"Tout est lié!" Tel aurait pu être le titre de l'encyclique Laudato si du pape François, signée ce 18 juin 2015. L’écologie est la science des relations du vivant avec son environnement. En cela la famille est le premier écosystème de l’homme. Vouloir une écologie de la nature sans respecter la nature de l’homme est une illusion. Mais la vraie nature de l’homme est une nature appelée à être divinisée. Parler d’écologie humaine, sans parler d’écologie divine est donc une lacune. En attendant la "Terre Nouvelle", qui prendra le relais de cette "Terre perdue" qu’était le paradis, c'est l'Église qui constitue l'écosystème spirituel de notre âme.
Oui, le pape a raison : "Tout est lié". L'encyclique mérite un long commentaire:

Commentaire  "les2ailes.com"

1- L’état de la maison
2- Mieux comprendre l’anthropocentrisme chrétien
3- Une anthropologie de la relation
4- Des éclairages à attendre?
5- Mise en perspective eschatologique

******

1- « Laudato si » et l’état de la maison

L’encyclique commence par une analyse de la situation. L’encyclique montre que le magistère est sensible aux signes des temps. Tout ce qui inquiète nos contemporains y est abordé.

1.1- Les dégradations sociales

Le pape souligne toute une série de détériorations sociales :

- Détériorations de la qualité de vie humaine

L’encyclique résume le problème :  "Parmi les composantes sociales du changement global figurent les effets de certaines innovations technologiques sur le travail, l’exclusion sociale, l’inégalité dans la disponibilité et la consommation d’énergie et d’autres services, la fragmentation sociale, l’augmentation de la violence et l’émergence de nouvelles formes d’agressivité sociale, le narcotrafic et la consommation croissante de drogues chez les plus jeunes, la perte d’identité. Ce sont des signes, parmi d’autres, qui montrent que la croissance de ces deux derniers siècles n’a pas signifié sous tous ses aspects un vrai progrès intégral" (§ 46) [1]

- Détériorations  en matière d’injustice planétaire

« La détérioration de l’environnement et celle de la société affectent d’une manière spéciale les plus faibles de la planète: "Tant l’expérience commune de la vie ordinaire que l’investigation scientifique démontrent que ce sont les pauvres qui souffrent davantage des plus graves effets de toutes les agressions environnementales" » [2] (§ 48).
Mais le pape, d’emblée, exclue tout amalgame éco-malthusien accusant la croissance démographique d’être la cause des désordres planétaires : « Au lieu de résoudre les problèmes des pauvres et de penser à un monde différent, certains se contentent seulement de proposer une réduction de la natalité. Les pressions internationales sur les pays en développement ne manquent pas, conditionnant des aides économiques à certaines politiques de “santé reproductive”...  Il faut reconnaître que la croissance démographique est pleinement compatible avec un développement intégral et solidaire [3] » (§ 50).
L’encyclique souligne que cette accusation par certains portant sur la croissance de la population "est une façon de ne pas affronter les problèmes" (§ 50).

1.2- Les dégradations environnementales

Tout est lié ! Les dégradations sociales résultent, dans l’esprit du pape, de toute une série de dégradations environnementales. Son analyse reprend, pour l’essentiel, celle du "mouvement écologique mondial" grâce aux efforts duquel "les questions environnementales ont été de plus en plus présentes dans l’agenda public" (§ 166). Trois dossiers principaux sont évoqués :

- La question de l’eau :
Le Pape dit que le problème de "l’accès à une eau potable sûre" (§ 28) est "une question de première importance", en particulier du fait "de la qualité de l’eau disponible pour les pauvres, ce qui provoque beaucoup de morts tous les jours", du fait de fréquentes "maladies liées à l’eau" (§ 29).

- Les pertes de biodiversité:
L’encyclique évoque la disparition, chaque année, de "milliers d’espèces végétales et animales que nous ne pourrons plus connaître, que nos enfants ne pourront pas voir.... Des milliers d’espèces ne rendront plus gloire à Dieu par leur existence et ne pourront plus nous communiquer leur propre message" (§ 33).

- Le climat
L’encyclique se réfère au "consensus scientifique très solide qui indique que nous sommes en présence d’un réchauffement préoccupant du système climatique" (§ 23) [4].
Le texte fait référence à "de nombreuses études scientifiques [signalant] que la plus grande partie du réchauffement global des dernières décennies est due à la grande concentration de gaz à effet de serre ...émis surtout à cause de l’activité humaine" (§ 23).
Tout cela conduit le pape François à appelle à "réaliser des changements de style de vie, de production et de consommation, pour combattre ce réchauffement ou, tout au moins, les causes humaines qui le provoquent ou l’accentuent" (§ 23).
Le Pape propose quelques solutions techniques comme la réduction de "l’émission du dioxyde de carbone... , en remplaçant l’utilisation de combustibles fossiles et en accroissant des sources d’énergie renouvelable" (§ 26).

1.3- Une approche classique de la gestion des conflits en matière scientifique ?

Ces analyses n’ont pas manqué d’être reprises par les médias et par les acteurs politiques ou associatifs. Pourtant, le pape François insiste sur le caractère non définitif de ces analyses et met en place une forme de tension de sa pensée :

- D’un côté, en ce qui concerne le climat, il accompagne le discours ambiant.
- Mais d’un autre côté, il reconnait "qu’on ne peut pas attribuer une cause scientifiquement déterminable à chaque phénomène particulier ... Il y a, certes, d’autres facteurs (comme le volcanisme, les variations de l’orbite et de l’axe de la terre, le cycle solaire)" (§ 23)[5]. Il admet que, "sur beaucoup de questions concrètes, en principe, l’Église n’a pas de raison de proposer une parole définitive et elle comprend qu’elle doit écouter puis promouvoir le débat honnête entre scientifiques, en respectant la diversité d’opinions" (§ 61).
Concernant les solutions, le pape François dit qu’il ne faut pas "penser à des recettes uniformes" (§ 180)  et qu’il faut prendre "en compte la complexité de la crise écologique et ses multiples causes, nous devrons reconnaître que les solutions ne peuvent pas venir d’une manière unique d’interpréter et de transformer la réalité" (§ 63). Il faut laisser la place aux débats : "il faut garantir une discussion scientifique et sociale". Si on n’appelle pas les choses par leur nom et qu’on ne met pas sur la table toutes les informations, mais qu’on les choisies en fonction d’intérêts propres, qu'ils soient politiques, économiques ou idéologiques, "il devient  difficile d’avoir un jugement équilibré et prudent sur les diverses questions" (§ 135).

L’encyclique appelle donc au dialogue entre les diverses visions : "Cela donnerait lieu à divers apports qui pourraient entrer dans un dialogue en vue de réponses intégrales". (§ 60) Puissent les structures d’Église continuer à ouvrir ce dialogue ! En effet, l’encyclique est fidèle à la recommandation conciliaire qui veut que les laïcs n’attendent pas de leurs pasteurs qu’ils "aient une compétence telle qu’ils puissent leur fournir une solution concrète et immédiate à tout problème, même grave, qui se présente à eux, ou que telle soit leur mission"  (Gaudium et spes § 43.2). Dans le "dialogue" conclusif de l’encyclique on lit bien que "dans certaines discussions sur des questions liées à l’environnement, il est difficile de parvenir à un consensus. Encore une fois je répète", insiste le Pape, "que l’Église n’a pas la prétention de juger des questions scientifiques ni de se substituer à la politique, mais j’invite à un débat honnête et transparent, pour que les besoins particuliers ou les idéologies n’affectent pas le bien commun" (§ 188).
Ainsi, en s’appuyant, d’un côté, sur les propos consensuels de la communauté internationale sur la crise écologique, le Pape est entendu. Mais, malgré tout, il reconnaît que les discussions rendent difficile un consensus général.
Il y a là une forme de gestion des conflits comme a toujours aimé la pratiquer le Cardinal Bergolio : "l’unité passe par le dépassement du conflit, sans le refuser et sans s’y embourber... dépassement qui se réalisera sur un plan plus élevé... seule façon pour que l’unité soit supérieure au conflit" [6].
L’encyclique ne consacre qu’une faible part à cette analyse sur le climat. Le pape François sait que pour parvenir à "l’union des esprits, il y a un fondement non négociable,... la doctrine commune" [7].

