François Fillon, candidat aux primaires déclarait en avril 2016 : « je ne suis pas le candidat du consensus ». En juillet dernier, l’envoyé spécial de l’ONU pour la Syrie parlait « des étapes nécessaires pour faire de ce consensus une réalité concrète ». Le Giec, organisateur de la COP21 sur le climat déclare qu’il « travaille par consensus » ! Que signifie ce mot utilisé partout, en diplomatie, en politique, ou en sciences ?

Analyse publiée dans « Actuailes n°xx »

De quoi s'agit-il ?

Que dit Larousse ?

Le mot latin signifie accord. On imagine qu’il résume donc une Vérité. En réalité, Larousse explique qu’un consensus ne désigne pas l’objet de l’accord, mais la procédure pour y parvenir: "un consentement …qui évite de faire apparaître les objections et les abstentions". On est alors loin du concept de Vérité qui n’a pas pesé toutes les objections émises par les spécialistes.

Le mot est tellement confus qu’on parle de "faire consensus", de "culture du consensus", des "lieux de consensus", des "logiques de consensus".

Pourquoi la recherche des consensus ?

Jürgen Habermas, philosophe, faisait l’éloge du consensus systématique. D’autres y voient la finalité d’éliminer les conflits. Hélas, la réalité montre que ce rêve de paix n’est souvent qu’une soumission acceptée sur fond de guerres de pouvoirs. "A force d'habitude, l'exigence de consensus change le remède en poison", dit le philosophe Christophe Pacific. Le concept de consensus prétend éviter la guerre alors qu’il n’est que l’élimination des dissensus, avec le risque d’affadir la Vérité. Mais, l’indifférence qui en découle est souvent source de violences.

Comment se fabrique un consensus ? 

Les spécialistes de construction des consensus respectent plusieurs étapes :

a) Le vocabulaire utilisé pendant débats. Il doit être vague pour rassembler. Le développement durable en est un exemple. Qui est contre le développement? Qui serait pour qu’il ne dure pas ?

b) Choisir des interlocuteurs appropriés, en éliminant les personnalités susceptibles de troubler le processus de consensus.

c) Sélectionner des médiateurs, des animateurs et des experts acquis à l’objectif.

d) Éliminer les "voix dissidentes", en leur reprochant leur mauvaise volonté puisque l’objectif est d’obtenir le consensus.

e) Rédiger un projet de synthèse qui sera soumis aux participants en public sans vote. Ainsi, à l’ONU, Hans Corell, responsable des affaires juridiques de l'ONU, a reconnu en 2002 que les expressions consensus et sans vote sont "synonymes et interchangeables"!

Où sont appliquées ces méthodes ?

On parle de "lieux de consensus", de conférences dites "de consensus", de "Conférences citoyennes", d’assemblées délibératives, de "jurys citoyens", de "sondages délibératifs". La "démocratie participative" fait appel à une prétendue "société civile" qui représentent souvent des organisations fabriquant ces consensus.

Les valeurs de consensus.

Les valeurs de référence des partisans du consensus, sont la "tolérance", et la "non discrimination". Les récalcitrants sont accusés d’être intolérants et leur recherche du vrai et du faux, de relever de la discrimination. Le relativisme est au rendez-vous de ces référentiels qui oublient que le "discernement" est par définition une discrimination entre diverses propositions de la pensée.

Même Jean-Paul II mettait en garde contre ce risque : "on observe une défiance fréquente envers des assertions globales et absolues, surtout de la part de ceux qui considèrent que la vérité est le résultat du consensus et non de l'adéquation de l'intelligence à la réalité objective" (Foi et Raison § 56).

Le consensus, nouvelle forme de révolution culturelle

Une fois les esprits noyés par ces faux consensus, tout est en place pour ensuite laisser des "agents de consensus" s'infiltrer dans toute la culture et dans les programmes scolaires. Les enfants deviennent ainsi les "agents de changements" de leurs parents.

La science, victime des consensus

La quête de la vérité n’étant plus prioritaire, les débats scientifiques sont les grands perdants de cette obsession du consensus. En effet, la vérité scientifique n’est pas le fruit d’une majorité consensuelle de scientifiques: le consensus ne fait pas partie de la méthode scientifique. Évoquons deux exemples de consensus scientifiques au service d’idéologies. En médecine, pendant 30 ans, le monde entier a fait croire à la recherche embryonnaire comme solution thérapeutique. Le succès des cellules souches adultes a ébranlé cette idéologie. Elle perdure encore sous la pression des partisans du trans-humanisme. En écologie, on a élaboré un consensus autour de prétendues "limites planétaires" (climat, particules fines, trou d’ozone, etc...), dont les fondements sont plus malthusiens que scientifiques. En science, on ne devrait jamais en appeler à des consensus, ni à des votes; seules les preuves importent. Descartes opposait l’autorité de l’argument à l’argument d’autorité. Or, le consensus n'est qu'une soumission à l'argument d'autorité, le plus faible des arguments logiques.

Conclusion.

Il importe de se méfier de ces appels aux consensus. Marguerite Peeters, leur reproche de déresponsabiliser la majorité des citoyens devenus « des automates téléguidés » par ceux qui prétendent détenir la connaissance.

Face à la légitimité faible des sociétés consensuelles, il existe quelques recettes pour faire contre poids :

- Affirmer l’existence de la Vérité

- Ne pas se renfermer dans une neutralité : les non spécialistes peuvent prendre parti.

