Tel est le titre d’un chapitre du livre de Jacques Labeyrie L’homme et le climat[1]. L’auteur explique qu’il faut détruire un mythe : contrairement à une opinion très répandue, les forêts n’introduisent pas d’oxygène dans l’atmosphère. Quant à Anton Suwalki, il explique que la formule « forêt tropicale, poumon de la terre! » est un mythe à abattre. Une fois encore, voilà des vérités qui rendent libre, non pas pour détruire la forêt à mauvais escient, mais qui libèrent nos esprits de peurs malsaines.

Commentaire "les2ailes.com"

1- A l’époque du carbonifère, la Terre était couverte d’immenses forêts.

Nous reprenons ici les notes de lecture de François Garczynski publiées sur son site 

1.1- Est-ce à cause de ces forêts que la teneur de l’atmosphère en oxygène atteignit à la fin du carbonifère une valeur sans doute inégalée depuis ?

Avant de répondre à cette question, il nous faut cependant détruire un mythe : contrairement à une opinion très répandue, les forêts n’introduisent pas d’oxygène dans l’atmosphère ! Plus exactement, elles le réutilisent à mesure qu’elles le produisent. Pour le comprendre, examinons par exemple ce qui se passe dans un secteur de la forêt tropicale, ou de la forêt brésilienne, et dont l’exploitation n’a pas encore commencé. Ce secteur est à l’état “ stationnaire ”, c’est-à-dire que depuis des siècles les arbres poussent puis meurent sur place, et le poids des arbres vivants ne varie sensiblement pas. Lorsqu’un des arbres de cette forêt est en train de croître, son poids augmente, c’est-à-dire qu’il fabrique de la matière organique aux dépens du gaz carbonique de l’atmosphère et de l’eau du sol. Ce faisant, il rejette de l’oxygène, à raison d’environ une tonne d’oxygène pour chaque tonne de matière organique fabriquée. Mais lorsqu’il meurt, il va être décomposé par les bactéries qui vont œuvrer en sens inverse : ces bactéries vont fabriquer du gaz carbonique et de la vapeur d’eau à partir de la matière organique de l’arbre, en consommant de l’oxygène. Et cette consommation d’oxygène sera pratiquement de une tonne par tonne de matière organique détruite. Le bilan est donc nul du point de vue de la production d’oxygène. 

1.2- Les forêts ont-elles un rôle dans la constitution du “ stock ” d’oxygène atmosphérique ?

Oui, mais uniquement dans le cas où des arbres disparaissent d’une manière très particulière.

Il n’y aura en effet  production nette d’oxygène que si la matière organique, après sa mort, se trouve soustraite à la décomposition bactérienne. Ceci se produit naturellement, par exemple, lorsque les arbres sont abattus par la crue d’une rivière et recouverts par des sédiments argileux suffisamment étanches pour que l’air ne puisse pas passer à travers. Alors il n’y aura pas d’oxygène fourni par l’air aux bactéries et celles-ci ne pourront oxyder la cellulose.

C’est exactement ce qui s’est passé lorsque les dépôts de charbon ou de pétrole se sont constitués (pour le pétrole, cependant, ce ne sont pas des arbres mais du plancton[2] qui s’est enfoui dans les sédiments argileux au fond des mers). A l’époque carbonifère, qui commença il y a près de 400 millions d’ans, d’énormes quantités de végétaux poussèrent un peu partout sur notre planète. Dans les marécages d’alors une proportion non négligeable se trouva enfouie et transformée peu à peu en lignite, puis, après quelques millions d’années, en charbon. (Cette transformation de la lignite en charbon se fait sous l’influence de la pression exercée par les couches de sédiments accumulée progressivement sur ces dépôts.)

Un milliard d’années après la formation de la Terre, il n’y avait pas encore d’oxygène dans l’atmosphère, comme en atteste la coloration grise des sédiments de cette époque. Mais ensuite, tout l’oxygène qui s’est accumulée dans notre atmosphère a été formé par le mécanisme que nous venons de décrire. Et cet oxygène trouve sa contrepartie dans les gisements de charbon et de pétrole qui sont encore enfouis un  peu partout dans les sédiments de la planète.

On peut aisément calculer la quantité de carbone fixé dans les charbons et pétroles souterrains, sachant que pour 32 grammes d’oxygène présents dans l’atmosphère il y a eu 44 grammes de gaz carbonique détruit, et 12 grammes de carbone enfoui. Aujourd’hui il y a dans notre atmosphère 21% d’oxygène, soit à peu près 210 grammes d’oxygène par centimètre carré. Il y a donc au total , environ 79 grammes de carbone enfoui, par centimètre carré, sous forme de charbons, lignite ou pétrole. Il suffit donc alors de multiplier par la surface de la Terre, exprimée en centimètres carrés[3], pour trouver le poids total de carbone aujourd’hui enfoui dans les sédiments. On arrive ainsi au total impressionnant de 400 mille milliards de tonnes.

Il faudrait d’ailleurs accroître encore de beaucoup ce tonnage de carbone qui reste enfoui, pour s’approcher de la réalité : une bonne partie de l’oxygène libéré dans le passé ne se trouve plus dans l’atmosphère. Cet oxygène a en effet servi à oxyder le fer des roches. Bien que l’évaluation de la masse de l’oxygène fixé dans les roches soit difficile à réaliser, on considère généralement qu’elle est deux à trois fois supérieure à la quantité présente dans l’atmosphère d’aujourd’hui. On arriverait ainsi à un total de carbone souterrain de l’ordre du million e milliards de tonnes…répandu en couche uniforme sur le globe, cela constituerait une couche uniforme de un mètre d’épaisseur de carbone pur !