C’est cet aspect doctrinal de l’encyclique qu’il importe de découvrir. Trois points doctrinaux méritent d’être mis en exergue dans cette encyclique. Le premier tourne autour de l’anthropocentrisme chrétien. Le pape démontre que l’Église en est souvent accusée à tort. Par ailleurs, le pape François en répétant que "tout est lié" montre son attachement à une anthropologie de la relation. Il y a là une approche qui n’est pas nouvelle pour l’Église mais qui montre l’importance que le Pape y attache.  Enfin, le Pape met tout dans la perspective d’une vision eschatologique de toute la création.

2- « Laudato si » : un anthropocentrisme chrétien à mieux comprendre.

L’Église nie ce reproche fait au christianisme : « la Bible ne donne pas lieu à un anthropocentrisme despotique qui se désintéresserait des autres créatures... "Chaque créature possède sa bonté et sa perfection propres […] Les différentes créatures, voulues en leur être propre, reflètent, chacune à sa façon, un rayon de la sagesse et de la bonté infinies de Dieu. C’est pour cela que l’homme doit respecter la bonté propre de chaque créature pour éviter un usage désordonné des choses"[8] » (§ 68-69).
Malgré tout, le pape montre qu’une conception erronée de cet anthropocentrisme a conduit à de multiples dérives et excès.

2.1. Les excès anthropocentristes

- Un anthropocentrisme excessif conduit à toutes les dérives possibles liées au relativisme et aux idéologies

Un anthropocentrisme détourné de son sens profond conduit à "un style de vie dévié", en particulier à un "relativisme pratique qui caractérise notre époque... Quand l’être humain se met lui-même au centre, il finit par donner la priorité absolue à ses intérêts de circonstance, et tout le reste devient relatif" (§ 122). L’omniprésence d’un nouveau paradigme technocratique  développe un "relativisme dans lequel tout ce qui ne sert pas aux intérêts personnels immédiats est privé d’importance". Il y a, dans cette logique, des attitudes "qui provoquent en même temps la dégradation de l’environnement et la dégradation sociale" (§ 122).
Le relativisme conduit à remplacer Dieu par de nouvelles idoles : Une spiritualité qui oublie Dieu créateur nous amène à "adorer d’autres pouvoirs du monde, ou bien nous prendrions la place du Seigneur... La meilleure manière de mettre l’être humain à sa place, et de mettre fin à ses prétentions d’être un dominateur absolu de la terre, c’est de proposer la figure d’un Père créateur et unique maître du monde" (§ 75). Il faut en finir aujourd’hui avec « le mythe moderne du progrès matériel sans limite. Un monde fragile, avec un être humain à qui Dieu en confie le soin » (§ 78). Il faut également  ne pas tomber dans une forme de « divinisation de la terre »  (§ 90).

- Un anthropocentrisme excessif conduit à une société techniciste

L’encyclique ne condamne pas la technologie :

« Nous sommes les héritiers de deux siècles d’énormes vagues de changement : la machine à vapeur, le chemin de fer, le télégraphe, l’électricité, l’automobile, l’avion, les industries chimiques, la médecine moderne, l’informatique, et, plus récemment, la révolution digitale, la robotique, les biotechnologies et les nanotechnologies. Il est juste de se réjouir face à ces progrès, et de s’enthousiasmer devant les grandes possibilités que nous ouvrent ces constantes nouveautés, parce que « la science et la technologie sont un produit merveilleux de la créativité humaine, ce don de Dieu ».[9] La modification de la nature à des fins utiles est une caractéristique de l’humanité depuis ses débuts, et ainsi la technique « exprime la tendance de l’esprit humain au dépassement progressif de certains conditionnements matériels »[10] La technologie a porté remède à d’innombrables maux qui nuisaient à l’être humain et le limitaient. Nous ne pouvons pas ne pas valoriser ni apprécier le progrès technique, surtout dans la médecine, l’ingénierie et les communications. Et comment ne pas reconnaître tous les efforts de beaucoup de scientifiques et de techniciens qui ont apporté des alternatives pour un développement durable ? »  (§ 102)

Le pape reconnait donc qu’une "techno-science, bien orientée, non seulement peut produire des choses réellement précieuses pour améliorer la qualité de vie de l’être humain, depuis les objets usuels pour la maison jusqu’aux grands moyens de transports, ponts, édifices, lieux publics, mais encore est capable de produire du beau et de ‘‘projeter’’ dans le domaine de la beauté l’être humain immergé dans le monde matériel" (§ 103).
Ce regard bienveillant, le pape le rend concret en abordant la question des OGM : "Il s’agit d’une question d’environnement complexe dont le traitement exige un regard intégral sous tous ses aspects" (§ 135). L’encyclique admet que l'intervention humaine sur le monde végétal et animal, exploite les opportunités "de mutations génétiques... présentes dans la réalité matérielle... Quoiqu’il en soit, l’intervention légitime est celle qui agit sur la nature  pour l’aider à s’épanouir dans sa ligne, celle de la création, celle voulue par Dieu" (§ 132). Ce qui importe, c’est plutôt de les développer "de manière indépendante par rapport aux intérêts économiques"  (§ 132)

Malgré son regard ouvert sur les bienfaits de la technologie, le Pape estime que "l’anthropocentrisme moderne, paradoxalement, a fini par mettre la raison technique au-dessus de la réalité" (§ 115). Cette dérive est liée à une financiarisation qui  prétend être la seule solution aux problèmes.  Cette alliance entre l'économie et la technologie "finit par laisser de côté ce qui ne fait pas partie de leurs intérêts immédiats" (§ 54). Il en résulte une impossibilité à "voir le mystère des multiples relations qui existent entre les choses, et par conséquent, résout parfois un problème en en créant un autre" (§ 20). En effet, dit l’encyclique, il ne faut pas croire que, dans la réalité, "le bien et la vérité [surgissent] spontanément du pouvoir technologique et économique lui-même" (§ 105).
Le pape explique que, pendant longtemps, par ses interventions sur la nature, l’homme tirait de la réalité ce que la nature lui permettait de recevoir, "comme en tendant la main". Inversement, il y a un nouveau paradigme consistant à extraire des choses tout leur possible, "par l’imposition de la main de l’être humain, qui tend à ignorer ou à oublier la réalité même de ce qu’il a devant lui" (§ 107).
L’encyclique explique "qu’aujourd’hui le paradigme technocratique est devenu tellement dominant qu’il est très difficile de faire abstraction de ses ressources, et il est encore plus difficile de les utiliser sans être dominé par leur logique. C’est devenu une contre-culture de choisir un style de vie avec des objectifs qui peuvent être, au moins en partie, indépendants de la technique, de ses coûts... De fait, la technique a un penchant pour chercher à tout englober dans sa logique de fer" (§ 108).
Ce nouveau paradigme technocratique tend à exercer sa domination aussi sur l'économie et la politique. "L’économie assume tout le développement technologique en fonction du profit, sans prêter attention à d’éventuelles conséquences négatives pour l’être humain. Les finances étouffent l’économie réelle" (§ 109).

Comment rééquilibrer les choses ?

