L’écologie se décline avec tous les adjectifs. L’écologie est tantôt humaine, voire divine, tantôt globale ou intégrale. L’imagination en qualificatifs ne manque pas tant l’écologie devient un concept fourre-tout incontournable. Luc Ferrry, dans son interview sur Radio classique du 30 novembre 2015 n’avait à la bouche que le mot "écologie circulaire".  Ce concept se veut une manière de concilier exigences économiques et environnementales.
Le concept n’est ni de Luc Ferry ni vraiment nouveau. Il est utilisé depuis tellement longtemps qu’il est difficile de discerner qui en est le père. Peut-être la verve de Luc Ferry aura-t-elle ce mérite d’en parler un peu plus.
L'écologie circulaire n'a rien à voir avec la "croissance verte". Pourquoi?

Source: radio-Classique - Interview Luc Ferry- 30 novembre 2015

Commentaire "les2ailes.com"

L’écologie circulaire : Concilier exigences économiques et environnementales

Principes de l’écologie circulaire 

- rationalisation de l’approvisionnement en matières premières
- réduction de la consommation des ressources.
- les déchets des uns peuvent devenir la matière première des autres
- économies d’échelle grâce à la mutualisation des ressources

Exemples récents d’écologie circulaire

* "Ecoparc de Kalundborg"
Il a été créé en 1961. Les opérateurs s'échangent des utilités et valorisent de nombreux flux en les réutilisant
- une raffinerie, (rejets de gaz de la raffinerie servent à traiter du sulfure)
- une centrale électrique, (utilisant l'eau servant au refroidissement de la raffinerie)
- une biotech,
- une usine de production de gypse, (les co-produits de sulfure permettent la production de gypse
- une usine de traitement des sols (le gypse est utilisé comme amendement)
-  la Ville elle-même
* "National industrial symbiosis" au UK
* "Burnside Industrial Park" au Canada
* "Bourse des résidus industriel" au Québec
* "Reform studio" au Caire
Il conçoit des meubles et objets à partir de sacs plastiques usagés après une compression, un laminage et le tissage de ces fines bandes
* "Inex",
Start’up qui met en relation les producteurs de déchets et les entreprises potentiellement rééutilisatrices.
* "Phenix"
Entreprise qui rêve d’être l’Amazon des invendus en connectant les besoins avec les ressources.
* "VolkerWessels",
Entreprise hollandaise qui a pour objectif de remplacer l’asphalte par des matériaux recyclés.
* "FogQuest"
Elle capte les gouttelettes d’eau du brouillard avec des filets tissés en polypropylène.

L’écologie circulaire : une approche très ancienne

* Lafarge Ciment a initié dès les années 70 sa politique de substitution des combustibles fossiles par des végétaux ou issues de déchets
* Eurovia a développé le recyclage des bétons et des couches de chaussées pour répondre notamment à la complexification de l’accès à de nouvelles sources de granulats naturels en raison des difficultés d’ouvrir de nouvelles carrières.
* McDonald’s développe depuis 2004 une filière biodiesel à partir d’huiles de fritures usagées
* L'industrie sucrière, depuis des décennies a réutilisé tous ses déchets en l'intégrant dans les activités économiques d'une région:
- les pulpes de betterave dans l'alimentation du bétail
- les eaux de lavage dans l'irrigation des terres agricoles de proximité
- les "éluats" des installations d'épuration dans les industries de production d'acides aminés
- les "filtrats" calciques comme amendement calcaire dans les exploitaions agricoles
- les herbes comme engrais verts
- les terres stockés pour être séchées dans les bassins, comme source de terres arables
- Les sels sulfatés comme source d'engrais potassés
- Les "incuits" du four à chaux comme pierres dans les chemins ruraux agricoles.
Pour un sucrier, c'est vraiment le principe de Lavoisier qui est appliqué depuis des décennies : "Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme".

Si le concept n'est pas nouveau, l'expression a le mérite d'être développé pour réconcilier l'écologie et l'économie dans l'esprit des opinions publiques.

Bénéfices de l’écologie circulaire

* Cascade de réduction de consommation de ressources naturelles et  d’énergie à tous les stades de la production:
- Ressources naturelles : moins de matériaux extraits grâce à la réutilisation et au recyclage. On pourrait économiser 40 % de la demande d’acier (100 Millions de T de minerais)
- process :utilisation d'énergies de substitution
- transport :fonctionnement en boucles locale
* Sécurisation des approvisionnements

Leçons à tirer des expériences récentes d’écologie circulaire

- La réglementation environnementale peut stimuler de nombreuses initiatives d’écologie circulaire.

- Insuffisance d’incitations fiscales : Les taux de taxation des déchets mis en décharge « sont trop faibles pour réellement avoir un effet incitatif sur les acteurs économiques, en les poussant à développer le recyclage». Le coût de la mise en décharge s’élève en moyenne à 80 €/t en France pour le double en Suède

- Rien à voir avec la "croissance verte" qui est un concept artificiel et souvent illusoire. La "croissance verte" comme celle consistant à développer des éoliennes, ou à imposer des réglementations verticales dites "vertes" sont la plupart du temps destructrice d’emplois, car financées par les autres activités. Elles font inexorablement penser au "Sapeur Camember", héros d’une des premières bandes dessinées par Marie-Louis-Georges Colomb, dit Christophe (1856-1945). Ce héros creusait un trou pour mettre la terre du trou qu’il venait de creuser: « Sergent ! interroge Camember, et la terre du trou ? — Que vous êtes donc plus hermétiquement bouché qu’une bouteille de limonade, sapeur ! Creusez un autre trou ! — C’est vrai! » approuve Camember. La croissance verte consiste à subventionner la création d'emplois non rentables, qui ne créent pas de "valeur" au sens premier du mot. Dès lors, il y a destruction d'emploi par excès de charges budgétaires et nécessité de subventionner à nouveau les victimes du chômage. 
Dans l'écologie circulaire,  on est dans une logique de rupture avec la culture de la puissance publique habituée à planifier : On commence par détecter les besoins des acteurs locaux plutôt que par des injonctions réglementaires venues d’en haut.
Rémy Prud'homme, Professeur émérite à l'Université de Paris XII, pose d'ailleurs, dans le Figaro.fr du 27/11/2015, un regard très pertinent sur la "croissance verte":