Seule une petite partie de ce carbone se trouve suffisamment concentrée pour que son exploitation soit possible. Le reste se trouve diffus dans les sédiments. Il ne faut du reste pas le regretter : si nous pouvions le récupérer et le brûler, avant d’en être arrivé au tiers ou à la moitié, il n’y aurait déjà plus d’oxygène dans notre atmosphère.

2- « La forêt tropicale, poumon de la terre » : un mythe ?

Nous reprenons ici la réponse de Anton Suwalki, ancien chargé d'études à l’INSEE. Il explique, sur son blog, que cette formule martelée par des organisations vertes telles que la WWF ou Greenpeace[4] est aussi médiatique que fausse. Elle n’a strictement aucun fondement scientifique.

« L'Amazonie est vitale pour la survie de la planète. C'est le poumon vert : elle fournit une partie de l'oxygène que nous respirons. »[5]
Il n’en est rien. Certes, la forêt, en général (et pas seulement la forêt tropicale)  est un puits de carbone important, mais beaucoup moins important que le phytoplancton des  océans[6]. Mais il est faux de prétendre qu’elle nous fournit « une partie de l’oxygène que nous respirons ».

D’où vient cette méprise (si ça n’est pas un slogan de plus destiné à apeurer et tromper le public) ?

Les végétaux chlorophylliens fabriquent la matière organique nécessaire à leur croissance à partir de matière minérale (CO2, H2O, NO3-..) qu’ils transforment à l’aide de la photosynthèse, c.-à-d. convertissant l’énergie lumineuse en énergie biochimique..

La photosynthèse évoque une respiration des végétaux inversée par rapport à la notre, puisque ceux-ci absorbent du dioxyde de carbone (CO2)  et rejettent du dioxygène (O2), l’élément  précisément indispensable à nos cellules que nous absorbons lorsque nous-mêmes respirons.

On voit bien le raccourci séduisant qui a abouti à cette formule propagandiste « la forêt poumon de la terre » : nous rejetons du gaz carbonique (CO2) en respirant qui est recyclé par les plantes qui l’absorbent et le recyclent en dioxygène.

Pour autant, à moins que la couverture forestière ne s’étende (en superficie) , nous ne devons strictement rien à la forêt de l’oxygène que nous respirons :

En effet, si les végétaux absorbent du CO2 et restituent de l’oxygène en se développant , il dégagent ce même CO2 en mourant et en se décomposant, consommant la même quantité d’oxygène qu’ils ont émis lors de leur phase de développement[7].

Dans une forêt stable, où les arbres qui poussent remplacent les arbres qui meurent, le bilan CO2/O2 est tout simplement nul. Pas plus que le Bois de Vincennes, la forêt amazonienne ne nous apporte d’oxygène!

Nous n’avons rien à craindre d’un manque d’oxygène qui représente 21 % de l’air, contre 0,035 % pour le  CO2, quand bien même une part importante de la forêt, qu’elle soit tropicale ou tempérée, venait à disparaître.

Certes, il est important que les forêts tropicales, notamment en tant que réservoirs de biodiversité, fassent l’objet d’une exploitation raisonnée et non pas anarchique. N’en déplaise aux tenants occidentaux de l’écologie politique, les populations des pays sous-développés ou peu développés ont le même droit d’exploiter leurs ressources naturelles , forestières, minières, ou autres, que celles du Nord qui ne s’en sont pas privées. Elles ont certainement intérêt à tirer partie de l’expérience des pays déjà développés pour éviter de reproduire inutilement des erreurs et des abus clairement identifiés. Elles ont certainement intérêt à s’opposer aussi aux marchands à la recherche d’une fortune éclair qui tronçonnent à tout-va sans se préoccuper de la pérennité des ressources.

Les discours moralisateurs et/ou pseudo-scientifiques comme l’injonction à préserver le soi-disant « poumon de la terre », ne leur sont d’aucun intérêt, bien au contraire.

 

[1] Éditions Denoël 1985 (chapitre p. 33-35)

[2] Beaucoup de variétés de plancton sécrètent des matières huileuses : ce sont celles-ci qui donnent du pétrole. Les végétaux terrestres fabriquent surtout de la cellulose et de la lignine : c’est cela qui formera le charbon.

[3] 5.1..10 18 centimètres carrés (5,1 milliards de milliards).

[4] par exemple:
http://www.greenpeace.org/raw/content/belgium/fr/press/reports/forests-for-climate-factsheet.pdf

http://www.greenpeace.org/belgium/fr/press/reports/forests-for-climate-factsheet

[5] http://www.wwf.be/fr/juniors/doc/dossiers/dossier_amazonie.htm

[6]  http://www.insu.cnrs.fr/a2194,puits-co2-ocean-austral-sature-par-changement-climatique.html

[7]  http://acces.inrp.fr/acces/terre/CCCIC/ressources/bio_synth12

Commentaires  

# daniel 12-10-2018 10:29
Merci pour cette étude mais malheureusement l'arbre poumon reste bien ancré dans la mythologie ecolopolitique. C'est fort regrettable car cela influence tout le monde dans le mauvais sens. Ce qui conduit a de fausses pensées.
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