Certes, "personne ne prétend vouloir retourner à l’époque des cavernes", dit le pape avec humour ! Mais, "il est indispensable de ralentir la marche" (§ 114). Il faut "avancer dans une révolution culturelle courageuse », car « la science et la technologie ne sont pas neutres" (§ 114).
Le pape reprend à son compte le discours de Paul VI devant la FAO en 1970 : "les progrès scientifiques les plus extraordinaires, les prouesses techniques les plus étonnantes, la croissance économique la plus prodigieuse, si elles ne s’accompagnent d’un authentique progrès social et moral, se retournent en définitive contre l’homme [11]" (§ 4).
L ‘encyclique appelle à une nouvelle "spiritualité qui constitueraient une résistance face à l’avancée du paradigme technocratique" (§ 111). En effet, la liberté humaine est "capable de limiter la technique, de l’orienter, comme de la mettre au service d’un autre type de progrès, plus sain, plus humain, plus social, plus intégral" (§ 112)

2.2. Anthropocentrisme : Les recentrages nécessaires

Pour revenir à un anthropocentrisme véritablement chrétien et équilibré, l’encyclique propose quelques pistes :

- Lire le grand livre de la nature et en comprendre le langage

L’encyclique appelle à contempler "chaque créature [qui] a une fonction... aucune n’est superflue. Tout l’univers matériel est un langage de l’amour de Dieu, de sa tendresse démesurée envers nous. Le sol, l’eau, les montagnes, tout est caresse de Dieu" (§ 84). L’encyclique fait sienne le propos de Jean-Paul II : « Dieu a écrit un beau livre ’’dont les lettres sont représentées par la multitude des créatures présentes dans l’univers’[12] » (§ 85). Dès lors, le manque d'intérêt pour mesurer les dommages causés à la nature et l'impact environnemental des décisions, "est seulement le reflet le plus visible d’un désintérêt pour reconnaître le message que la nature porte inscrit dans ses structures mêmes" (§ 117). Le pape François donne des exemples pratiques : "Quand on ne reconnaît pas, dans la réalité même, la valeur d’un pauvre, d’un embryon humain, d’une personne vivant une situation de handicap ..., on écoutera difficilement les cris de la nature elle-même". (§ 117). L’encyclique insiste donc sur l’incompatibilité qu’il y a dans "la défense de la nature ...et la justification de l’avortement" (§ 120) . Le pape François, se fondant sur ces exemples répète deux fois que "tout est lié" (§ 117 et 120).

- Restaurer dans nos cultures le sens du travail

L’encyclique explique qu’une écologie intégrale doit « incorporer la valeur du travail, développée avec grande sagesse par saint Jean-Paul II dans son Encyclique Laborem exercens. Rappelons que, selon le récit biblique de la création, Dieu a placé l’être humain dans le jardin à peine créé (cf. Gn 2, 15) non seulement pour préserver ce qui existe (protéger) mais aussi pour le travailler de manière à ce qu’il porte du fruit (labourer). Ainsi, les ouvriers et les artisans "assurent une création éternelle" (Si 38, 34) » (§ 124).
Le Christ lui-même, comme charpentier « a sanctifié de cette manière le travail et lui a conféré une valeur particulière pour notre maturation. Saint Jean-Paul II enseignait qu’ "en supportant la peine du travail en union avec le Christ crucifié pour nous, l’homme collabore en quelque manière avec le Fils de Dieu à la Rédemption" [13]»  (§ 98).

- Revenir au bien commun et au sens de la famille

L'écologie humaine est indissociable de la notion de bien commun. L’encyclique reprend la définition du magistère à savoir  "l’ensemble des conditions sociales qui permettent, tant aux groupes qu’à chacun de leurs membres, d’atteindre leur perfection d’une façon plus totale et plus aisée [14]" (§ 156).  elle ajoute que "le bien commun présuppose le respect de la personne humaine comme telle, avec des droits fondamentaux et inaliénables ordonnés à son développement intégral". Le bien commun  s’épanouit principalement dans la famille "comme cellule de base de la société", et dans la paix sociale, "c’est-à-dire la stabilité et la sécurité d’un certain ordre". C’est pourquoi "toute la société – et en elle, d’une manière spéciale l’État, – a l’obligation de défendre et de promouvoir le bien commun" (§ 157). Et le pape reprend sa catéchèse du 15 avril 2015 en disant que : « l’attitude qui prétend "effacer la différence sexuelle parce qu’elle ne sait plus s’y confronter", n’est pas saine ».

- Ne pas croire à la primauté du "faire"

L'encyclique met en garde contre cet anthropocentrisme qui trouve sa source dans une mauvaise interprétation de la Genèse qui ferait croire que l'homme peut tout se permettre puisque le Créateur lui a confié le jardin pour qui la "cultiver". Mais il y a un anthropocentrisme inversé consistant à penser que, puisqu'il ne l'a pas "gardé", l'homme serait à l'initiative de l'apocalypse ou plutôt aurait le pouvoir de l'éviter "sous la forme politique d’un messianisme sécularisé" (Catéchisme § 676).

C'est pourquoi l'encyclique met en garde contre une illusion : "toute solution technique que les sciences prétendent apporter sera incapable de résoudre les graves problèmes du monde si l’humanité perd le cap, si l’on oublie les grandes motivations qui rendent possibles la cohabitation, le sacrifice, la bonté". (§ 200). Le pape François reprend ici un thème déjà développé par Benoit XVI : "aucune structuration positive du monde ne peut réussir là où les âmes restent à l'état sauvage" (Encyclique Spe salvi § 15).
Le pape met en garde contre une primauté du faire déjà dénoncée par Caritas in veritate: "le développement technologique peut amener à penser que la technique se suffit à elle-même, quand l’homme, en s’interrogeant uniquement sur le comment, omet de considérer tous les pourquoi qui le poussent à agir" (Caritas in veritate, § 70).

- Vivre une "sobriété heureuse", qui n'a rien à voir avec une frugalité par précaution !

Une sobriété mal comprise reviendrait à privilégier le faire -pour sauver la planète?-, alors qu’elle est un chemin vers plus d’être et plus de charité. Le pape François dans Laudato si en parle longuement dans un chapitre consacré à la joie et la paix : « La spiritualité chrétienne propose une autre manière de comprendre la qualité de vie, et encourage un style de vie prophétique et contemplatif, capable d’aider à apprécier profondément les choses sans être obsédé par la consommation. ... L’accumulation constante de possibilités de consommer distrait le cœur et empêche d’évaluer chaque chose et chaque moment. ... La spiritualité chrétienne propose une croissance par la sobriété, et une capacité de jouir avec peu. ... » (LS § 222).
Le Pape François se place donc au plan de la vertu. On est donc loin d’une vie simple qui voudrait se limiter à éviter de gaspiller les ressources . Cela ferait oublier qu’une « ascèse vigilante » permet de « finaliser le travail humain à la charité, ... [de lui] conférer une spiritualité animatrice et rédemptrice » (Comp. § 266). Nos modes de vie ne peuvent être fondés sur un rêve d’efficacité humaine directe : c’est dans le respect de la cohérence globale de la création qu’on obtient indirectement une véritable « efficacité de la vérité » (Comp. § 63). Espérer mobiliser les chrétiens sur une forme de « sobriété par précaution », reviendrait à privilégier le faire sur l’être. On ne recommande pas le jeûne en arguant que cela peut réduire l’obésité.
L’ascèse est un chemin de liberté et de pacification et non pas une peur du lendemain ni une façon de retarder une apocalypse pour la planète. La véritable sobriété, si elle « est vécue avec liberté et de manière consciente, est libératrice » (LS § 223).

