Gunter Pauli est le nouveau promoteur de l’ "économie bleue", une couleur qui n’est pas choisie au hasard, mais celle de la planète qui, vue de l’espace, est "globalement bleue". Après avoir été directeur du Institut Zero Emission Research and Initiatives (ZERI), il s’est lancé autour du monde pour faire des conférences.
Disons le tout net: il ressort de ses discours un enthousiasme et un amour de la vie qui est très remarquable. Reste à se demander si l'engouement qu'il suscite ne risque pas d'être trompeur ou irréaliste. Membre du très malthusien Club de Rome, Gunter Pauli bénéficie d’un réseau de relations lui permettant de s’infiltrer dans les cercles gouvernementaux depuis Nicolas Hulot[1] jusqu’à l’Indonésie. Il a été appelé par le Conseil pontifical pour la culture[2] pour présenter son modèle. Il séduit tous les publics et les jeunes générations écoutent ses slogans enthousiasmants : « il faut créer de la valeur avec ce que vous avez… Ce qui précède l’action, c’est l’inspiration... Il ne faut pas polluer moins, il faut arrêter de polluer » ! Ils sont sensibles à l’idée « d'une économie intégrée, systémique, non polluante et circulaire, tirant son modèle des écosystèmes de la nature, qui fonctionnent en cascade ».
Les médias sont fascinés par le personnage: LeMonde titre "Vive l'économie bleue" et Libération associe le personnage à "la sagesse de la nature". Les médias chrétiens ne sont pas de reste: après le journal LaVieAleteia se demande si Gunter Pauli "n'aurait pas trouvé la solution pour réconcilier l'économie et l'environnement".
Mais, aucune réconciliation ne sera possible entre économie et écologie si on oublie le premier des gaspillages, celui des ressources financières résultant d'un déficit de rentabilité des projets. Comme le dit le dominicain C. Boureux, « un discours sur l’écologie ne tient pas la route s’il n’est pas reçu par des personnes qui ont des intérêts concrets de rentabilité et d’exploitabilité ».
Or, il faut entrer dans le détail pour découvrir à quel point Gunter Pauli s’appuie sur des projets approximatifs. Tous racontent une histoire séduisante par les problèmes qu’ils prétendent résoudre. L’émotion des auditoires joue grâce à un talent oratoire évident que certains comparent à celui d'un bateleur de foire. Derrière un vernis écolo, il pourrait y avoir une belle idéologie mercantile. Un jour viendra probablement où, selon l'expression du Guardian, "l'arche de Noé construite pour les bénefs de Wall Street" finira par prendre l'eau.
En effet, il y a, dans le discours de Gunter Pauli, beaucoup de réalités non dévoilées.
Nous prendrons, comme exemples, ceux qu’il a cité dans une conférence organisée le 10.9.2017 par le Zermat Matterhorn[3].

Source: Youtube

Commentaire "les2ailes.com"

Gunter Pauli est-il un  "agrégateur de solutions", voire un "prophète". Qu’en est-il ? Reprenons un par un (en A) les projets qu'il a sélectionné pour sa conférence. Certains de ses partenaires finissent par rompre avec lui. Nous analyserons (en B) le cas de la Chambre de Commerce et d'Industrie de Quimper. Pour mieux comprendre, nous reprendrons (en C) les liaisons qu'entretien G. PAULI avec le Club de Rome et

A- Les projets soutenus par G. PAULI

1- Les carences alimentaires de vitamine A, source de cécité

1.1- Le propos de G. Pauli 

Gunter Pauli parle (8’30) du premier OGM au monde, développé par Syngenta, qui contient du betacarotène de carotte. Or, dit-il, dans les mêmes champs de culture du riz, on a de la spiruline qui est très riche en carotène. Il y aurait dans les champs de riz, 40 fois plus de spiruline que ce qu’on peut injecter dans les gènes de riz.
Il ajoute (35’00) qu’un Novotel, à Bangkok, produit de la spiruline sur son toit... à un coût de 16 €/kg, et en offre gratuitement aux écoles. 
Gunter Pauli évoque également  (38’30) le cas d’un producteur allemand, Herman Dorfer, qui, sur une ferme de 100 ha, développe une communauté de poules et de cochons vivant sur une pelouse et produisant, grâce à cela, une viande qui contiendrait plus de beta-carotène que celle des saumons. 

1.2- Les fondements du propos

Ce qui est exact, c’est la cécité[4] qui affecte environ 124 millions de personnes, dans 118 pays en Afrique et en Asie du Sud-est et qui est souvent liée à des carences en vitamine A (CVA). Le carotène est un pigment proche de la vitamine A, présent majoritairement sous les formes α et β-carotène  et qu’on trouve dans certains fruits et végétaux : carotte, poivron, épinard, laitue, patate douce, cantaloup, courge, abricot, Le taux record est cependant détenu par la spiruline (Arthrospira platensis), puisque son contenu en β-carotène est dix à quinze fois supérieur à celui de la carotte.
La « spiruline » (alimentaire), nom usuel d’une espèce d’« algue bleue », est présente dans les eaux chaudes peu profondes et saumâtres de la ceinture intertropicale, et, donc, dans les rizières.

