La Commission européenne a autorisé le renouvellement de la licence du glyphosate pour cinq ans. Personne n’a commenté, à cette occasion, la publication d’un article dans le Journal of the National Cancer Institute (JNCI du 9 nov. 2017) de l’Académie d’Oxford.
Peu importe la conclusion de l’article et la décision de l’UE, car ce qui est intéressant, c’est le protocole utilisé par l’étude. Les études épidémiologiques sont une nécessité absolue pour fonder une allégation santé quelle qu’elle soit. Il n’en n’existait pas sur le glyphosate. Le protocole retenu prévoyait l’observation de 54.000 agriculteurs et a duré plus de 20 ans. Elle a observé un grand nombre d'habitude de vie des personnes retenues, alimentation, addictions, poids, exposition à cinq autres pesticides… L’étude était longitudinale, c'est-à-dire qu’elle a suivi des agriculteurs pendant cinq ans. L’étude était ciblée cancer par cancer, au motif que des données générales auraient pu masquer l’existence d’un cancer meurtrier dû au glyphosate.
Le sérieux de ce protocole a été reconnu : « C’est un excellent travail scientifique, robuste et sérieux », a affirmé au Figaro le Dr Luc Multigner, épidémiologiste et directeur de recherche à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm).
Alors que la Commission européenne vient de prolonger l’autorisation d’utiliser le Glyphosate, les médias n’ont pas fait état de cette étude et se sont seulement référés à la "monographie 112" du Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC), agence de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS-ONU) qui avait classé le glyphosate comme « génotoxique et probablement cancérigène ».
Il n’est pas inutile de comparer ces deux publications. Celle du CIRC était le fruit d’un groupe de travail réuni à son siège, à Lyon, les 3-10 mars 2015. Avec le recul, il s’avère que ce rapport du CIRC, avait fait appel à un seul spécialiste, Christopher J. Portier. La partialité de cet expert a été largement contestée car, pendant l’établissement de la monographie, il était employé par l’ONG anti-pesticides américaine, Environmental Defense Fund (EDF). Le plus grave est que le protocole retenu par le CIRC n’était qu’une compilation d’études et en rien une étude épidémiologique.
Le scandale n'a fait qu’enfler quand on a su que l’étude épidémiologique que vient de publier le Journal of the National Cancer Institute était déjà connu de la communauté scientifique. C’est donc délibérément que Christopher J. Portier et le CIRC ont occulté certaines données, pour ne retenir que celles qui étaient « à charge ».
Le 1.12.2015, lors d'une audition au Parlement européen, Bernhard Url, directeur exécutif de l'Agence Européenne de sécurité alimentaire (EFSA), a fait une déclaration tonitruante, devant Kathryn Guyton, directrice du CIRC et responsable de sa monographie du glyphosate : « nous entrons dans l’âge Facebook de la science. Vous avez une évaluation scientifique, vous la mettez sur Facebook et vous comptez combien de personnes 'aiment' ». Il faisait peut-être également allusion à la pétition demandant la disparition progressive du glyphosate dans l'UE, classée "initiative citoyenne européenne", et qui a récolté plus d'un million de signatures. Or une pétition n'a jamais été une preuve de toxicité, mais la mesure d'une intoxication des esprits par les ONG.
Comment le CIRC avait-il conclu à la dangerosité du glyphosate ?

Commentaire "les2ailes.com"

Qui est le Professeur Portier ?

Le rapide historique ci-dessous montre que Christopher Portier se trouve au milieu d’un énorme scandale de conflit d'intérêt qui a été révélé par le site Risk Monger.

* Du 14 octobre 2013 au 14 avril 2014, le Professeur Christopher J. Portier, alors qu’il était encore Senior contributing scientist à l’ONG écologiste Environmental Defense Fund (EDF), avait rejoint la section des monographies du CIRC pour travailler avec le Dr Kurt Straif sur l’identification des mécanismes de la cancérogenèse.

