résultant du souci des femmes à ne pas nuire à leur vie professionnelle.
Pourquoi ce souci ? Peut-être le souci d’assurer son futur en cas de veuvage mais également en cas de divorce ou de séparation.

C’est la troisième différence entre les deux générations : le nombre de divorces par an a doublé. Il faut en effet effacer la baisse récente résultant du fait qu'on divorce moins, en premier lieu, car on se marie moins avec une part des unions libres qui ne cesse de progresser. Les ruptures d’unions libres continuent donc très probablement la tendance.
Il ne s’agit pas, ici, de jeter l’opprobre sur Nicolas. Une séparation est, par principe, à torts partagés. Mais la génération "Nicolas" a-t-elle conscience que cette pratique a deux impacts importants sur la société :
- Un impact sur la crise du logement. Elle ne fait aucun doute quand on voit que les zones où l'on divorce le plus en France sont aussi celles ou les besoins de logements sont les plus importants[4].
- Un impact également sur le budget de la nation souligné par la Caisse des Dépôts : Au moment des séparations conjugales, les inégalités, de genre et de classe, augmentent. Les hommes les plus aisés conservent bien plus souvent que les femmes, a fortiori quand elles sont modestes, le statut de propriétaire.
Nicolas a beau jeu de refuser de plus en plus d’accorder à leur conjoint des « prestations compensatoires » de la disparité créée par la rupture du mariage. Les maris préfèrent laisser la femme se débrouiller avec une « Allocation de soutien familial » payée par la caisse d’Allocations familiales (115,99 euros par mois par enfant au 1er avril 2020- Coût de la prestation : 1,8 Md €), ASF payées à plus de 800.000 familles monoparentales.

2- Nicolas: Victime ou auto-victimisation?

De cette analyse, il ressort qu’il faudrait sensibiliser Nicolas sur sa propre responsabilité. Il cherche à se victimiser en rejetant la responsabilité sur les baby-boomers. En réalité il est victime de ses propres comportements.
L‘auto-victimisation est un processus psychique bien connu : l’individu se positionne dans une place de victime. Victime de son entourage, victime de l’état providence, de la génération précédente. Nicolas veut attirer l’attention et éveiller la pitié des autres.   Il ne veut pas assumer ses responsabilités, préférant rester confortablement dans le rôle de la victime. Il s’imagine que personne ne pense comme lui, personne n’est capable de se mettre à sa place. Bref, il se plaint constamment. C’est son activité préférée, car c’est la meilleure dynamique pour se justifier en tant que victime. Il ne fait aucun effort pour changer son attitude. Il oublie combien il profite, lui aussi des 35 heures, de soins gratuits, de diplômes universitaires dont il n’a pas financé le coût, etc…
la seule chose qu’il pourrait légitimement reprocher à ses parents, c’est de l’avoir surprotégé quand il était enfant et l’ont fait grandir sans acquérir les ressources internes pour réagir aux situations qui lui font du mal.

3- En conclusion, interrogeons Nicolas : L’immigration est-elle une fatalité ?

L’ « Observatoire de l’immigration et de la démographie » a publié en 2023 une analyse intéressante qui répond aux analyses de l’Institut Montaigne[5].
Les dynamiques contraires de natalité entre Français et étrangers sur notre territoire. En vingt ans, entre 2001 et 2021, le nombre de naissances issues de deux parents étrangers a augmenté de 45,3% ; dans le même temps, le nombre de naissances issues de deux parents français diminuait de 17,5%. En 2021, près d’un tiers des enfants nés en France (31,4%) avaient un, au moins, de leur parent, né à l’étranger. Parmi ceux-ci, 9 naissances sur 10 d’enfants, dont les deux parents étaient nés à l’étranger, concernaient des parents nés hors de l’Union européenne. De telles données illustrent toute la part que les phénomènes migratoires prennent déjà dans la croissance naturelle de la population de la France.

Bruno Tertrais ne nie pas le basculement quantitatif généré par l’accélération de l’immigration au cours des dernières décennies : « Il n’y a jamais eu autant d’étrangers en France depuis le Second Empire. La France comptait environ 1 % d’étrangers sur son sol en 1851. Cette proportion dépasse aujourd’hui le maximum enregistré en 1931 (7 %) pour atteindre 7,7 % en 2021, soit 5,3 millions de personnes ». Il convient toutefois de souligner que 4 millions de personnes ont acquis la nationalité française depuis 1982, dont 2 millions depuis 2005 – ce qui fait « fondre » mécaniquement le nombre et la part des étrangers recensés dans les statistiques.