1.3- Les approximations de Gunter Pauli

Concernant les OGM de riz doré
Il est faux de dire que c’est le plus vieux des OGM. Syngenta a beaucoup de mal à développer son riz enrichi. Cette variété est développée pour essayer de compenser le déficit en vitamines A du riz en introduisant des gènes additionnels destinés à synthèse du β-carotène.
À ce jour, aucune variété n'est disponible sur le marché. Certains parlent même d’un échec du projet, pour trois raisons :
- Le nombre de kilos de riz nécessaires pour apporter la dose quotidienne requise, sachant que, chez les enfants, le traitement nécessite l’apport de 200 000 UI de vitamine A.
- Les lignées de semences ne seraient pas uniformes en fonction des lieux et des saisons,
La vitamine A n’est bien ingérée par l’organisme que dans le cadre d’une alimentation adaptée, qui contient notamment des graisses pour la solubiliser 

Cachets de spiruline

Concernant la spiruline
Il est faux de laisser entendre, comme le fait Gunter Pauli, que la spiruline, présente dans les rizières, apporterait une solution alimentaire.
En effet, ce ne sont que des cellules micro-algues qui ne peuvent être consommées telles quelles et qu’il faut extraire que dans des fermenteurs, sous contrôle absolu des conditions de Ph et d’intensité lumineuse, et qu'il faut ensuite condenser en poudre ou en cachets. Faute d’un certain nombre de précautions les risques d’intoxication au mercure existent : un communiqué de l'Anses du 30 novembre 2017 a d’ailleurs alerté les consommateurs que ces compléments alimentaires à base de spiruline peuvent contenir des toxines, des bactéries et des traces de métaux.
Le fait qu’elle soit produite sur le toit d’un Novotel ne change rien à cette réalité. En fait, la société Ener Gaia, entreprise qui utilise les sommets de plusieurs immeubles de la capitale thaïlandaise pour ses cultures, permet à Novotel de faire une opération de marketing. pour seulement  2T/an de spiruline. Les risques d’une extraction mal conduite fontt que la production était limitée dans le monde en 2013 à 5.000 tonnes de spiruline sèche produites.
On peut se lamenter sur le fait que ce tonnage soit bien faible, mais Gunter Pauli ne devrait pas laisser croire, comme il le fait, qu’une distribution gratuite de spiruline dans les écoles permettrait de résoudre le problème de la cécité dans les pays pauvres. Hélas, une longue étude réalisée par l'Institut de Recherche pour le Développement (IRD) pour le Ministère de l'agriculture et de la pêche, explique qu’« n’existe pas d’études scientifiques indiquant l’impact ne serait que théorique, de ces composants dans la nutrition de l’être humain ». Certaines « constatations sont présentées comme bénéfiques, et véhiculent d’emblée une perception positive qui peut être fausse et dangereuse en terme de santé… La toxicité potentielle de la spiruline semble peu étudiée », d’autant plus que la spiruline « concerne des personnes vulnérables, …femmes enceintes et enfants de bas âge ». Le rapport conclut que « la production à une échelle industrielle de la spiruline depuis de nombreuses années n’a pas répondu aux problèmes de malnutrition en Afrique… il paraît plus judicieux de s’orienter vers d’autres solutions pour lutter contre la malnutrition ».
Tout cela prouve, si c’était encore nécessaire, que la vraie solution pour développer la santé en Afrique, passe par son développement économique, car la cécité est probablement plus causée par une malnutrition généralisée que par une problématique simplificatrice de vitamine A. La consommation de spiruline est, en définitive, très limitée  à des couches socioculturelles aisées plus soucieuse de leur identité que de la santé du tiers monde :  2 % des Français en mangent régulièrement. Une thèse de sociologie s’est d'ailleurs « mise à l’écoute de ceux qui produisent et consomment de la spiruline, et a tenté de mettre en relief de nouveaux comportements, de nouvelles pratiques et de nouvelles représentations qui contribuent à une nouvelle éthique de vie ». L'agriculteur allemand, donné en exemple par Gunter Pauli, donne à penser qu'on devient « spirulinier » comme on devient « permaculteur ». 

2- L'élevage de Tilapias aux Iles Fidji 

2.1. Les propos de Gunter Pauli

Gunter Pauli parle (12’40) de la FAO qui a introduit le tilapia[5], mais que son élevage est pratiqué à partir d’espèces génétiquement manipulées, traitées aux hormones sexuelles pour n’élever que des mâles. Ce serait, dit-il, la plus importante consommation de testostérone au monde.
Gunter Pauli aurait fait la promotion d’un système, testé par le chinois Georges Chan, qui produit le double de poissons avec les déchets d’élevage de cochons qui vont dans un fermentateur,  y produit du gaz, y minéralisant de l’eau, et permettant de fabriquer des algues pour la nourriture des poissons. 

2.2- Les fondements du propos

Tipalias

Les Tipalias sont des poissons d'eau douce ou d'eau saumâtre, sortes de carpes exotiques, abondamment élevées et consommées dans le monde. Très bon marché, le tilapia est l'une des espèces de poissons les plus consommées aux États-Unis. Il est exact que l’élevage des tilapias est plus rentable s’il porte sur des populations mâles. Le Cirad explore des techniques d’inversion hormonale, qui soulèvent bien des questions pour l’environnement et le consommateur. Afin de trouver une alternative à ces pratiques, une équipe du Cirad a proposé deux approches, l’une environnementale, qui repose sur l’effet masculinisant des fortes températures, l’autre génétique, qui passe par l’utilisation de géniteurs à des descendances monosexes mâles.