* Du 7 au 9 avril 2014 un comité consultatif du CIRC s’est réuni à Lyon pour recommander les priorités de publications des monographies du CIRC sur la durée 2015-2019. Christopher Portier, et à peine sa mission terminée, a été élu président de ce comité. C'est dire qu'il bénéficiait de complicités internes. Christopher Portier est mentionné comme étant un retraité du NCEH (National Center for Environmental Health) et du CDC (Center for Disease Control and Prevention), sans qu’il soit précisé qu’il était, en même temps employé par l’EDF. Il avait contribué à des études sur la qualité de l'air, le plomb dans l'eau potable, les agents chimiques associés au gaz naturel… et le réchauffement climatique!
C. Portier est aussi membre de la Health and Environment Alliance (HEAL), une organisation européenne qui lutte notamment contre les pesticides, et qui soutient – cela n'étonnera personne – l’initiative citoyenne européenne « Stop Glyphosate »

* Toujours, dans le même temps, C. Portier a travaillé pour la firme juridique Weitz & Luxenberg chargée d’attaquer Monsanto Portier a reconnu avoir passé un contrat avec une firme juridique, qui attaquait Monsanto, alors qu’il préparait le rapport du CIRC sur le glyphosate. Il a reconnu avoir reçu 160 000 dollars pour son travail avec la firme juridique, qui attaquait Monsanto, tout en prétendant être “indépendant” sur son rapport sur le glyphosate. Il était donc en plein conflit d’intérêt manifeste.

* A peine la monographie publiée, Christopher Portier a commencé une « campagne de l'Environmental Defense Fund pour faire interdire le glyphosate à l'échelle mondiale. Depuis lors, Portier a été en tournée dans le monde entier, parlant et écrivant comme le scientifique du CIRC sur le glyphosate, profitant de la moindre conférence et réunion pour diaboliser Monsanto et le glyphosate. Il a démarché les institutions législatives et gouvernementales, du Bundestag allemand à la Commission européenne. Il a parlé à des ONG comme la Soil Association au Royaume-Uni … Il a irrité la plupart des scientifiques crédibles au point que des organismes internationaux d'envergure mondiale ne se parlent plus »[1]

Comment cela a-t-il été possible ?
Le professeur Portier avait à l’évidence des amis parmi les fameux « Good Old Boys » de l'ONU et du CIRC et ailleurs.

Le protocole retenu par la « Monographie 112 » du CIRC

Non seulement, le protocole retenu par le CIRC n’était qu’une compilation d’études et en rien une étude épidémiologique, mais Reuters a fait état, le 14 juin 2017 de graves lacunes de procédure. Pour établir le caractère « cancérogène probable » du glyphosate, le CIRC aurait dissimulé des données de nature à changer la conclusion du rapport. Parmi ces éléments occultés, figure précisément cette étude épidémiologique menée par l’Agricultural Health Study et publié par le NCI dont le contenu était déjà connu deux ans avant la publication de la « monographie 112 ».
Le professeur Aaron Blair, épidémiologiste à l’Institut National du Cancer américain (NCI). Dans une audition sous serment réalisée en mars 2017, le professeur Blair a admis que la révélation de ces recherches était de nature à changer la conclusion émise par le CIRC. « Interrogé par les avocats de Monsanto en mars 2017, pour savoir si les données non publiées prouvaient qu’il n’y avait " aucune preuve d’une quelconque association " entre l’exposition au glyphosate et le lymphome non hodgkinien, Blair a répondu : " C’est exact " ».

Rattrapé par le scandale, l’Institut National du Cancer a expliqué qu’il existait trop de données pour toutes les inclure dans le rapport, arguant même de "contraintes d'espaces"... Une justification surprenante quand on sait que les résultats non annexés au rapport représentaient un quart des données totales traitées ! Aussi, de nombreuses voix se sont levées pour questionner l’impartialité du CIRC, qui prétend exercer une totale transparence quant aux données qu’il utilise.