Même un laboratoire d’idées tel que l’Institut Montaigne historiquement favorable à l’ouverture migratoire et culturelle, n’est plus en mesure de soutenir l’idée selon laquelle l’immigration bénéficie à l’économie française: 
37,2% des immigrés vivant en France en 2021 et ayant terminé leurs études initiales n’avaient aucun diplôme ou seulement un équivalent brevet / CEP selon l’INSEE.
41,6% des Algériens de plus de 15 ans vivant en France étaient chômeurs ou inactifs (ni en emploi, ni en études, ni en retraite) en 2017 selon les données INSEE analysées par le ministère de l’Intérieur, soit un taux trois fois plus élevé que celui des Français (14,1%) ;
Les Algériens sont structurellement sous-contributeurs à la richesse nationale en moyenne, et sur-consommateurs de différents dispositifs de solidarité collective en vigueur dans notre société.
Lorsque la « deuxième génération » – celles des descendants directs de parents immigrés – est prise en compte dans les estimations réalisées par ces mêmes institutions, il est évalué que l’immigration représente un coût net situé entre 1,41% (OCDE) et 1,64% de PIB (CEPII sur la dernière année évaluée), soit entre 35 et 40 milliards d’euros par an.

A rebours de l’attention démesurée accordée au phénomène des no kids, le désir d’enfants des Français se situe bien au-delà du taux de fécondité constaté de 1,8 enfant par femme. Selon les différentes enquêtes menées à ce sujet (par Les Eurobaromètres et le Réseau national des Observatoires des familles), le nombre idéal d’enfants souhaités par nos compatriotes se situe entre 2,3 et 2,7.


[1] Contexte:  discours de Simone Veil, prononcé à l’Assemblée nationale le 26 novembre 1974, lors de la présentation du projet de loi sur l’interruption volontaire de grossesse : « Je voudrais tout d’abord vous faire partager une conviction de femme – je m’excuse de le faire devant cette Assemblée presque exclusivement composée d’hommes : aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l’avortement. Il suffit d’écouter les femmes. C’est toujours un drame. Cela restera toujours un drame. C’est pourquoi, si le projet qui vous est présenté tient compte de la situation de fait existante, il ne crée aucun droit à l’avortement. Je le dis avec toute ma conviction : aucune femme ne doit être contrainte à l’avortement parce qu’elle ne peut faire autrement. C’est pourquoi il faut parallèlement renforcer la politique familiale, améliorer l’accueil de l’enfant, favoriser la conciliation entre la vie professionnelle et la vie familiale, développer l’information et l’éducation sexuelle. Certains redoutent que la loi ne provoque une augmentation du nombre d’avortements. Nous pensons, au contraire, qu’elle devrait contribuer à en diminuer le nombre. Car pourquoi risquer d’aggraver un mouvement de dénatalité dangereusement amorcé, au lieu de promouvoir une politique familiale généreuse et constructive qui permette à toutes les mères de mettre au monde et d’élever les enfants qu’elles ont conçus ? »
Source officielle :Assemblée nationale, Grands discours parlementaires – Simone Veil, 26 novembre 1974
➡️ Texte intégral sur le site de l’Assemblée nationale

[2] Source ; «  Laurent Toulemon « Population et Société » https://www.ined.fr/fichier/s_rubrique/170/pop_et_soc_francais_400.fr.fr.pdf

[3] Source : Insee, statistiques d’état civil et estimations de population. Rangs de naissance redressés à partir des recensements 1968 à 2008 et de l’enquête annuelle de recensement 2011. https://www.insee.fr/fr/statistiques/1281068

[4] (https://www.franceinfo.fr/replay-radio/le-vrai-du-faux/l-explosion-des-couples-explique-t-elle-la-crise-du-logement_1780593.html#:~:text=Un%20divorce%20engendre%20un%20besoin%20de%200%2C7%20logement&text=R%C3%A9sultat%20%3A%20la%20demande%20de%20logements,de%200%2C7%20logement%20suppl%C3%A9mentaire.)

[5] https://www.marianne.net/agora/tribunes-libres/plus-dimmigration-contre-la-baisse-de-la-population-le-fatalisme-aveugle-de-linstitut-montaigne