- Remettre l’homme à sa vraie place au sommet de la création

L'encyclique, après avoir mis en garde sur un anthropocentrisme déséquilibré, précise malgré tout que "cela ne signifie pas que tous les êtres vivants sont égaux ni ne retire à l’être humain sa valeur particulière" (§ 90). Cette juste place de l’homme implique pour lui une responsabilité énorme qui doit nous obliger à  voir que, « en toute créature habite son Esprit vivifiant qui nous appelle à une relation avec lui [15]... La découverte de cette présence stimule en nous le développement des "vertus écologiques" [16]. Mais en disant cela, n’oublions pas qu’il y a aussi une distance infinie entre la nature et le Créateur, et que les choses de ce monde ne possèdent pas la plénitude de Dieu » (§ 88).

3- « Laudato si » : une anthropologie de la relation

Le grand message doctrinal de cette encyclique nous semble résider dans la compréhension de l’écologie à travers cette théologie de la relation.
Il faut souligner qu’en dehors des textes antérieurs du magistère, le Pape fait peu appel à d’autres auteurs. Un seul émerge : le théologien Romano Guardini [17]. Il est cité à quatre reprises. Il avait déjà inspiré Mgr Crepaldi[18]. Celui-ci expliquait que

"la nature trouve son sens dans un dialogue entre l'homme et Dieu, et les choses mêmes se trouvaient rassemblées non seulement dans une relation d'intelligence, mais aussi d'amour. .. . Même la nature de l'homme est un acte, mais ce n'est pas un acte statique, mais un acte qui doit être considéré comme un projet qui doit être mis en œuvre. Alors que pour les plantes et les animaux, le projet de leur nature est réalisé en vertu du déroulement de la nature même, et en tant que tel est garanti. Pour l'homme, le projet de sa propre nature doit être assumé, voulu, poursuivi. Dit autrement, c'est un dynamisme moral et salvateur, pas simplement naturaliste. Pour réaliser ce projet, tel qu’il est, il faut l'assumer comme un devoir à accomplir et en faire l’objet d'un engagement moral. La nature propre de l’homme contient, en fait, une règle à satisfaire et un point final à atteindre. Elle est telle que l'homme est appelé à prêter attention à sa propre nature naturaliste. Néanmoins, cela va de soi, ce n'est pas possible par un acte arbitraire, mais à travers une soumission à sa propre nature ou en assumant sa propre nature comme un devoir"[19].

Le pape François attache une grande importance à cette anthropologie de la relation. Il avait condamné en 2014 une « conception de la personne humaine détachée de tout contexte social et anthropologique, presque comme une "monade [20]", toujours plus insensible aux autres "monades" présentes autour de soi » [21].

3.1- Tout est lié

L’encyclique cite tout un ensemble de liaisons qui tournent autour des trois pôles essentiels : Dieu, l’homme et le reste de la nature : « L’existence humaine repose sur trois relations fondamentales intimement liées : la relation avec Dieu, avec le prochain, et avec la terre. » (§ 66). Le pape prend l’exemple de François d’Assise qui « vivait avec simplicité et dans une merveilleuse harmonie avec Dieu, avec les autres, avec la nature et avec lui-même » (§ 10).
Reprenons chacune de ces liaisons :

Lien entre Dieu et les hommes

« L’amour très particulier que le Créateur a pour chaque être humain lui confère une dignité infinie » (§ 65)

- Lien entre Dieu et la nature

« Jésus les invitait à reconnaître la relation paternelle que Dieu a avec toutes ses créatures, et leur rappelait, avec une émouvante tendresse, comment chacune d’elles est importante aux yeux de celui-ci » (§ 96)

- Lien de la Nature avec Dieu

« des milliers d’espèces ne rendront plus gloire à Dieu par leur existence » (§ 33)

- Les liens de la nature avec elle-même

« Le temps et l’espace ne sont pas indépendants l’un de l’autre, et même les atomes ou les particules sous-atomiques ne peuvent être considérés séparément. Tout comme les différentes composantes de la planète – physiques, chimiques et biologiques – sont reliées entre elles, de même les espèces vivantes constituent un réseau » (§ 138).
L’encyclique évoque ces liens comme relevant du « mystère des multiples relations qui existent entre les choses » (§ 20)

- Le lien de l’homme vis à vis de la nature

« Cela implique une relation de réciprocité responsable entre l’être humain et la nature » (§ 67).

- Le lien entre la Nature et l’homme.

La nature nous parle ! Il faut « reconnaître la nature comme un splendide livre… [qui] nous révèle quelque chose » (§ 12) . Il y a des situations "où on écoutera difficilement les cris de la nature elle-même » (§ 117).

- Le lien de l’homme avec Dieu

« On ne peut pas envisager une relation avec l’environnement isolée de la relation avec les autres personnes et avec Dieu ». (§ 119)

- Le lien des hommes entre eux

« Tout est lié, et la protection authentique de notre propre vie comme de nos relations avec la nature est inséparable de la fraternité, de la justice ainsi que de la fidélité aux autres » (§ 70). Le rappel solennel de l'encyclique d'une option préférentielle pour les pauvres (§ 158) est à souligner ici. Il est omniprésent dans l'encyclique.
Mais l’encyclique parle également du lien de la personne avec elle-même : « La négligence dans la charge de cultiver et de garder une relation adéquate avec le voisin, envers lequel j’ai le devoir d’attention et de protection, détruit ma relation intérieure avec moi-même » (§ 70) et « l’analyse des problèmes environnementaux est inséparable de … la relation de chaque personne avec elle-même » (§ 141)

- Les liens internes à la personne divine une et trine.

Nous croyons « en un Dieu qui est un et communion trinitaire » (§ 239)

3.2- Des exemples très concrets de liens à développer

- La relation de l'homme avec lui-même.

C’est un paradoxe que l’encyclique explique bien : certes, l’homme doit protéger l’animal, et sa relation avec la nature. Mais si je ne le fais pas, je détruis une relation globale, je détruis "ma relation intérieure avec moi même, avec les autres, avec Dieu et avec la terre... . tout est lié, et la protection authentique de notre propre vie comme de nos relations avec la nature est inséparable de la fraternité, de la justice ainsi que de la fidélité aux autres" (§ 70).
Voilà, dit le Pape, ce que nous disent les histoires de Caïn et Abel, et du Déluge. Elles  nous enseignent que "la négligence dans la charge de cultiver et de garder une relation adéquate avec le voisin, envers lequel j’ai le devoir d’attention et de protection, détruit ma relation intérieure avec moi même, avec les autres, avec Dieu et avec la terre" (§ 70).
Dès lors,  "le sentiment d’union intime avec les autres êtres de la nature ne peut pas être réel si en même temps il n’y a pas dans le cœur de la tendresse, de la compassion et de la préoccupation pour les autres êtres humains. L’incohérence est évidente de la part de celui qui lutte contre le trafic d’animaux en voie d’extinction mais qui reste complètement indifférent face à la traite des personnes, se désintéresse des pauvres, ou s’emploie à détruire un autre être humain qui lui déplaît. Ceci met en péril le sens de la lutte pour l’environnement" (§ 91).
Le pape François explique comment "l’indifférence ou la cruauté envers les autres créatures de ce monde finissent toujours par s’étendre, d’une manière ou d’une autre, au traitement que nous réservons aux autres êtres humains. Le cœur est unique, et la même misère qui nous porte à maltraiter un animal ne tarde pas à se manifester dans la relation avec les autres personnes" (§ 92). En cela tous les mauvais traitements envers les créatures sont contraires à la dignité humaine. "Tout est lié" !