La prétendue accusation selon laquelle l'EFSA aurait produit un rapport "copié collé" de celui de Monsanto

Les médias et ONG écologistes se sont gaussés à l'idée que l'Agence européenne de sécurité alimentaire (EFSA), ait pu reprendre en 2015 un "copié collé" d'une centaine de pages de la demande de ré-autorisation déposée par le groupe américain Monsanto. Telle est la rumeur qu'ont fait courir le 15 septembre 2017 les journaux La Stampa et The Guardian.
« Ce sont 100 pages sur environ 4.300 dans le rapport final », indiquait le quotidien italien.
4.500 pages! Quoi de plus normal que, dans un dossier pareil et au nom de la transparence, l'EFSA ait inclue une centaine de pages pour reprendre les éléments fournis par le fabriquant du glyphosate. L'EFSA connait tout cela et sait qu'un dossier dans lequel les éléments de Monsanto ne seraient pas cités serait passible d'un recours jusqu'en cour européenne de justice. Il n'y a que les idéologues qui peuvent s'insurger contre le fait que tous les attendus soient repris. Dans les dossiers de justice, il y a toujours des "dires contradictoires" qui sont remis aux juges. Probablement, les ONG et les médias inquisiteurs regrettent-ils que le procès ne soit pas qu'à "charge" contre le glyphosate. 

Que conclure ?

* Sur la forme, il faut constater que, malheureusement, le CIRC fonctionne comme un argument d’autorité, celui que lui donne son affiliation à l’ONU, plutôt qu’une autorité scientifique.
Une grande partie de la communauté scientifique appelle à réformer le CIRC pour qu’il remplisse correctement son rôle. En premier lieu, le recrutement des experts doit suivre un processus strict avec une exigence de transparence draconienne, comme c’est le cas dans toutes les disciplines scientifiques. Le CIRC confond danger et risque. Le CIRC mesure le danger alors qu’il faut mesurer le risque. Par exemple, les rayons UV du soleil peuvent provoquer le cancer. C’est un danger. Mais c’est l’exposition prolongée à ces rayons UV qui augmentent les probabilités du cancer. C’est un risque. Pour mesurer le risque du Glyphosate le CIRC devrait indiquer la dose ou les conditions d’utilisation de cette substance [2].

* Quant au glyphosate lui-même, nous retenons la conclusion du le Dr Luc Multigner, épidémiologiste et directeur de recherche à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) : « avec une étude d’une telle ampleur on ne trouve pas de risque de cancer associé au glyphosate, cela veut dire que dans le pire des cas, le risque est très faible, assure le chercheur français. Il y a eu beaucoup d’émotions et de conclusions un peu hâtives sur les risques cancérigènes du glyphosate chez l’homme. Dans le débat actuel très chaud, cette étude apporte un nouvel élément scientifique solide » [3].


[1]  http://seppi.over-blog.com/2016/03/circ-retirez-votre-monographie-du-glyphosate.html

[2] Nous reprenons ici une interview du directeur de l'EFSA indiquant les différences de méthodologie de l'EFSA et du CIRC, accordée à Isabelle Ory dans le Figaro du 29 nov. 2017:   