2.3- Les approximations de Gunter Pauli

En Asie du Sud-est, des élevages de porcs ou de volailles sont fréquemment montés sur pilotis, au-dessus de bassins d’élevage de Tilapias. Ce type d’aménagement était déjà connu à Fidji depuis longtemps (Asifo,1998) et avait montré son efficacité.  L’élevage des porcs constitue une activité extrêmement généralisée. Il se pratique au niveau familial et est motivé par des considérations culturelles plus qu’économiques ou même alimentaires (Malau, 1996). Dans une île comme Uvé, on a dénombré environ 18.000 porcs, soit deux fois plus que d’habitants, ce qui constitue le plus grand nombre de porcs par habitant dans le Pacifique. Les élevages sont concentrés avec les habitations. Les caractéristiques hydrologiques et géologiques des îles sont telles que le risque de pollution engendré par cet élevage pose des problèmes de contamination fécale dans les eaux du lagon.
Ce que n’évoque pas Gunter Pauli, c’est que les tilapias sont extrêmement vulnérables aux maladies. Un rapport de l’université de Secrétariat général de la Communauté du Pacifique explique que « le risque de pollution souterraine doit être maîtrisé par la construction de bassins parfaitement étanches, or ceux-ci doivent être d’assez grand volume (>50 m3) et cela représente des travaux d’aménagements considérables. Le risque d’eutrophisation des bassins dû à l’apport excessif de phosphore est constant et des analyses doivent être faites régulièrement afin de contrôler l’apport minéral. Le risque de contamination humaine par des pathogènes véhiculés par les poissons est grand et les produits de cette aquaculture sont plutôt destinés à l’alimentation animale sous forme de complément protéique pour les porcs (comme la farine animale) ou sous forme d’appâts pour la pêche ». Le silence des autorités sanitaires, face à ce type de pratiques, est assourdissant. Il n’y a de surcroît pas moyen pour le consommateur de faire le tri entre bons et mauvais tilapias puisque la traçabilité est à ce niveau inexistante.
Gunter Pauli n’entre pas dans le détail technique des fermentateurs qu’il propose.
Certes, il semble qu’il s’agisse d’une brasserie dont les déchets étaient auparavant jetés (car non comestibles par les porcs à cause de la présence d’une molécule de cellulose), sur lesquels on élève des champignons shiitake qui cassent la molécule de cellulose qui rendait ces déchets impropre à la consommation animale. On en nourrirait ensuite les porcs et on se servirait de leurs excréments pour à la fois créer des algues vertes et du gaz. Il y aurait jusqu'à 7 espèces de poissons et une d’écrevisse dans les bassins, certains permettant de nettoyer automatiquement les bassins en mangeant les herbes qui y poussent (par exemple la carpe de boue) tandis que les écrevisses mangent certains excréments.
Resterait à vérifier la rentabilité qui serait de 30 000 € par an et de les comparer aux  investissements nécessaires. Il faudrait aussi vérifier sa reproductibilité dans près de 200 endroits dans le monde. Il faudrait enfin observer les éventuels surcroîts de pénibilité pour la main d’œuvre. 

3- Les écosystèmes de type mangroves en Indonésie

3.1- Les propos de Gunter Pauli

Gunter Pauli évoque (15’23) la restauration des écosystèmes de type mangroves associée à la production de crevettes, poissons, et crabes.

3.2- Les fondements du propos

Écosystème de type Mangrove

La mangrove est un écosystème qui se développe le long des côtes protégées des zones tropicales et subtropicales. La dégradation rapide de certaines mangroves, dans le monde entier, est devenue préoccupante parce qu'elles constituent des stabilisateurs efficaces pour certaines zones côtières fragiles qui sont maintenant menacées, et parce qu'elles contribuent à la résilience écologique des écosystèmes après les cyclones et tsunamis.
Un exemple réel de restauration de mangrove est développé  dans l'unité d'éducation du KKP (Ministère indonésien des affaires maritimes et de la pêche ) et appliqué par Poltek KP Sidoarjo. Dans cette culture de la pêche Poltek a appliqué le système de culture de poisson et de crevette en utilisant la forêt de mangrove artificielle dans la station de Pulokerto, Pasuruan, Java Est, lui donnant le nom de Centre d'étude de Mangrove.

3.3- Les approximations de Gunter Pauli

Gunter Pauli ne donne aucun détails sur le rôle exact qu’il joue dans la restauration des dites mangroves. En réalité, il surfe sur une opération de communication qu’il mène en organisant des « Congrès mondiaux sur  l’économie bleue », même s’il a le souci, par exemple, de soutenir par sa présence, un centre de recherche indonésien. Le 9ème d’entre eux se tenait, en effet, en Indonésie dans le « centre d’étude de Mangrove », du 13 au 15 avril 2014. Le 8° congrès  précédent s’était tenu du 24 au 25 avril 2013 à Madrid.

4- La production d’eau à partir de tomates en Australie

4.1- Les propos de Gunter Pauli 

Gunter Pauli joue avec l’émotion de son auditoire (16’45) en indiquant que l’agriculture consomme 70 % d’eau potable alors qu’on pourrait imaginer une agriculture qui produise de l’eau potable au lieu d’en consommer. L’auditoire se met à rêver d’une agriculture durable dans les zones arides pauvres. Il évoque un système de circulation de l’eau froide de la mer permettant de diminuer le point de condensation de l’eau. Il prétend qu’avec 1 kg de tomate, on produit 25 litres d’eau potable dans le désert australien grâce à la culture de tomates tout en faisant passer la production de 200 tonnes à 17.000 tonnes

4.2- Les fondements du propos

Sundrop farm à Port Augusta en Australie

Gunter Pauli fait allusion à la Sundrop Farms, inaugurée le 6 octobre 2016 dans le sud de l'Australie, près de Port Augusta, qui devait produire 15 000 tonnes de tomates par an sur 20 hectares implantés en plein désert ! Cette ferme n'a besoin que de l'énergie du soleil et de l'eau de mer puisée dans le golfe de Spencer voisin.
Ses 23 000 miroirs dirigent les rayons solaires vers un concentrateur, qui accumule l'énergie. Les 39 MW de puissance thermique produits serviront ensuite à alimenter une unité de désalinisation d'eau de mer pour irriguer les cultures installées sous serre.