- Le fait urbain

On trouve dans l’encyclique un regard intéressé sur la ville comme lieu de communion entre les hommes. L’objectif, dit le pape François, n’est pas "de créer de nouvelles villes soi-disant plus écologiques", où il ne fait pas toujours bon vivre. Au contraire, "il faut prendre en compte l’histoire, la culture et l’architecture d’un lieu, en maintenant son identité originale" (§ 143). Certes, ajoute-t-il, il existe une "sensation d’asphyxie, produite par l’entassement dans des résidences et dans des espaces à haute densité de population", mais ce sentiment peut être "contrebalancé si des relations humaines d’un voisinage convivial sont développées, si des communautés sont créées, si les limites de l’environnement sont compensées dans chaque personne"  (§ 148) !
Le pape cite des favelas d’Amérique latine  et montre que, "dans ces conditions, beaucoup de personnes sont capables de tisser des liens d’appartenance et de cohabitation, qui transforment l’entassement en expérience communautaire où les murs du moi sont rompus et les barrières de l’égoïsme dépassées. C’est cette expérience de salut communautaire qui ordinairement suscite de la créativité pour améliorer un édifice ou un quartier [22]" (§ 149).
L’encyclique retient des phrases positives sur ce que peut et doit être la ville : "elle  nous héberge et nous unit" (§ 151),  la ville doit être "un espace vraiment partagé avec les autres". C’est à ces conditions que le pape François se laisse aller à un élan personnel : "Comme elles sont belles les villes qui, même dans leur architecture, sont remplies d’espaces qui regroupent, mettent en relation et favorisent la reconnaissance de l’autre ! " [23] » (§ 152)

- Le fait culturel

Pour le pape François, l'écologie exige également de prendre soin des richesses culturelles de l'humanité dans leur sens le plus large. En effet, "l’imposition d’un style de vie hégémonique lié à un mode de production peut être autant nuisible que l’altération des écosystèmes" (§ 145).
Le pape insiste pour que le fait culturel ne soit pas compris seulement au sens des monuments du passé, mais surtout dans le "sens d’une vie de relation entre les êtres humains et leur environnement" (§ 143).
Dès lors, il ne faut pas "homogénéiser les cultures [ni] affaiblir l’immense variété culturelle, qui est un trésor de l’humanité. C’est pourquoi prétendre résoudre toutes les difficultés à travers des réglementations uniformes ou des interventions techniques conduit à négliger la complexité des problématiques locales" (§ 144).

3.3- Les fondements philosophiques et théologiques de la relation

L'encyclique n'en fait pas une analyse détaillée, mais certaines phrases montrent que le pape François n'en reste pas à des liaisons  que les philosophes qualifient d'"accidentelles".  Il n'y a pas, dit le Pape "d’écologie sans anthropologie adéquate" (§ 108).
Pour revenir aux fondamentaux, nous reprenons ici des extraits de « Éléments de métaphysique sacrée et profane » de l’abbé François Para Du Phanjas (philosophe 1724-1797)[24]
Trois types de relations sont retenues en fonction de l'objet du rapport à un autre objet:

- La relation "arbitraire"
Être grand parmi les petits ou petit parmi les grands sont des réalités relatives arbitraires . Ces rapports ne constituent pas une vraie relation entre ces deux choses arbitrairement comparées.Ce type de relation n’a pas de signification métaphysique

-  La relation "accidentelle"
Le fondement de cette relation ne consiste pas dans l’essence du sujet.  C'est le cas par exemple d'une relation du disciple au maître, du Sujet au Souverain. La discipline enseignée par le maître, fondement même de sa relation avec le sujet disciple, n’est qu’un ajout « accidentel » au sujet.

- La relation "essentielle"
Le fondement n’est pas quelque chose d’accidentellement ajouté au sujet, par exemple la relation de la Créature au Créateur, de l’effet à la cause. Dans une relation « essentielle », on ne peut détruire, même par la pensée, le fondement de la relation sans détruire tout le sujet de la relation, ce qui démontre que le fondement de la relation n’est point distingué du sujet.

- De la "substance" à la "subsistance"
L'encyclique évoque ce concept dans cette phrase: "les personnes divines sont des personnes subsistantes" (LS § 240). Qu'est-ce à dire?
La  subsistance  est en quelque sorte le mode d'existence de la substance (ou nature).

* Le Père et l'Esprit ont une Nature divine, le Fils, une double nature humaine et divine. Chacune des personnes subsistantes divines est relation tri-unitaire avec les autres.   En quelque sorte, la subsistance du Christ définit sa personne;
L'unité de Dieu réside dans cette relation entre sa nature et son mode d'existence: en Dieu, essence et relation s'identifient. C'est ce que l'encyclique explique en disant que les personnes divines sont des personnes subsistantes.

* Pour l'homme, le cardinal Ratzinger expliquait que si nous voulons admettre, comme dans le Christ, une réalité distincte de sa nature, nous devons aussi la penser distinctement dans l’homme. Il faut alors considérer l’homme comme l’unité d’une subsistance ou personne et d’une substance ou nature. 
C'est ce qui nous fera dire que la Nature humaine relève d'une relation "accidentelle", alors que son mode d'existence, à la ressemblance de la personne divine, est relation "essentielle".
L'unité de la personne humaine tient à sa relation entre sa nature et son mode d'existence. C'est ce qu'indiquait le Cardinal Ratzinger: "L’homme n’est plus un être de relation accidentelle mais il est relation subsistante" (J. Ratzinger - La notion de personne en théologie- 1966).

* Pour le reste du monde créé, sa substance est matière et sa subsistance s'identifie à l'être matériel. L'unité de la création réside dans la relation entre nature et son mode d'existence. C'est que dit l'encyclique: « le monde créé selon le modèle divin est un tissu de relations » (LS § 240) et nous comprenons qu'il ne s'agit plus de relations "arbitraires" puisqu'elles sont sur le modèle divin.

- Tout est trinitaire !

Ces réflexions sur la nature théologique et philosophique de la relation permettent de mieux comprendre pourquoi le pape François incite à penser que "toute la réalité contient en son sein une marque proprement trinitaire" (§ 239).

C’est dans saint Thomas d’Aquin que le pape trouve cette grille de lecture : il faut "essayer de lire la réalité avec une clé trinitaire ..." (§ 239-240).
Il s’appuie aussi sur:
- Saint Bonaventure qui en était arrivé à affirmer que, avant le péché, l’être humain pouvait découvrir comment « chaque créature atteste que Dieu est trine » (§ 239).
- Saint François d’Assise qui enseigne  "que toute créature porte en soi une structure proprement trinitaire" (§ 239).
L’encyclique nous appelle donc à « essayer de lire la réalité avec une clé trinitaire » (§ 239).
« Cela nous invite non seulement à admirer les connexions multiples qui existent entre les créatures, mais encore à découvrir une clé de notre propre épanouissement. En effet, plus la personne humaine grandit, plus elle mûrit et plus elle se sanctifie à mesure qu’elle entre en relation, quand elle sort d’elle-même pour vivre en communion avec Dieu, avec les autres et avec toutes les créatures. Elle assume ainsi dans sa propre existence ce dynamisme trinitaire que Dieu a imprimé en elle depuis sa création. Tout est lié… » (§ 240).
 

3.4- Le sommet de l’anthropologie de la relation : la vie trinitaire et le don divin dans l’eucharistie

Le pape François l’affirme solennellement : "Tout est lié, et cela nous invite à mûrir une spiritualité de la solidarité globale qui jaillit du mystère de la Trinité" (§ 240).
Aurait-on imaginé une encyclique sur l’écologie révélant à ce point le sens de la création à travers la vie trinitaire (§ 238-240) et l’eucharistie ?
Tout le mystère de la Création se résume à cette relation trinitaire entre :

- Le Père,...ultime source de tout, fondement aimant et communicatif de tout ce qui existe,
- Le Fils, ... par qui tout a été créé, s’est uni à cette terre,
- L’Esprit, lien infini d’amour, est intimement présent au cœur de l’univers en l’animant et en suscitant de nouveaux chemins  (§ 238).
Le monde a été créé par les trois Personnes comme un unique principe divin, mais chacune d’elles réalise cette œuvre commune selon ses propriétés personnelles (§ 238).