Glyphosate : « On mélange science et politique »
Bernhard Url, directeur de l’EFSA, défend le sérieux des évaluations qui concluent que l’herbicide n’est pas cancérigène.
DEPUIS 2014, l’Autrichien Bernhard Url dirige l’Agence européenne de sécurité alimentaire (EFSA), basée à Parme, en Italie. Ces derniers mois, l’EFSA s’est retrouvée sous les projecteurs pour son évaluation du glyphosate, qu’elle a estimé non cancérigène en mars 2015. Alors que l’Union européenne vient de renouveler l’autorisation de l’herbicide pour cinq ans, au grand dam de la France, ce vétérinaire de formation défend la qualité du travail scientifique de son organisation.
Q- LE FIGARO. - Comment avez-vous réagi en apprenant que les Européens renouvelaient l’autorisation du glyphosate pour cinq années ? 
Bernhard URL. - Je n’ai pas à réagir. Il s’agit d’une décision politique prise par les États membres. Nous avions confiance dans notre évaluation scientifique délivrée en commun avec les vingt-huit agences nationales et validée par l’Agence des produits chimiques (ECHA) et d’autres agences d’évaluation des risques à travers le monde.
Q- Êtes-vous certain à 100 % de la qualité de votre évaluation ?
R- Elle a été menée de façon rigoureuse, sans aucune interférence de l’industrie.
Q- 
Pourquoi n’arrivez-vous pas aux mêmes conclusions que le Centre international de recherche sur le cancer (OMS), qui a classé le glyphosate cancérigène probable pour l’homme ?
R- Le Circ se base uniquement sur les données publiées alors que la législation européenne permet à l’EFSA d’avoir accès aux études réalisées par l’industrie. Nos cadres juridiques et méthodologiques sont différents. Nous avons accès à nettement plus de données.
Q- Peut-on faire confiance à ces études financées par l’industrie ? 
R- L’important, c’est la qualité de l’étude, pas qui l’a commandée. La loi européenne de 2009 contraint l’industrie à financer des études conformes aux standards de l’OCDE. En soi, cela ne signifie pas qu’elles sont meilleures, mais que nous avons accès aux données brutes, celles de chaque animal testé ! L’EFSA peut donc recalculer les statistiques et tirer ses propres conclusions.
Q- Pourquoi garder ces études secrètes ? 
R- La législation cherche un juste équilibre entre deux objectifs contradictoires : la transparence et la protection de la propriété intellectuelle. Si la société pense qu’il faut plus de transparence, les législateurs doivent changer la loi. Nous en serions ravis. Une contre-expertise par d’autres scientifiques permettrait sûrement de faire progresser la science.
Q- Aujourd’hui, ce manque de transparence mine la confiance du public dans le système d’évaluation…
R- Depuis le glyphosate en 2015, l’EFSA a évalué quarante-sept autres substances actives. Nous avons proposé que certaines soient classées comme cancérigènes. Cela n’a intéressé absolument personne ! À mes yeux, cela témoigne de l’acceptation du système d’évaluation, envié d’ailleurs par le monde entier.
La seule exception, c’est le glyphosate ! Sur ce cas précis, certains éléments de la société civile créent de la défiance pour servir un agenda idéologique et politique. C’est une tendance : quand on n’aime pas les faits, on tente de discréditer l’organisation qui les présente, en créant du doute. Paradoxe, c’est l’industrie du tabac qui a inventé ces stratégies, justement pour éviter les régulations !