4.3- Les approximations de Gunter Pauli

Le champion de l’écologie positive n’évoque pas le fait qu’il s’agit d’une agriculture en hydroponie, c'est-à-dire complètement hors sol et, plus précisément, ici, sur un support inerte à base de coques de noix de coco.
Il n’évoque pas non plus les conditions économiques de l’opération. C’est la firme new-yorkaise KKR qui a investi 200 millions de AU$ (130 M€ ) dans cette méga-serre. Quel peut être le prix de revient des tomates ? Le seul amortissement, sur la durée du partenariat entre actionnaires de 10 ans, est donc de 0,9 € par Kg de tomate non compris les coûts de production (MO, semences, fertilisants, entretien des miroirs, distribution et transports vers les lieux de consommation….) Le seul coût des 400 emplois x 80.000 € / an revient à environ 2,1 €/kg de tomate. Certes, il est difficile de comparer le coût complet d’une tomate produite dans un désert, qui dépasse très probablement les 5 €/kg, et celui qu’on trouve à moins de 2 €/kg à Rungis. Mais manque-t-on à ce point de terres en Australie pour aller faire de tels expériences. Comme dans beaucoup d’opérations présentées tout est techniquement possible !Mais ce n’est pas parce qu’une multinationale investit 200 millions de $ dans un projet dit « durable » qu’il est économiquement justifié. Il y a dans ce genre d’affaire de nombreux exemples de "greenwashing". L’obtention de subventions gouvernementales, même de seulement 6 millions de AU$, sert surtout à obtenir une caution publique à  ces images qu’on cherche à construire. 

5- La relance économique de l’île el Hijero aux Canaries

5.1- Les propos de Gunter Pauli

Gunter Pauli joue, une fois encore, sur l’émotion de son auditoire (20’40) en présentant une photo de poisson femelle éventrée avec ses follicules ovariens pour, recommander, pendant certaines saisons, la création de réserves et l’abandon de la pêche au filet. Mais surtout, il évoque la transformation de la production éolienne faisant d’El Hierro la 1ère île du monde qui est 100% autonome en énergie.
On aurait financé le projet, ajoute Gunter Pauli, en économisant les 8 à 9 millions de gasoil de l'ancien générateur en le remplaçant par des éoliennes « sans la moindre émission de carbone », car toute énergie est de source renouvelable (le vent des alizés). 

5.2- Les fondements du propos

L’île a effectivement investi dans une centrale hydroélectrique d’une capacité de 10 MW alimentée par deux réservoirs, un parc éolien et un système de pompage. Un investissement global de plusieurs dizaines de millions d’euros.

5.3- Les approximations de Gunter Pauli 

En ce qui concerne les « énergies renouvelables »
Nous ne reviendrons pas ici sur l’idéologie consistant à ériger les éoliennes en valeur suprême de la durabilité parce qu’elle fonctionneraient « sans la moindre émission de carbone ».
L’impact sur le climat n’a rien de prouvé. 
N’y aurait-il pas eu des alternatives plus "durables", permettant à l’île de se "désenclaver". Aujourd’hui, les câbles[6] se développent permettant à la fois de transporter une grande quantité d’énergie et celle de l’information numérique et des télécommunications indispensables au développement économique. Le coût d’un câble est de l’ordre d’environ 0.5 M€/km selon les puissances considérées, soit environ une trentaine de millions d’€ pour se relier à la centrale existante de l'Île de La Palma, surtout quand on sait que le projet éolien, prévu à hauteur de 25 millions d'euros, a glissé jusqu'à plus de 82 millions d'euros.
Or, toute les côtes de l’Afrique ont été câblées en 2012, y compris les Canaries. Est-on sûr que l’investissement dans un raccordement n’aurait pas été plus économique et bénéfique pour les générations futures que toutes ces éoliennes ?

En ce qui concerne l’efficacité de l’investissement à El Hierro
On va jusqu’à parler d’un échec total de l’opération. L’électricité y était fournie par des groupes diesels qui émettaient de vilains gaz à effet de serre jusqu’au 01 juillet 2015.
Afin de se donner une coloration plus verte, un consortium nommé “Gorona del Viento” . Des éoliennes couplées à une centrale hydroélectrique comprenant deux réservoirs de stockage d’eau reliés par deux aqueducs, et une station de pompage devaient rendre l’île autonome en électricité. Le coût du système (82 millions d’euros M€), a été largement subventionné par les citoyens espagnols et… européens.
Un an plus tard, quel a été le résultat ?
Le dimanche 9 août 2015, jour de faible consommation, une brève démonstration conforme à l’objectif annoncé a été réalisée. L’île a été alimentée pendant deux heures à 100% par des énergies renouvelables (éoliennes et hydraulique). Enthousiasme général dans les médias !
Le dimanche 31 janvier 2016 (encore un dimanche), nouveau miracle. L’île a été alimentée pendant 16 heures en continu uniquement par une production d’énergie renouvelable. La couverture médiatique a été unanime à saluer cet “exploit”.
Mais les réalités en temps réel se révèlent rapidement bien différentes.
A fin décembre 2015 (soit sur une durée de 184 jours), si l’île a bien été alimentée moins d’une journée (environ 18 heures) à 100% en énergies renouvelables, elle a été aussi alimentée pendant 24 jours cumulés uniquement avec la centrale au diesel.
Durant ces six mois, la part de renouvelable n’a été que de… 30% de la consommation électrique de l’île. Donc 70% environ de cette consommation a été assurée par la classique centrale au diesel de début juillet à fin décembre 2015.
Pour aboutir à cette remarquable performance, “Gorona del Viento” a reçu en mars 2016 une rémunération d’exploitation de 12 M€, et ce consortium a engrangé un bénéfice annuel de 5 M€. Le coût de fonctionnement est donc de 7 M€ pour six mois d’exploitation. Pour un tiers de production renouvelable, le coût du mégawattheure (MWh) a donc grimpé jusqu’à… 1.370 €, alors que coût du MWh diesel sur l’île n’est que de 200, et d’environ 40 €/MWh en France.
Depuis juin 2015 jusqu’à juillet 2016, les énergies renouvelables ont produit seulement un tiers du total de la production (34%) et n’ont répondu entièrement aux besoins en électricité de l’île pendant seulement 2% du temps. L’île a été alimentée uniquement avec les groupes diesels pendant 12 % du temps. Personne ne le souligne.
L’Espagne et l’Europe n’ont pas voulu voir les avertissements d’ingénieurs ayant pourtant travaillé sur ce projet : ainsi, le 23 juin 2014, deux ingénieurs déclaraient dans “Diaroelhierro” que, malgré “les belles phrases grandiloquentes”, la part de la production de renouvelables serait d’environ 25%. Et pourtant, il y a beaucoup de vent à El Hierro.
Certes, toutes ces informations viennent de sources probablement peu bienveillantes et mériteraient d’être vérifiées.
Il n’empêche que, selon ses promoteurs, El Hierro devait être “un exemple pour le monde entier”. La France qui s’extasie devant cet “exemple” n’exclut pas qu’avec les hydroliennes et les éoliennes en mer les pouvoirs publics réussissent bientôt à faire “encore mieux” en Bretagne qu’à El Hierro ! 