Bien entendu, la relation eucharistique complète notre compréhension : "les Sacrements sont un mode privilégié de la manière dont la nature est assumée par Dieu et devient médiation de la vie surnaturelle (§ 235)... Dans l’Eucharistie, la création trouve sa plus grande élévation... L'Eucharistie unit le ciel et la terre (§ 236) "

4- « Laudato si » : Des éclairages à attendre ?

4.1- Le principe de subsidiarité ?

L’encyclique ne passe pas sous silence la question de la gouvernance mondiale. Elle parle à plusieurs reprises de la nécessité "de régulation ... de contrôles suffisants" (§ 29), de la difficulté à mettre en œuvre des "mécanismes adéquat de contrôle, de révision périodique et de sanction en cas de manquement , ... de missions de vérification... du respect effectif des conventions" (§ 167). Elle regrette "l’absence de mécanismes sévères de réglementation, de contrôle et de sanction [qui] finissent par miner tous les efforts" (§ 174).  L’encyclique évoque la nécessité d’un "pouvoir pour sanctionner" (§ 175). Le pape souligne le besoin d'un « accord sur les régimes de gestion, pour toute la gamme de ce qu’on appelle les ‘‘biens communs globaux’’» (§ 174).
Le mot subsidiarité est prononcé deux fois [25] : une fois pour qualifier la structure familiale, mais, curieusement, une seule autre fois à propos de la gouvernance mondiale.
L’encyclique fait sienne le propos de Benoît XVI dans Caritas in veritate : "Pour le gouvernement de l’économie mondiale, pour assainir les économies frappées par la crise, pour prévenir son aggravation et de plus grands déséquilibres, pour procéder à un souhaitable désarmement intégral, pour arriver à la sécurité alimentaire et à la paix, pour assurer la protection de l’environnement et pour réguler les flux migratoires, il est urgent que soit mise en place une véritable Autorité politique mondiale telle qu’elle a déjà été esquissée par mon Prédécesseur, le bienheureux Jean XXIII [26]" (§ 175).
Mais, paradoxalement, l’encyclique coupe la phrase qui suit immédiatement après dans le texte de Caritas in veritate : "Une telle autorité devra être réglée par le droit, se conformer de manière cohérente aux principes de subsidiarité et de solidarité". Or parler de gouvernance mondiale et de subsidiarité est un exercice subtile.
Il faudra probablement attendre de nouveaux commentaires du Saint-Siège pour voir si ce recul par rapport au principe de subsidiarité traduit un réel point d’évolution dans la doctrine de l’Église.

4.2- Le Bien Commun ?

L’encyclique commence son § 23 par cette phrase: « Le climat est un bien commun». Cet article indéfini laisse entendre qu’il y a des « biens communs » au pluriel. Or, le compendium retient cette définition: « Le bien commun est et demeure commun, car indivisible et parce qu'il n'est possible qu'ensemble de l'atteindre, de l'accroître et de le conserver… Le bien commun peut être compris comme la dimension sociale et communautaire du bien moral.» (CDSE § 164). C'est donc un bien au singulier indivisible.

Ne doit-on pas utiliser, pour parler du climat, d'un bien destiné universellement comme le sont l'eau, le logement, l'accès à la nourriture, etc? Le concept de « destination universelle des biens » se mesure à la capacité d'une société à permettre à chaque individu d'avoir accès à ce qui lui est indispensable pour survivre. Le concept de "bien commun" est difficile à évoquer dans nos cultures de consommation pour qu'il ne soit pas utilisé au pluriel, sinon, ne risque-t-on pas de le confondre avec le concept d'intérêt général?

L’encyclique consacre d’ailleurs ses § 156-157 et 158 au bien commun en rappelant cette autre phrase du Compendium:  c’est « l’ensemble des conditions sociales qui permettent, tant aux groupes qu’à chacun de leurs membres, d’atteindre leur perfection d’une façon plus totale et plus aisée ». (Ls § 156 et CDSE §164)

4.3- La neutralité de la science et de la technique?

La question est évoquée dans le propos: "la science et la technologie ne sont pas neutres" (§ 114). Or au § 107, il est écrit: "Il faut reconnaître que les objets produits par la technique ne sont pas neutres, parce qu’ils créent un cadre qui finit par conditionner les styles de vie, et orientent les possibilités sociales dans la ligne des intérêts de groupes de pouvoir déterminés".
Ce sont  donc plutôt les objets élaborés grâce à la technique (objets connectés par exemple) qui ne seraient pas neutres, et non la technique elle-même.
C'est donc bien l'homme qui "produit ces objets" qui est en cause et non la technique.
C'est bien ce qui est écrit: "Certains choix qui paraissent purement instrumentaux sont, en réalité, des choix sur le type de vie sociale que l’on veut développer "  (§ 107).
Le propos mériterait d'être précisé dans la mesure où il n'est pas rare d'entendre aujourd'hui des affirmations du genre: "la science rend l'homme mauvais"!

4.4- Humanae-Vitae?

Certains observateurs ont regretté que Laudato si n'évoque pas les questions relatives à la sexualité. Certes, on y trouve le § 155:

"L’homme aussi possède une nature qu’il doit respecter et qu’il ne peut manipuler à volonté ». Dans ce sens, il faut reconnaître que notre propre corps nous met en relation directe avec l’environnement et avec les autres êtres vivants. L’acceptation de son propre corps comme don de Dieu est nécessaire pour accueillir et pour accepter le monde tout entier comme don du Père et maison commune ; tandis qu’une logique de domination sur son propre corps devient une logique, parfois subtile, de domination sur la création. Apprendre à recevoir son propre corps, à en prendre soin et à en respecter les significations, est essentiel pour une vraie écologie humaine. La valorisation de son propre corps dans sa féminité ou dans sa masculinité est aussi nécessaire pour pouvoir se reconnaître soi-même dans la rencontre avec celui qui est différent. De cette manière, il est possible d’accepter joyeusement le don spécifique de l’autre, homme ou femme, œuvre du Dieu créateur, et de s’enrichir réciproquement. Par conséquent, l’attitude qui prétend « effacer la différence sexuelle parce qu’elle ne sait plus s’y confronter », n’est pas saine".

Malgré tout, l'encyclique aurait-elle pu être plus précise et rappeler Humanae Vitae et sa vision prophétique? Certains courants chrétiens rejettent les contraceptions chimiques au motif du risque d'une certaine forme de pollution. C'est oublier tout le sens de la théologie du corps selon Jean-Paul II : La vraie pollution est celle qui distille, dans le couple, un certain esprit contraceptif, quelque soit les techniques utilisées, naturelles ou non. Paul VI considère plusieurs aspects liés entre eux pour comprendre toutes les dimensions d’une paternité responsable :
- Par rapport aux processus biologiques, « la paternité responsable signifie connaissance et respect de leurs fonctions: l'intelligence découvre, dans le pouvoir de donner la vie, des lois biologiques qui font partie de la personne humaine »[2].
- Par rapport aux tendances de l'instinct et des passions, « la paternité responsable signifie la nécessaire maîtrise que la raison et la volonté doivent exercer sur elles ».
- Par rapport au projet divin : « La paternité responsable comporte encore et surtout un plus profond rapport avec l'ordre moral objectif, établi par Dieu, et dont la conscience droite est la fidèle interprète ».
La paternité responsable peut se résumer à ceci : « Dans la tâche de transmettre la vie, les conjoints ne sont par conséquent pas libres de procéder à leur guise, comme s'ils pouvaient déterminer de façon entièrement autonome les voies honnêtes à suivre ». La paternité responsable est au contraire un devoir « envers Dieu, envers eux-mêmes, envers la famille et envers la société, dans une juste hiérarchie des valeurs ».