Q- Comment réagissez-vous aux révélations des Monsanto Papers, qui prouvent l’ingérence de la firme dans certaines publications ?
R- Nous sommes les premiers à militer pour une science fiable. Mais les deux études mises en cause mentionnaient un financement ou un lien avec l’industrie, nous savions donc déjà que Monsanto était impliqué. Au total, nous avons tenu compte de 700 études ; là, il s’agit de deux revues de la littérature scientifique existante, sans beaucoup de poids. Nous préférons nettement nous intéresser aux données brutes et aux études originales.
Q- Pourquoi retrouve-t-on une centaine de pages copier-coller d’un rapport de Monsanto dans votre évaluation ?
R- Copier-coller, cela ne veut rien dire dans ce contexte. C’est comme quand vous effectuez une demande de passeport : vous remplissez un formulaire, les autorités le vérifient et si les informations sont correctes, elles figurent dans votre document d’identité. Là, c’est la même chose : l’entreprise fournit une revue de la littérature existante, l’État rapporteur, en l’occurrence l’Allemagne, regarde et peut mettre ces informations dans son rapport si elles lui semblent exactes. D’ailleurs, des chiffres renvoient à des notes bibliographiques qui disent d’où viennent les informations. Les autres États membres ont félicité l’agence allemande BfR pour le sérieux de son travail. Chaque agence nationale a mené une contre-expertise, il y a eu une consultation publique. Les agences suisse ou canadienne arrivent aux mêmes conclusions. Vous pensez que tous ces gens ont été influencés par Monsanto ?
Q- Vos scientifiques sont également accusés de conflit d’intérêts…
R- Nous avons des procédures très strictes qui permettent d’écarter les experts qui ont plusieurs loyautés. La médiatrice de l’Union européenne a d’ailleurs conseillé aux autres agences européennes de s’inspirer de nos méthodes. Nous sommes allés aussi loin que possible pour pouvoir continuer à recruter les meilleurs. Il y a un peu d’hypocrisie : aujourd’hui, pour qu’un chercheur obtienne un financement public via le budget européen, il doit s’être associé au secteur privé. Que faire si ces gens viennent ensuite frapper à la porte de l’EFSA ? Aux politiques de nous dire quel degré d’indépendance doit conserver la science.
Q- La France réclame une réforme du système. Va-t-elle venir ? 
R- La Commission européenne a lancé un audit de l’évaluation des pesticides. Un premier avis sera rendu en 2018. Ensuite, il y aura des consultations. Peut-être qu’à la fin le système sera amélioré.
C’est une tâche difficile de changer les perceptions. Communiquer ne suffit plus, il faut aller plus loin, essayer d’inclure la société civile dans nos débats pour qu’elle se sente partie prenante du processus.
Nous avons un budget de 80 millions d’euros par an. Si la société civile veut que l’EFSA commande des études indépendantes quand il y a un doute, il nous faudra plus de ressources.
Q- Quel bilan tirez-vous de ces deux ans de débats et d’hésitations sur le glyphosate ? 
R- Le glyphosate est devenu un symbole qui cache une question beaucoup plus vaste sur le type d’agriculture que nous voulons, avec ou sans pesticides. Il faut l’avoir. Ensuite seulement nous pourrons prendre collectivement une décision informée. Mais, pour le moment, ce débat est remplacé par une polémique sur la dangerosité de l’herbicide. Là, on mélange science et politique.