6. La production d’un substitut du glyphosateà partir des chardons en Sardaigne

6.1- Les propos de Gunter Pauli

Il compare (27’15) le chardon à un artichaut contenant de l’huile, des enzymes pour faire du fromage de chèvre… du sucre dans sa tige, des nutriments dans sa racine. Il créé l’émotion en regrettant qu’on veuille éradiquer cette plante avec du glyphosate,… alors qu’on pourrait en tirer un substitut du Round up. Gunter Pauli évoque les 187 chercheurs de Novamont, entreprise qui a investi 835 millions d’investissement dans une ancienne usine de cracking pour produire, à partir du chardon,  des polymères plastiques, des lubrifiants,  des aliments du bétail, des capsules de café Lavazza, et, surtout, "le plus important (sic)" (28’29), un "remplaçant" (sic) du glyphosate. 

6.2- Les fondements du propos

Les sociétés Versalis et Novamont, une société italienne pionnière dans le domaine des bioplastiques à base végétale, ont effectivement investi 1 milliards d’€ sur le site de Matrica.  Après trois ans d’expérimentation, 500 hectares de chardon géant ont été plantés sur d’anciennes terres à blé dur délaissées depuis des années, à proximité immédiate du site industriel et du port de Porto Torres. Les cultures devaient être portées à 4.000 ha dès 2016 puis entre 10.000 et 15.000 ha à moyen terme pour répondre pleinement aux capacités de la raffinerie. Pour récolter ces immenses chardons, Il a fallu mettre au point une ingénierie spéciale dont d’impressionnantes moissonneuses. De nouvelles variétés de chardons, plus productives et résistantes à la salinisation, sont à l’étude. L'usine de Matrica produit également de l'acide pélargonique.
L’acide pélargonique est une substance aux effets herbicides naturellement sécrétée par le géranium (ou pélargonium, d'où son nom). Il agit par contact en détruisant la cuticule cireuse qui recouvre, comme une peau, les tiges et les feuilles des plantes. Privées de cette protection, ces dernières se dessèchent et meurent en quelques heures sous l'effet des rayons ultraviolets solaires. 

6.3- Les approximations de Gunter Pauli 

L’objet n’est pas ici de comparer entre elles les nombreuses filières de plastiques biodégradables
- L'acétate de cellulose, bioplastique ancien dérivé du bois ou du coton. Il est produit par réaction de la cellulose avec de l'acide acétique concentré. 
- La gazéification de biomasse à partir de bois
- Les bioplastiques à partir de coproduits (bagasse) de canne à sucre,
Toutes ont leurs avantages et leurs inconvénients
En revanche,  concernant le « remplacement » (sic) du glyphosate, il existe un désherbant sous le nom commercial de « BELOUKHA® », produit par Jade, et contenant  680 g/l d’acide pélargonique. La société Jade, basée à la périphérie de Bordeaux, a un accord de distribution exclusif avec la société chimique italienne Novamont.
Plusieurs inconvénients majeurs qui ne peuvent, en aucun cas, en faire un substitut du glyphosate :
- Le Beloukha a un usage recommandé limité au défanage des pommes de terre  et à la destruction des rejets dans la vigne et une « maîtrise » des adventices de la vigne. On est donc loin d’un usage généralisé comme le Round’Up. Par ailleurs la dose recommandée est de 16 l/ha, et son prix était en 2015 de  18,60 €/litre soit un coût de 288 €/ha pour chaque traitement.
- D’autre part, ce produit ne tue que les adventices annuelles jeunes dont la hauteur ne dépasse pas 10 centimètres. Au-delà, il faut procéder à une seconde application 10 à 15 jours plus tard.
-  Troisième problème et non le moindre: comme il s'agit de défoliants qui n'agissent que par contact, l'acide pélargonique ne permet pas de contrôler les adventices les plus coriaces une fois qu'elles sont solidement implantées. Si vous « ratez le coche », en raison d'une longue séquence de pluie ou d'une absence, liserons, pissenlits, oseilles sauvages repousseront par la racine aussi sec. …Ce qui peut conduire à procéder à 3 voire 4 applications par an pour un coût 5 à 30 fois plus élevé qu'avec les désherbants chimiques classiques... 

6.4- Quid des accords interprofessionnels avec les producteurs de chardons?