Laudato si pouvait-elle entrer dans le concept d’"écologie intégrale" sans évoquer en profondeur le sens de la sexualité et sans rappeler que cela implique que les conjoints doivent « conformer leur conduite à l'intention créatrice de Dieu, exprimée dans la nature même du mariage et de ses actes »?

4.5- Le « péché » contre la création ?

L’encyclique évoque la vision orthodoxe : « Le Patriarche Bartholomée ... s’est exprimé à plusieurs reprises d’une manière ferme et stimulante, nous invitant à reconnaître les péchés contre la création : « Que les hommes dégradent l’intégrité de la terre en provoquant le changement climatique, en dépouillant la terre de ses forêts naturelles ou en détruisant ses zones humides ; que les hommes portent préjudice à leurs semblables par des maladies en contaminant les eaux, le sol, l’air et l’environnement par des substances polluantes, tout cela, ce sont des péchés ».
Or, le catéchisme de l’Eglise Catholique rappelle que « La moralité des actes humains dépend de l’objet choisi, de la fin visée ou l’intention et des circonstances de l’action » (§ 1750). Où intégrer, dans cette perspective, la matérialité de nos actes, leur proportionnalité ?

Michel Younès, dans « Pour une théologie chrétienne des religions » semble réduire l’importance de cette question :

« En théologie catholique, le proportionnalisme est une théorie qui est apparue avec le jésuite Peter Knauer en 1965 pour dénoncer l’attachement à la matérialité de l’acte humain. ... C’est l’intention qui oriente l’acte. En soi, les actes sont sont « pré moraux » ; ils deviennent moralement bons ou mauvais une fois posés. Ce qui conduit à leur finalité, aussi bien que l’intention de considérer leur contexte et leur finalité, aussi bien que l’intention de celui qui les accomplit. Tout acte apparaît ainsi comme un mélange d’avantages et d’inconvénients. La proportionnalité suit, de ce fait, une voie particulière.... Un des problèmes majeurs de cette théorie est l’absence de moyens pour évaluer la proportion. Ce qui conduit inévitablement à l’accentuation de l’intentionnalité subjective. Deux conséquences s’en suivent : le risque du relativisme qui réside dans l’absence du critère de vérité, et ce que Jean-Pau lII appelle dans la « splendeur de la Vérité », le téléologisme :... Jean-Paul II [explique que]... « la vie morale possède un caractère téléologique fondamental, car elle consiste dans l’orientation délibérée des actes humains vers Dieu, bien suprême et fin (telos) ultime de l’homme ». Or, à ses yeux, le proportionnalisme ne prend pas suffisamment en compte la volonté qui est impliquée dans le choix ».

Malgré tout, le compendium de la DSE évoque la difficulté de définir la matérialité d’un acte environnemental : « Les autorités appelées à prendre des décisions pour faire face aux risques sanitaires et environnementaux se trouvent parfois face à des situations où les données scientifiques disponibles sont contradictoires ou quantitativement rares » (§ 469). Il évoque la nécessité de retenir des décisions « proportionnelles aux mesures déjà appliquées pour d'autres risques ». Une "précaution" mal comprise ne risque-t-elle pas d’être disproportionnée par rapport à d’autres risques par exemple en matière de finance (gaspillage de milliards consacrés en vain à une inflexion du réchauffement climatique), ou en matière de justice (un modèle de « croissance-zéro » imposé aux pays les plus pauvres) ?

Est-il donc moral de faire l’impasse sur un approfondissement des réalités scientifiques disponibles, même quand elles sont contradictoires ?
Certes l’encyclique appelle au dialogue « honnête et transparent » en matière scientifique, ais comment peut-elle parler de « péché » sans risquer de prendre parti dans les débats scientifiques, ce qui ne relève ni de sa mission ni de sa compétence ?

4.6- La divinisation de la création?

Saint-Irénée parle de Dieu qui s'est fait homme pour que l'homme devienne Dieu. Cette théologie est présente chez tous les pères de l'Eglise. Peut-on pour autant parler de "divinisation de la création"? 
Au § 236, le Pape François dit que "la création est tendue vers la divinisation, vers les saintes noces, vers l’unification avec le Créateur lui-même", en s'appuyant sur une Homélie de 2006 de Benoît XVI.
Or, au § 90, l'encyclique parle de "la valeur particulière" de l’être humain au sein de la création, ajoutant que "cela ne suppose pas non plus une divinisation de la terre".
Mais alors pourquoi cet appel à "collaborer avec elle (la terre)" (§ 90)? Cette forme de personnalisation de la terre est-elle compatible avec cet appel à ne pas "diviniser la terre".
Ces propos contradictoires mériteraient d'être approfondis.

 

5- Conclusion et mise en perspective eschatologique

L’encyclique est empreinte d’une vision merveilleuse qui dépasse le contexte temporel : toute la création est appelée vers une terre nouvelle.

Malgré tout, au cours de sa réflexion sur le contenu de sa foi, l’Église peut être amenée à affiner sa perception de tel ou tel mystère ou de telle ou telle vérité morale. Elles font l’objet d’un approfondissement ininterrompu. En effet, les vérités de foi ou de morale, énoncées par l’Église au cours de l’Histoire, sont de trois types :Vérités révélées, Vérités infaillibles, Vérités proposées, et elles ne constituent pas des groupes hermétiques.

D’autres encycliques suivront sur ces questions, en particulier pour approfondir la dimension eschatologique qui y est abordée. Un théologien comme  Mgr Léonard explique pourquoi il "pense la protologie (du grec prôtos= premier), c’est à dire la question des origines, à partir de l’eschatologie (du grec eschatos = « dernier ») qui, elle, traite des fins dernières" [27].
Des documents magistériels ultérieurs pourraient apporter des approfondissements  sur un certain nombre de questions théologiques:

Comment éviter notre tendance à raisonner comme si la "création" s'identifiait à l'état présent de l'Univers livré dès l'origine à la servitude de la corruption ? Comment interpréter le passage de l’encyclique « Non seulement la terre a été donnée par Dieu à l’homme, qui doit en faire usage dans le respect de l’intention primitive, bonne, dans laquelle elle a été donnée, mais l’homme, lui aussi, est donné par Dieu à lui-même et il doit donc respecter la structure naturelle et morale dont il a été doté». (LS 115) ? Quelle terre nous a « donné Dieu », si la protologie comprend que le monde naturel n’a pas été voulu par Dieu et ne serait,à la suite du péché d’Adam, que la défiguration du monde préternaturel d’origine, paradisiaque et harmonieux ?

L’encyclique n’évoque ce texte paulinien (cf. Romains, 8, 18-25) que rapidement au § 2, sans y apporter une profonde analyse théologique, même si est évoqué la dégradation originelle: « Cette rupture est le péché. L’harmonie entre le Créateur, l’humanité et l’ensemble de la création a été détruite par le fait d’avoir prétendu prendre la place de Dieu » (LS § 66).
Que devient alors le concept de l’homme co-créateur?  Dans une telle perspective, comment comprendre que « l’humanité possède encore la capacité de collaborer pour construire notre maison commune » (LS § 13) ? Que devient alors le concept de sauvegarde de la création :  « nous pouvons collaborer comme instruments de Dieu pour la sauvegarde de la création » (LS § 14) ?