[3] L’article de Cécile Thibert dans le Figaro du Figaro du 22 novembre 2017
Selon une étude dénuée de liens d’intérêts, l’exposition à l’herbicide n’augmente pas le risque de cancer.
A l’heure où le débat fait rage à la Commission européenne sur la question du renouvellement ou non de l’autorisation du glyphosate, une étude publiée le 9 novembre dans le Journal of the National Cancer Institute affirme que cet herbicide n’augmente pas le risque de cancer chez les agriculteurs qui l’utilisent. Or en 2015, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) a classé le glyphosate comme cancérogène probable pour l’homme.
Cette étude serait-elle une machination montée de toutes pièces par la firme américaine Monsanto, à qui ce pesticide rapporte entre 4 et 5 milliards d’euros par an ? Difficile de ne pas y songer, si peu de temps après la publication des « Monsanto Papers ». Ces documents, rendus publics au cours de l’été 2017 à la demande de la justice américaine, ont révélé comment la multinationale a truqué pendant des années les études scientifiques sur son produit fétiche. Le quotidien Le Monde a notamment dévoilé l’ampleur de cette fraude scientifique au début du mois d’octobre. En matière de recherches sur le glyphosate, la méfiance est donc de mise.
Comment savoir si cette nouvelle étude, qui tend à innocenter le glyphosate dans la survenue de cancers, n’est pas une nouvelle fumisterie ? Un coup d’œil du côté des promoteurs de ce travail publié le 9 novembre indique que celui-ci a été entièrement financé par des institutions publiques de recherche américaines. Premier bon point. Les 12 auteurs de l’étude sont tous des universitaires ou des chercheurs d’organismes américains publics qui n’ont aucun conflit d’intérêts à déclarer. Autre point positif. Par ailleurs, l’étude est publiée dans le Journal of the National Cancer Institute, une revue sérieuse et reconnue par les scientifiques internationaux. En 2017, ce journal arrive ainsi à la 146e position - parmi 12 000 journaux scientifiques — sur l’échelle de la notoriété. Quant à la directrice de l’étude, Laura Beane Freeman, épidémiologiste à ¬l’Institut américain du cancer, elle s’attache depuis 2004 à étudier le rôle des pesticides dans la survenue de cancers chez les agriculteurs. Elle n’en est donc pas à son coup d’essai.
Mais en quoi consiste vraiment l’étude ? Les chercheurs ont suivi pendant vingt ans plus de 54 000 agriculteurs travaillant en Caroline du Nord et dans l’Iowa. Parmi eux, 9 300 n’ont pas utilisé de glyphosate sur cette période. L’idée des chercheurs était simple : comparer le nombre de cancers survenus sur cette période dans le groupe ayant été exposé au glyphosate par rapport au groupe qui n’en a pas utilisé, appelé « groupe contrôle ». Mais avant cela, il leur fallait écarter tous les aléas de la vie susceptibles de provoquer un cancer, tels que le tabac, l’alcool, les facteurs génétiques, etc. Les scientifiques ont donc questionné l’ensemble des participants sur leurs habitudes de vie (alimentation, addictions, poids, exposition à cinq pesticides…) et sur la survenue de cancers chez des membres de leur famille. Une fois ces facteurs de risque pris en compte, les auteurs de l’étude ont classé les agriculteurs utilisant du glyphosate en quatre groupes de taille identique, de la fréquence d’exposition au produit la plus faible à la plus importante.
Au cours des vingt ans de suivi, 7 290 agriculteurs ont appris qu’ils avaient un cancer. Mais les chercheurs ont constaté que le nombre de cas de cancer était sensiblement le même au sein de tous les groupes, qu’ils aient été exposés fortement ou pas du tout au glyphosate ! Des résultats qui confirment ceux obtenus en 2005 par la même équipe, après cinq ans de suivi des agriculteurs.
« Un travail scientifique robuste et sérieux »
Face à ces résultats, les chercheurs se sont toutefois questionnés : et si c’était l’arbre qui cache la forêt ? Et si au lieu de recenser les agriculteurs malades, tous types de cancer confondus, il fallait regarder les chiffres cancer par cancer ? Pour s’assurer que ces données rassurantes ne masquaient pas l’existence d’un cancer meurtrier dû au glyphosate, les chercheurs ont donc entrepris de calculer le risque relatif associé à 22 types de cancer. Mais là encore, tout comme en 2005, ils n’ont rien trouvé. À l’exception d’un risque plus élevé de leucémie aiguë au sein du groupe utilisateur de glyphosate, mais qui, avertissent les chercheurs, « n’est pas statistiquement significatif ». C’est-à-dire qu’il pourrait être le fruit du hasard.
« C’est un excellent travail scientifique, robuste et sérieux, affirme au Figaro le Dr Luc Multigner, épidémiologiste et directeur de recherche à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm). Ces résultats étaient très attendus car il s’agit d’un suivi à long terme d’un nombre très important d’agriculteurs. » Si avec une étude d’une telle ampleur on ne trouve pas de risque de cancer associé au glyphosate, « cela veut dire que dans le pire des cas, le risque est très faible, assure le chercheur français. Il y a eu beaucoup d’émotions et de conclusions un peu hâtives sur les risques cancérigènes du glyphosate chez l’homme. Dans le débat actuel très chaud, cette étude apporte un nouvel élément scientifique solide. »