On aimerait savoir quel est le contenu des contrats entre les agriculteurs et l'industriel Novamont... si tant est que ces accords de filière existent?  Deux variétés existent en Sardaigne: Chardon de Sardaigne, Carduus sardous et Carduus fasciculiflorus. Il est comparable au chardon des champs qui est de la famille des cirses. 
L’objectif serait de cultiver 15 à 20 000 ha de chardons pour atteindre la pleine capacité de l’usine Matrica. Que deviendraient de telles surfaces si l'entreprise avait des problèmes économiques et devait arrêter sa production du fait d'un concurrent mondial ayant développé une filière différente et plus performante? les agriculteurs auraient bien des difficultés à éradiquer ces chardons, sauf à utiliser du glyphosate massivement, usage que Novamont fustige si volontiers!
En effet, le Chardon n'a pas que les avantages de sa beauté: la variété française est classée comme envahissante. Le chardon peut entraîner des baisses de récoltes (blé, pommes de terre) et empêchent les vaches de brouter.. cela peut même créer des tensions entre fermiers qui possèdent leur pâtures côte à côte si l'un d'eux ne les coupe pas... Certaines départements demandent que les chardons des champs  soient détruits
On espère que l'industriel prend les précautions et que le DG de Matrica, coentreprise entre Novamont et Versalis, ne se contente pas de dire: "La Sardaigne est vouée à se couvrir petit à petit de champs de chardons". Ce pourrait bien ne pas être  un vain mot ! 

7. La production d’hémoglobine chirurgicale à partir de vers de mer en Bretagne

7.1- Les propos de Gunter Pauli 

Gunter Pauli évoque (31’25), la découverte faite par un médecin, Franck Zal qui aurait levé 80 millions en 2017 suite à sa découverte que le vers de mer aurait 150 fois plus d’oxygène dans son hémoglobine que le sang humain. Or, la conservation des organes destinés à la transplantation, est limitée à un maxi de 4 heures. Avec l'exploitation des vers de mer, on pourrait les conserver pendant 4-5 jours. Mais, avec 1 T de vers de mer, on ne produit que 6 litres pour 3 patients. Gunter Pauli évoque les synergies misent en place avec un élevage de saumons très consommateurs de vers de mer.

7.2- Les fondements du propos

Le Dr. Franck Zal et son équipe au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) ont fondé l'entreprise Hemarina en 2007 à Morlaix, en Bretagne. En 2013, La société a conclu un accord avec LFB Biomanufacturing, laboratoire biochimique à Alès, pour la mise en production de son innovation.
Hemarina s’est associée en 2015 à Aquastream, écloserie marine spécialisée dans la commercialisation d'oeufs et larves de poisson, d'alevins de bars et dans les biotechnologies marines. 

7.3- Les approximations de Gunter Pauli

Le projet portait le nom de HEMO2Perf®. On peut le classer dans la catégorie des projets de recherche et développement, mais pas dans celle des synergies naturelles de l' "économie bleue".  Pourquoi ? 
Comme tout projet de recherche, il pouvait être justifié que l’ANR (Agence Nationale de la Recherche) attribue en 2012 une subvention de 700 000 euros.
En revanche, le projet économique d’Aquastream serait plutôt un exemple de plus des approximations économiques de Gunter Pauli puisque, Aquastream a été en proie à des difficultés financières. Elle a été placée en liquidation judiciaire, un mois après la conférence de Gunter Pauli, le 14.10.2017, par le tribunal de commerce de Lorient. La société, qui a compté jusqu'à 25 salariés, employait huit personnes. Les collectivités publiques avaient pourtant largement soutenu ce développement prometteur en lui allouant des subventions (282.181 € de la Région, 50.000 € du Département et 110.727 € de Lorient Agglomération, sans compter celles de l'ANVAR et de la ville de Quimper). Le recentrage de l'activité sur l'élevage de vers marins appliqué au secteur de la santé n'a pas été suffisant pour remettre les comptes à flot.

B- La rupture de Gunter Pauli avec la Chambre de Commerce et d'Industrie de Quimper

Les reproches mis en avant sont un exemple symptomatique de ce qui est reproché à G. Pauli

La fondation ZERI, fondée par G. Pauli, avait signé, en mai 2016, une convention avec la Chambre de Commerce et d'Industrie de Quimper pour "identifier un portefeuille de projets possibles pour la région". 
Sur une soixantaine de propositions, six thèmes furent retenus: le papier pierre, la transformation de plastique en pétrole, la chimie verte, l’agriculture autonome, les énergies renouvelables, la production de spiruline et de champignons.
Les deux partenaires décident de créer une société commune: ABEIL (Association blue economy initiatives locales). Dans ce cadre, la CCI verse 500.000 € à la fondation Zeri pour qu'elle développe les projets, avec la perspective de créer 100 emplois.
En 2017, la CCI et Abeil organisent un colloque, "les blues days" qui sont un succès médiatique étant donné la présence de Gunter Pauli. Celui-ci en profite pour réclamer 250.000 € supplémentaires pour le fonctionnement de Abeil, mais  "les 250.000 € sont allés à la fondation Zeri" explique un responsable de la CCI!
En janvier, la convention entre la CCI et Zeri n'a pas été reconduite. Il a été reproché à Zeri: 
- l'inefficience de son réseau de 3.000 experts
- l'absence de contacts pendant plusieurs mois et de rapports concrets
- un mélange des genres en matière de liens financiers 
La CCI en profite pour expliquer que "la production de spiruline a été un échec technique, celle de gazole à partir de déchets en plastique des ports n’a pas avancé" et que "la perspective a été abandonnée d’équiper des bâtiments publics en Li-Fi, cette technologie d’internet par la lumière, par l’éclairage public". 

