"Tendons des pièges au juste,
puisqu'il nous gène et qu'il s'oppose à notre conduite"
(Livre de la sagesse 2,12)
La capitalisation est un système fondé sur l’épargne. L’Etat a-t-il vocation à « épargner » ?
Un État qui épargne serait un État qui prélève trop et perturbe les mécanismes de marché. EN comptabilité nationale, un excédent budgétaire n’est pas de l’épargne.
Un budget national doit assurer les recettes pour financer les besoins d’un moment. L’épargne n’est l’apanage que des acteurs privés, particuliers ou entreprises.
L’Etat n’a donc pas à avoir recours à la capitalisation pour financer les retraites de fonctionnaires. Le service de leur retraite contribue au déficit budgétaire chronique et la solution passe, pour l’avenir, par la réduction du nombre des recrutements de fonctionnaires, et pour assumer les missions, par l’allongement de leur âge de départ, la formation et la polyvanence des foctionnaires existants.
La gestion des caisses de retraite du secteur privé a permis de constituer des réserves suffisantes. La capitalisation est-elle urgente à mettre en place?
Il n’empêche que la question mérite d’être débattue : Capitalisation ou répartition ?
Analyse "les2ailes.com"
Le risque d'atteinte à la subsidiarité
Une capitalisation se fonde sur l’épargne. L’épargne, comme tout revenu est le fruit d’un travail.
Celui qui effectue un travail a un certain droit sur le produit qu’il en tire, que ce soit son revenu ou l’épargne qu’il génère en veillant à ne consommer que le juste nécessaire d’un moment.
Il revient à chacun d’exercer la liberté de décider comment il veut bénéficier de son épargne : l’achat d’une résidence pour sa retraite, l’investissement dans une rente pour sa veuve, le don pour un enfant handicapé, l’investissement dans une entreprise personnelle ou familiale, …
Or, un système par capitalisation sera nécessairement un choix étatique d’agrément de fonds prétendument reconnus comme sûrs. L’épargne-retraite peut être favorisée par l’Etat, par toute forme de défiscalisation, mais ce n’est pas parce que cette épargne est défiscalisée que l’Etat ou toute structure agréée par l’Etat, doit se transformer en gestionnaire.
La subsidiarité est une délégation des cellules sociales inférieures et non une pseudo « exacte adéquation » -comme l’appelait le politologue Guy Héraud- venant de structures supérieures.
Il ne faudrait pas retomber dans les pièges de la sécurité sociale obligatoire et étatique qui retire à tout citoyen le droit subsidiaire qui lui revient de choisir son propre système de sécurité santé. Une retraite par capitalisation doit permettre à chacun de privilégier son choix personnel pour le futur.
Quand l’épargne est subsidiaire, elle peut être transmise aux héritiers. Tout système de retraite par capitalisation devrait prévoir cette transmission aux héritiers.
Si la capitalisation est étatique, elle sera servie sous forme de rentes sur la vie et les bénéfices tirés risque de servir à alimenter le budget ou les profits de sociétés de gestion spécialisées. Il n’est qu’à voir la surenchère des fonds entre eux, vantant les mérites de la capitalisation.
Un système favorisant le capitalisme et non le travail.
Les fonds agréés seront gérés, sans transparence, par des sociétés rémunérées par des « frais de gestion » opaques. Par ailleurs, il ne faut pas oublier que les placements boursiers ont vocation à financer les entreprises, leurs investissements. Dans une France totalement désindustrialisée, les fonds de gestion privilégieront des investissements souvent étrangers. Aucun système de capitalisation ne peut être envisagé sans une véritable politique de réindustrialisation, et donc sans une politique fiscale favorisant les entreprises relocalisant leurs investissements en France.
Un système soumis aux risques monétaires et financiers
Une retraite par répartition est servie dans la monnaie locale du moment. Une retraite par capitalisation sera servie dans la valeur d’une monnaie inconnue dans les quarante années prochaines. Or l’Europe est la seule monnaie au Monde qui est indépendante du pouvoir politique. Tous les gouverneurs des banques centrales du monde ont un rendez-vous périodique avec leurs parlements pour leur demander quel est le taux de croissance politiquement souhaitable. Les statuts de la banque centrale privilégient l’indépendance monétaire vis-à-vis du politique, qui cache, en réalité, une dépendance vis-à-vis des autres monnaies, sous couvert d’une prétendue lutte contre les risques inflationnistes.
Le risque de crises financières n’est jamais évoqué par les tenants de la retraite par capitalisation : Que devient le capital lors des crises de type 1929, ou « Subprime crise », ou autres ? Que deviendrait la capitalisation en période de reconstruction nécessaire après une guerre ?
On aura beau jeu de remplacer le concept de « monnaie », par celui de « points accumulés » pendant la vie professionnelle. Le « point » serait-il devenu une forme de monnaie pour épargner ? La valeur du point est, par essence soumise aux risques économiques, monétaires du moment.
Un système décourageant le travail et la démographie
La répartition est un système de cotisations par les travailleurs pour financer la retraite des générations précédentes. Or la capitalisation fait le pari de la fatalité de la réduction de l’emploi et de la réduction de la natalité. C’est un a priori rendant impossible le réarmement démographique. C’est faire le jeu des populations étrangères et des capitaux étrangers.
Un système mixte capitalisation/Répartition illusoire
Il est tentant d’amadouer les opinions réticentes au capitalisme, de les séduire en proposant une évolution partielle et progressive. En réalité, sur le court terme, c’est toujours le capitalisme gagnant contre le travail.
Comme souvent, la proposition d’une solution mixte fait croire qu’il s’agirait d’une solution sage, parce qu’équilibrée complémentaire et non dogmatique. Les qualificatifs positifs ne manquent pour séduire : la capitalisation assure une retraite confortable, sûre, durable ou solidaire, épanouie, … Autant de mots valises creux et sans garantie sur le long terme.
En fait, il s’agit d’une fuite devant le débat et un refus de se poser les questions de fond que sont la relocalisation des industries et le réarmement démographique.
Un système encourageant l’individualisme au lieu de se fonder sur la solidarité contributive
La solidarité est la valeur fondamentale du système par répartition, là où la capitalisation flatte l’individualisme. Il y a là une cohérence contemporaine avec l’euthanasie, la culture « no kids » : Après moi, le Déluge ! A contrario, la solidarité valorise le soutien du plus faible par le plus valide. Une retraite par répartition procède à certain degré de l’homme qui offre sa propre personne sous forme du don qu’il fait du fruit de son travail.