Le pape rappelle toutefois que,

"pour la compréhension chrétienne de la réalité, le destin de toute la création passe par le mystère du Christ, qui est présent depuis l’origine de toutes choses : « Tout est créé par lui et pour lui » (Col 1, 16).[28] Le Prologue de l’Évangile de Jean (1, 1-18) montre l’activité créatrice du Christ comme Parole divine (Logos). Mais ce prologue surprend en affirmant que cette Parole « s’est faite chair » (Jn 1, 14). Une Personne de la Trinité s’est insérée dans le cosmos créé, en y liant son sort jusqu’à la croix. Dès le commencement du monde, mais de manière particulière depuis l’Incarnation, le mystère du Christ opère secrètement dans l’ensemble de la réalité naturelle, sans pour autant en affecter l’autonomie" (§ 99).

Il en résulte que "la création est tendue vers la divinisation, vers les saintes noces, vers l’unification avec le Créateur lui-même [29]" (§ 236).
Il s’agit bien d’une nouvelle création, celle qui a fait dire à saint Irénée : Dieu s’est fait homme pour que l’homme soit divinisé.


[1] Les citations sont celles de la version française diffusée le 18 juin par la Conférence des évêques de France

[2] Conférence épiscopale de Bolivie, Lettre pastorale sur l’environnement (2012), § 17.

[3] Conseil pontifical Justice et paix, Compendium de la doctrine sociale de l’Eglise, 483.

[4] L’encyclique n’évoque pas le fait, pourtant consensuel, que ce réchauffement se ralentit depuis 15 ans.

[5] Nous ne reviendrons pas sur deux analyses contradictoires qui s’opposent :

  • La position dominantes des modèles numériques du GIEC

Le Giec s’appuie sur des modèles numériques à Circulation générale (CGM),  obtenus par décomposition en plus de 200.000 subdivisions de la planète, connectées par quelques millions d’équations relevant de lois de la physique retenues par plus de 400 auteurs. Les résultats des simulations par calculateurs numériques sont rassemblés dans des rapports du Giec portant sur 1550 pages et 9200 références. Cet amoncellement de connaissances parcellaires a conduit le Giec à élaborer un concept de validation dénommé « détection attribution » consistant à « détecter un effet, le réchauffement, et l’attribuer à une cause ». Cette discipline de validation est récente et n’est maitrisée que par un nombre restreint d’experts. Il résulte de ces travaux qu’il serait « extrêmement probable que l’influence de l’homme soit la cause principale du réchauffement observé depuis le milieu du xxe siècle » (Communiqué de presse publié le 26/09/2013 à Stockholm)

  • L’école, moins médiatisée, des modèles à comportement externe

De nombreux scientifiques estiment, de leur côté, que les variations du climat sont à imputer aux variations de l’irradiance solaire et à d’autres phénomènes naturels. Ces analyses s’appuient en particulier sur des calculs de corrélations entre des séries de données reconstituées sur de longues périodes.

Des travaux de recherches ont été publiés en 2014 (Wiley) s’appuyant sur des « modèles à comportement externe » structurés à partir de lois simples de conservation de l’énergie. Les périodes d’observations de ces modèles sont de plus de 1000 ans et la méthode scientifique utilisée est celle de l’identification des systèmes complexes pour identifier les paramètres de sensibilité climatique. Ces modèles font état de simulation a posteriori permettant de prédire a posteriori, le ralentissement du réchauffement constaté depuis 15 ans. Des tests d’hypothèses permettent à ces modèles d’estimer, avec 90 % de certitude que "Non seulement il n’est pas possible d’estimer avec quelque précision la sensibilité au CO2, mais on ne peut même pas détecter avec certitude l’existence d’une relation de cause à effet. … L’hypothèse d’un impact insignifiant de l’ensemble des gaz à effet de serre et de l’activité humaine en général ne peut pas être écartée. … On doit considérer comme un fait établi que l’activité solaire, en tant que variable explicative causale, constitue effectivement l’explication première du "changement climatique".
Ces travaux ont également fait l’objet d’un article revu par un comité de lecture et publié chez Elsevier le 26 octobre 2016 (ref : https://www.dropbox.com/s/hy5qry7a75hpy6y/VF.docx?dl=0).

Cette école, il faut le reconnaître, a encore peu de visibilité faute de reprise médiatique.

[6] Cardinal Bergolio, « Réflexions sur l’espérance II (1192) », in Espérance ; institutions et politique, I » (Parole et Silence, 2014), p. 55

[7] Ibid, p. 45

[8] Catéchisme de l’Eglise catholique, 339.

[9] Giovanni Paolo II, Discorso ai rappresentanti della scienza, della cultura e degli alti studi nell’Università delle Nazioni Unite, Hiro­shima (25 febbraio 1981), 3: AAS 73 (1981), 422.

[10] Benedetto XVI, Lett. enc. Caritas in veritate (29 giugno 2009), 69: AAS 101 (2009), 702.

[11] Adresse auprès de la FAO sur le 25e anniversaire (16 Novembre, 1970) 4: AAS 62 (1970), 833.

[12] Giovanni Paolo II, Catechesi (30 gennaio 2002), 6: Inse­gnamenti 25/1 (2002), 140.

[13] Lett. enc. Laborem exercens (14 settembre 1981), 27: AAS 73 (1981), 645.

[14] Conc. Ecum. Vat. II, Cost. past. Gaudium et spes sulla Chiesa nel mondo contemporaneo, 26.

[15] Cfr Conferenza Nazionale dei Vescovi del Brasile, A Igreja e a questão ecológica, 1992, 53-54.

[16] Ibid., 61.

[17] Théologien allemand (1885-1968) auteur de « dieu le Vivant » ( Artège 2010), ami de Benoit XVI qui lui a consacré un discours, le 29.10.2010, devant un congrès organisé par la fondation « Romano Guardini, en disant que selon Guardini,  « la spécificité chrétienne réside dans le fait que l’homme sait qu'il est en relation avec Dieu qui le précède et auquel il ne peut pas se soustraire. »

[18] auteur du « compendium de la doctrine sociale de l’Eglise »

[19] Mgr Giampaolo Crepaldi « Ecologia Ambientale ed ecologia umana – Cultura dell’ambiente e responsabilità dell’uomo »  (Ed Cantagalli – 2007)

[20] Le mot « monade », relève de la métaphysique, signifie, étymologiquement, « unité ». C'est l'Unité parfaite , l'unité suprême, ou, à l'autre bout, l'unité minimale, l'élément spirituel minimal.

[21] Pape François, discours devant le parlement européen à Strasbourg, 25.11.2014

[22] Certains auteurs ont montré les valeurs qui vivent souvent, par exemple, dans les villas, chabolas ou favelas d'Amérique latine: voir Juan Carlos Scannone, SJ, "Le irrupción pobre y de la logique de la Gratitud" en Juan Carlos y Scannone Marcelo Périne (EDD.), Irrupción del pobre y quehacer philosophique. Hacia una nueva racionalidad, Buenos Aires 1993, 225-230.

[23] Esort. ap. Evangelii gaudium (24 novembre 2013), 210: AAS 105 (2013), 1107

[24] Nous avons également utilisé l'analyse de Jean Soubrier, fondateur de l’Institut Politique Léon Harmel extraite de "La vie morale, une bonne nouvelle", (Éditions de l’Homme Nouveau), essai nourri de l’enseignement des Pères de l’Église. Il propose une vision de l’homme où la relation à l’autre doit être en communion, à l’image même de l’amour trinitaire.

[25] Caritas in veritate avait rappelé 14 fois l’importance de ce mot.

[26] Benoit XVI, Lettre encyclique. Caritas in veritate (29 juin 2009), § 700.

[27] Mgr Léonard - Les raisons de Croire, Sarment-Editions, 2010, p.241

[28] Pour cette raison, Saint-Justin pouvait parler des « semences du Verbe » dans le monde: cf. II Apologie 8, 1-2; 13, 3-6: PG de 6,457 à 458; 467.

[29] Benoît XVI, Omelia nella Messa del Corpus Domini (15 juin 2006)