Une seule entreprise, Armen Paper" ciblée par G. Pauli est toujours en activité: l'importation de "papier-pierre" fabriqué pour l'instant en Chine. La recette consiste à réduire la pierre en « farine » d’une granulométrie de 3 à 5 microns, puis la mélanger avec 20 % de polyéthylène, une résine non toxique. L’ensemble est chauffé à 160 °C pour former des granulés, que l’on peut ensuite laminer pour obtenir des feuilles de papier. Cela parait simple, mais comment le Journal "LaCroix" peut-il se faire l'écho de déclarations incantatoires et laisser croire que "c’est un procédé très écologique : on ne coupe pas d’arbre, et on n’utilise pas d’eau, contrairement au papier classique à base de cellulose, qui nécessite 20 arbres et 60 000 litres d’eau pour fabriquer une tonne". Il aurait été bon d'aller vérifier. Or, il semble bien qu'il n’existe à ce jour aucun système de collecte ou de recyclage effectifs de ce produit, qui ne peut donc être considéré comme recyclable, sauf à tromper le consommateur. Or, la Norme ISO 14021 sur les marquages et déclarations environnementales interdit les allégations « vagues ou imprécises », ou suggérant « qu’un produit est bénéfique ou inoffensif du point de vue de l’environnement ». ARMEN PAPER ne fournit aucune source précise indiquant l’origine des chiffres qu’elle met en avant à l’appui de sa communication.
on peut craindre le pire quand on sait que les fondateurs voudraient produire le Papier Pierre en Normandie et demandent, à cette fin, 160 millions d’euros. On espère qu'une nouvelle chambre de commerce ne fera pas preuve de la même naïveté que celle de Morlaix.

L'heure approche peut-être où les partenaires de G. Pauli comprendront le caractère illusoire de ces discours et les approximations qui ne permettent pas l'émergence de réelles "succes stories".

C- L’appartenance de Gunter Pauli au « Club de Rome »

C'est un point, au delà des nombreux projets qu'il présente, qui mérite d'être un peu analysé.

1-  Qu’est-ce que le club de Rome ?

D’après certains textes, le Club de Rome aurait été fondé par des illuminatis.  Sans tomber dans une hantise ridicule du complot,  retenons que le Club de Rome est un groupe de réflexion (Think Tank) fondé en 1968, dans la propriété Rockefeller à Bellago en Italie. A sa création, il était piloté par Aurelio Peccei, administrateur de Fiat.

a) Le fameux "rapport Meadows" du Club de Rome

Le club de Rome s’est rendu célèbre par son rapport Meadows.en 1972. Ce n’était en fait que le rapport d’une équipe du Massachusetts Institute of Technology (MIT). Il avait pour titre français « Halte à la croissance ? ». Ce rapport s’était limité à des corrélations entre seulement cinq variables: la population, le PIB/Habitant, la ration alimentaire/personne/an, la pollution, et, enfin, les ressources non renouvelables.  Le rapport avait modélisé les évolutions en appliquant une loi dite « loi des rendements décroissants » énoncée en 1817 et publiée en 1821 par David Ricardo, dans ses « Principes de l'économie politique et de l'impôt »[7]. Ce concept des rendements décroissants –qui date, on le voit,  quelque peu- s'accordait bien avec l'idée malthusienne selon laquelle plus la population augmente, plus les ressources disponibles par habitant se réduisent. Nulle part on ne trouvait de prévisions dument datées[8]. Le « rapport Meadows » proposait de combiner des changements de technologie avec des changements de valeur, afin de réduire les tendances à la croissance à l'intérieur du système.

b) Le rôle actuel du Club de Rome[9].

Malgré les critiques opposées au rapport Meadows, celui-ci a fait l’objet, en 1992, d’une première mise à jour, intitulée « Beyond the Limits »[10]Mais ce nouveau rapport n’a pas pris en compte les critiques dont la première édition avait été l’objet. Enfin, en 2004, paraissait une seconde mise à jour qui, jusqu’ici, n’a pas été traduite en français : « Limits to Growth. The 30-Year Update ». Les auteurs ont jugé cette mise à jour nécessaire  pour souligner la gravité de la situation. Les auteurs s’appuient largement sur la notion d’« empreinte écologique » et sur le travail de Mathis Wackernagel dans la création de cet indicateur. Au cœur de leur mise à jour se trouve le concept d’« overshoot »,  qui signifie que nous serions déjà au-delà des limites de la planète. Ce concept est malheureusement, lui aussi, dépourvu de tout fondement scientifique.
Ce rapide historique sur le Club de Rome est indispensable, même si beaucoup s’imaginent que c’est une organisation disparue. Il existe toujours et est très actif. La plupart de ces rapports développent des idées démographiques malthusiennes : « Global Population - Blow-up and after » (2006), « The future of people with disability in the world » (2005).

c) Les liens du Club de Rome avec l’Organisation mondiale du commerce

On pourrait croire que l’Organisation Mondiale du Commerce, favorable à la croissance, a des objectifs opposés à celui du Club de Rome, plaidant pour la décroissance. L’OMC, dans ses discours officiels se targue en effet de vouloir réduire les entraves au commerce pour favoriser la croissance. Malheureusement, il s’agit d’une croissance très sélective, au profit des seuls pays du Nord. Pourquoi ? On peut se demander, si, en définitive, l’OMC ne rêve pas de croissanc au nord et de décroissance au Sud.
Joseph Stiglitz, prix Nobel d’Économie en 2001, explique très bien que la libéralisation du commerce n’a pas favorisé le « bien-être » des Pays en Développement « La plupart des arguments traditionnels du libre-échange, dit Stiglitz, font valoir non la croissance mais l’efficacité. La libéralisation du commerce est censée permettre un redéploiement des ressources de secteurs protégés à productivité faible vers des secteurs exportateurs à haute productivité. Mais ce raisonnement suppose que les ressources sont, au départ, pleinement employées, alors que, dans la plupart des pays en développement, le chômage est élevé en permanence ». (p. 69)[11].
Malheureusement, ajoute-t-il, « la plupart des modèles qui tentent de traiter les questions des gains de ‘’bien être’’ à attendre de la libéralisation des échanges postulent le plein emploi, donc n’apportent pas de réponse à cette question cruciale : l’impact de la libéralisation sur des économies aux ressources sous-employées » (p. 70)[12].
Joseph STIGLITZ conclut : « Il est pratiquement certain que la libéralisation n’est pas le facteur le plus important pour la croissance…Il est difficile de voir sur quoi se fonde cet enthousiasme pour la libéralisation du commerce sans restriction » (pp. 82-83). D’ailleurs, remarque-t-il, « les premiers résultats d’une recherche en cours à l’université de Colombia suggèrent que la libéralisation des échanges peut avoir des effets positifs sur des pays à taux de chômage faible, mais des effets négatifs sur des pays à taux de chômage élevé » (p. 84).