- Appeler les jeunes à prendre du recul : tout ce qui est consensuel est suspect. Ceux qui ont le souci du bien commun, doive faire carrière dans la recherche scientifique pour éviter que la science ne soit monopolisée par des militants plus soucieux d’idéologie que de vérité.

- Imposer la pluralité des expertises comme valeur de dialogue.

Pour aller plus loin...

1) Qu'appelle-t-on une "révolution culturelle"?

Le mot révolution vient du latin revolutio (« retour » ). En politique, le mot signifie un retournement violent de pouvoir politique. La révolution française a été tournée contre le pouvoir en place.

La grande révolution culturelle prolétarienne a marqué la Chine populaire de 1966 à 1976. Elle avait pour objectif, non de renverser son président Mao Tse Toung, mais a au contraire été lancée à son initiative pour consolider son pouvoir. Il s'appuya sur la jeunesse du pays. Il souhaitait éliminer les opposants internes à son parti communiste chinois (PCC) et limiter les pouvoirs de la bureaucratie. Les « gardes rouges », groupes de jeunes Chinois inspirés par les principes du Petit Livre rouge, deviennent le bras actif de cette révolution culturelle. Ils remettent en cause toute hiérarchie.
Les intellectuels, de même que les cadres du Parti, ont été publiquement humiliés, et les élites critiquées, les valeurs culturelles chinoises traditionnelles et certaines valeurs occidentales ont été dénoncées au nom de la lutte contre les « quatre vieilleries ». Le volet « culturel » de cette révolution consistait en particulier à abattre les valeurs traditionnelles. 

Par extension, on parle, en occident, de révolution culturelle, quand des idéologues veulent abattre les valeurs traditionnelles de la société en imposant des idées nouvelles dans toute la culture (littérature, télévision, journaux, écoles, etc...)

2) Qu'appelle-t-on la "méthode scientifique"? 

La méthode scientifique utilise un certain type de mesure pour analyser les résultats et répercutent ceux-ci sous forme de théories décrivant les réalités physiques. Il y a deux façons principales d'obtenir des données: la mesure et l'observation. Elles sont généralement qualifiées de mesures quantitatives et qualitatives. La science utilise généralement les expériences pour tester les hypothèses résultant d'observations et de mesures.

Il faut en général plus d'une expérience pour changer la façon de penser d'un scientifique, mais au moindre doute, tout résultat doit être ré-expérimenté et répété jusqu'à ce qu'un ensemble solide de preuves soit établi. Ce processus garantit que les chercheurs ne fassent pas d'erreurs ou ne manipulent pas les preuves intentionnellement.

3) Qu'est ce que des "cellules souches adultes"?

En biologie, des cellules souches sont des cellules indifférenciées, c'est à dire qu'elles peuvent se développer, au fur et à mesure de leur reproduction, en donnant des cellules spécialisées. Par exemple, dans l'embryon, les cellules souches d'un oeuf embryonnaire peuvent indifféremment devenir des cellules d'os, de muscles ou de sang. Ce sont des "cellules souches embryonnaires". Mais, chez l'adulte, on peut retrouver des cellules qui n'ont pas évoluées depuis le tout début de leur différentiation. On les appelle des "cellules souches adultes".

Actuailes consacrera prochainement un article spécifique sur cette question. 

4) qu'appelle-t-on le "transhumanisme"?

Le transhumanisme est une philosophie rationaliste et un mouvement culturel qui a pour objectif de transformer la nature humaine. cette philosophie part de l'idée que notre création serait "ratée" puisque l’homme souffre, tombe malade, et meurt. Dès lors, les transhumanistes s'appuient sur la technologie pour changer non seulement la nature, mais la nature de l’homme elle-même.

Le journal Actuailes a consacré un article à ce sujet dans le n° 38 du 17 juin 2015 intitulé "la philosophie tranhumaniste"

5) De quoi parlent-on au sujet des "limites planétaires"? 

L’ONU a adopté en septembre 2015, les "Objectifs de développement durable" (ODD) pour les années 2015-2030. Le but recherché est de "contribuer à orienter la perception du public en ce qui concerne les enjeux complexes du développement durable, inspirer l’action publique et privée, et favoriser la responsabilisation".

L'objectif ODD n°2 prévoit que "tous les pays ont droit au développement qui respecte les limites planétaires, ... et qui contribue à stabiliser la population mondiale d’ici le mi-siècle". L’ONU précise que ces « limites planétaires décrivent le "terrain de jeu" dans lequel l’humanité reste en sécurité par rapport à l’équilibre du système Terre exprimé à travers neuf dimensions critiques ... ».

Le journal Actuailes a consacré cinq articles à cinq supposées limites planétaires
- n° 40 du 28 septembre 2015 sur les "particules fines"
- n° 42 du 6 novembre 2015 sur les engrais
- n° 43 du 21 novembre 2015 sur le climat et la COP21
- n° 46 du 25 janvier 2016 sur le trou d'ozone
- n° 51 du 24 avril 2016 sur l'acidification des océans

Toutes ces limites ont fait l'objet de consensus scientifiques, mais ces articles montrent que les fondements scientifiques ne sont pas tous fondés de manière contradictoire


Dissident

Du latin dissidere ("être en opposition") composé de dis- et sedere ("être assis") qui signifie, en quelque sorte, "pratiquer la politique de la chaise vide", par exemple dans une conférence de consensus.

Malthusien

Adjectif qualifiant une idée proche de celle de Thomas Malthus. Cet économiste anglais a développé une philosophie malthusianiste qui inclut une politique active de contrôle de la natalité pour maîtriser la croissance de la population.