"La «croissance verte» est d'abord une trouvaille de langage. Comme tout le monde est pour le vert et pour la croissance, tout le monde est pour une économie verte qui créerait de la croissance. Mais il ne suffit pas d'accoler les deux mots pour créer une causalité. En réalité, si la lutte contre le CO2 crée bien des emplois et de l'activité dans les secteurs qu'elle subventionne, les impôts qui la financent réduisent les ressources des ménages et des entreprises et donc leurs dépenses et détruisent des emplois dans le reste de l'économie; au total, l'effet des créations d'emplois nettes des destructions d'emplois est très faible, et probablement légèrement négatif. Si la dépense publique «créait» des emplois, la France, championne du monde de la dépense publique, n'aurait plus un chômeur depuis longtemps. Quant à l'effet sur le bien-être des ménages, il est très largement négatif. En Europe, le prix de l'électricité est d'autant plus élevé que les investissements éoliens et photovoltaïque sont importants. Et cet effet est régressif, parce que les dépenses affectées (électricité, logement, transports) pèsent plus lourd dans le budget des pauvres que dans celui des riches. La comparaison des dépenses environnementales (vertes) avec les dépenses militaires (rouges) est éclairante: objectifs de lutte comparables, financements également étatiques, prétentions à la croissance identiques. L'impact économique des dépenses rouges a été très étudié: il apparaît négatif. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, on est conduit à penser que celui des dépenses vertes est également négatif. Pas pour tout le monde: le complexe écolo-industriel qui est le pendant du célèbre complexe militaro-industriel y trouve son compte. Ségolène Royal a bien compris ou senti que l'écologie (elle veut dire la politique écologiste) peut être «punitive» ; elle cherche à éviter cela, mais elle a beaucoup de mal à y parvenir car la politique écologique, nécessairement faite de taxes et de contraintes, est naturellement punitive".

Difficultés pour démultiplier les principes de l’écologie circulaire

- Les PME doivent changer de "business model"
- Les entreprises doivent renoncer à résoudre leurs problèmes par une réflexion interne. il faut s’ouvrir aux voisins.
- La lutte contre le gaspillage n'est pas une thématique simple. il faut l'intégrer dans une dimension économique pour éviter, sous le prétexte de la lutte contre le gaspillage, d'en arriver à un gaspillage financier. Ainsi, vouloir récupérer les déchets ménagers pour en faire de l'alimentation coûte plus cher que la production du blé. L'intérêt de l'écologie circulaire, c'est qu'elle donne la responsabilité aux entreprises de juger de ce qu'il est possible ou non de faire.

Slogans utilisés par les acteurs de l’écologie circulaire

- « Le meilleur déchet est celui que l'on ne produit pas » Mais dans ce slogan, la notion de déchet continue de primer sur son pendant ressource.
- « les déchets des uns peuvent devenir la matière première des autres »
- Pour une économie circulaire qui « tourne plus rond »
- Économie naturelle : Dans la nature, lorsqu’un animal ou un végétal meurt, il se transforme en nutriment utilisé par d’autres plantes ou d’animaux
- « La perfection est atteinte non pas quand il n’y a plus rien à ajouter, mais quand il n’y a plus rien à retirer » (Saint-Exupery)
- « L’économie circulaire exige un changement culturel » consistant à remplacer le modèle « Extraire-produire-consommer-jeter » (modèle linéaire)  par « Produire - consommer- recycler- refabriquer » (modèle circulaire)
- "Circulez, y'a rien à jeter".

Conclusion

Le concept d'écologie circulaire est souvent pris comme un moyen de mettre en place une économie moins émettrice de gaz à effet de serre. Ce concept peut être développé indépendamment de cette idéologie climatique dont on sait, sur "les2ailes.com" que c'est vers le soleil qu'il faut chercher les causes de la période chaude contemporaine. 
Il n'empêche que ce concept d'écologie circulaire est celui d'un cercle vertueux. Reconnaissons que ce sont souvent des hommes politiques des partis écologiques qui l'ont promu localement. Sachons en prendre acte.

Par ailleurs, il faut prendre conscience d'un paradoxe:  La plupart des gens associent spontanément une augmentation de la consommation avec une hausse parallèle de la pollution et de la destruction de notre environnement. Or ce n’est cependant pas ce que l’on observe en réalité, car la hausse du niveau de vie dans les économies développées est accompagnée d’une amélioration continue de la qualité de l’environnement. On explique ce paradoxe principalement par l’utilisation toujours plus intensive des ressources dans la sphère économique qui se trouve par le fait même de plus en plus "découplée" de la sphère naturelle. La hausse continuelle de notre niveau de vie ne résulte donc pas d’une simple augmentation de la quantité de biens produits, mais avant tout de changements continuels tant au niveau des biens offerts que des méthodes utilisées pour les produire, ce qui a, au bout du compte, des conséquences environnementales bénéfiques. Si l’on ajoute à ces facteurs la vision essentiellement négative de la recherche du profit que partagent la plupart des activistes, des intellectuels et des fonctionnaires, il n’est finalement guère surprenant que l’on blâme à tort les industries pour leur supposée incurie environnementale.