"Lorsqu'une société cesse de croire en la vertu objective, elle ne devient pas tolérante… elle devient manipulable".
(C.S. Lewis, "L'Abolition de l'homme", 1942)
Sur son site, Jean-Marc Jancovici s’adresse explicitement aux journalistes [1]: « Depuis que la question de l’influence de l’homme sur le climat a été posée … certains d’entre vous, au nom d’un « droit au débat » … donnent régulièrement de l’espace à des individus qui expliquent combien la science raisonne de travers … En agissant de la sorte, vous êtes au mieux des inconscients, au pire des irresponsables … ». Autrement dit, un journaliste invitant un contestataire à faire valoir son point de vue, serait irresponsable ! Pourquoi ? Parce que, dit Jancovici, « en invitant du n’importe quoi sur les ondes ou dans les pages d’un journal, la première conséquence est d’augmenter la proportion de gens qui vont se tromper de réponse face à un problème qui sera bien réel. »
Pour Jancovici, la doxa scientifique devient intouchable : « si cette polémique conduit à rendre peu crédibles des conclusions scientifiques pourtant robustes sur un problème susceptible de mettre en péril la paix et la démocratie … alors elle est non seulement illégitime, mais dangereuse pour la société. »
Tout contestataire est un imposteur ! « La base de votre imposture, c’est qu’en invitant des « contestataires » à l’égal des experts techniques légitimes, vous laissez croire que vous avez la capacité de vous poser en arbitre – ou en juge du fond – des débats scientifiques, alors que vous n’avez ni la compétence, ni les connaissances préalables, ni le temps pour faire cela. ». En bref, n'invitez plus les contestataires et il n'y en aura plus! Belle leçon de démocratie!
Analyse Les2ailes.com
Ce type de refus du débat est assez général chez beaucoup de climatologues. Dès lors l’esprit de la disputatio est en péril ! Celui de l’écologie subsidiaire également, au sens où l’opinion publique, subsidiairement parlant, a droit au débat public pour se faire sa propre idée sur les sujets. Point besoin d’être compétent pour détecter, dans un débat,
- celui qui esquive une question gênante,
- celui qui cherche à déstabiliser son adversaire, en maniant l’invective (complotiste, négationiste, terre-platiste, ...)
- celui qui recourt aux arguments d’autorité, par exemple à un consensus qui n'apporte aucune autorié aux arguments,
- celui qui joue de la peur et de l'émotion pour paralyser son vis-à-vis et son public,
- celui qui extrapole ou qui généralise une problématique,
- celui qui manie la dialectique, etc...
Ces postures apparaissent très vite dans un débat contradictoire et permettent de discerner la légitimité d’un interlocuteur, qu’il s’agisse d’un consensuel ou d’un contestataire.
[1] C.S. Lewis avait prédit que l'obsession moderne de la « gentillesse » détruirait l'âme ? Dans "L'Abolition de l'homme", Lewis soutient que lorsqu'une société cesse de croire en la vertu objective, elle ne devient pas tolérante… elle devient manipulable. Il qualifie ce résultat d'« hommes sans cœur ». Des individus dotés d'appétits et d'intellect, mais dépourvus de courage, d'honneur et d'instinct moral aiguisé. Ils savent tout calculer et ne rien défendre. Lewis a constaté qu'une fois que nous rejetons la loi morale héritée, nous ne devenons pas libres. Nous devenons une matière première… facilement façonnable par la propagande, le plaisir et la peur. L'homme moderne s'enorgueillit de sa compassion tout en abandonnant discrètement toutes les normes qui lui donnaient autrefois un sens. L'intuition de Lewis est brutale : une civilisation qui forme des lâches habiles finira par être gouvernée par des tyrans ou des techniciens. Car lorsque plus rien ne mérite qu'on meure pour soi, tout devient négociable… y compris la dignité humaine.
[2] 1 mars 2010 - « Journaliste, cela autorise d’inviter n’importe qui ? » :
https://jancovici.com/publications-et-co/bric-a-brac/journaliste-cela-autorise-dinviter-nimporte-qui/