2-  Quelle est la vision de Gunter Pauli sur ces sujets globaux ?

Le Club de Rome  a réussi à infiltrer de nombreuses institutions internationales. On pourrait imaginer que Certes, on pourrait imaginer que, en réaction, Gunter Pauli puisse s’infiltrer dans le Club de Rome pour tordre le bras de ses fondements profonds. 

a) La croissance

Certes, Gunter Pauli n’a jamais tenu des propos mettant en avant des propos alarmistes sur la croissance démographique. Il aurait été jusqu’à dire « donnez-moi 10 milliards de personnes sur terre et je les nourrirai sans problème avec 25 millions de fermes à champignons ».
Certes, Gunter Pauli a publié un livre intitulé « croissance sans limite ». Certes, il  dit qu’« il faut déglobaliser le système de la mondialisation de l’agriculture »[13]. Certes, les micro-projets locaux ont leurs vertus, mais il est illusoire de penser qu’ils permettront de résister à une mise en concurrence systématique des riches contre les pauvres. On sait trop comment se termine ce genre de défi. On ne voit pas, dans les discours de Gunter Pauli, de véritable remise en cause du libéralisme ambiant qui se révèle mortifère pour les pays les plus pauvres.
La promotion de nombreux micro-projets de développement crée, dans les opinions publiques du Nord, un véritable engouement qui les déculpabilise et leur fait oublier les vrais problèmes qu'il ne veulent surtout pas voir.

b) L’illuminatisme

On voit mal comment Gunter Pauli pourrait se démarquer des propos de ses amis du Club de Rome. Par exemple, lors d’un Colloque sur l’eau, co-organisé  le 22 mars 2017 par le dit Club au Conseil Pontifical pour la Culture, son collègue Ernst Ulrich von Weizsäcker, co-président du Club de Rome et auteur du rapport du club de Rome « Factor Five », a  lancé cet appel symptomatique : « Il faudrait un nouvel illuminisme ». Cette référence à « l’illuminisme » fait penser aux « illuminati »[14]. Certes il ne faudrait pas partir du concept d’illuminatisme pour aller hâtivement vers l’idée d’un complot des « illumitais ». Le Vatican a, malgré tout, toujours été très clair pour condamner l’illuminatisme : Avant son voyage en Allemagne, le 5.8.2006, Benoit XVI avait évoqué le monde occidental qui connait « une nouvelle vague d'illuminisme profond ou de laïcisme... Il est devenu plus difficile de croire, puisque le monde où nous nous trouvons est totalement fait par nous-mêmes, et Dieu, pour ainsi dire, n'y figure plus directement ».  

c) L’alarmisme écologique

Certes, Gunter Pauli a un discours qui parait résolument optimiste. Mais, dans le discours ci-dessus, il ne peut s’empêcher de surfer sur les slogans qui bercent tous les jours son auditoire :

- les thématiques climatiques « zéro émission  de CO2 » (à El Hierro). Il lui est certainement difficile de remettre en cause l’alarmisme constant du Club de Rome sur la période chaude contemporaine quand il est à la même tribune vaticane que Anders Wijkman, co-président du Club de Rome et, par ailleurs, sous secrétaire de l’ONU et directeur des politiques du PNUD, quand on qu’il est aux côtés de Ernst Ulrich von Weizsäcker qui a été président jusqu’en 2000 de l'Institut Wuppertal pour le climat. Comment Gunter Pauli pourrait-il aller dans un autre sens puisqu’il est le fondateur du très scientifiquement correct Institut Zero Emission Research and Initiatives (ZERI) ?

- les allégations sur le glyphosate. Gunter Pauli dit lui-même que dans le projet de Novamont, « le plus important » (28’29) est sa capacité à produire « des dérivés du chardon qui remplace le glyphosate »(28’32), tout cela en ridiculisant ce produit qui serait « une bonne affaire pour ses commis voyageurs » (27’50). Alors, certes, il évoque l’homologation de ce substitut sur la seule vigne, mais on ne peut pas alors parler de « remplacer le glyphosate » qui, lui, est utilisable dans toutes les cultures.

- les sous-entendus répétés sur les OGM. Ce n’est pas parce que Syngenta a des difficultés avec son « riz doré n°2 » qu’il faut surfer avec un auditoire contre les OGM en reprochant à son producteur « de faire la promotion des profits d’une entreprise, …de vouloir prendre le marché mondial pour le riz » (8’06). C’est une vision qui plait toujours à des auditoires pétris d’une vision marxiste de l’économie, même si on ne peut accuser G. Pauli d’être lui-même marxiste. Ce type de discours est curieux pour quelqu’un qui se présente comme un « entrepreneur ».  Il contribue ainsi à entretenir l’idée que l’économie -en dehors de la sienne, bien sûr- est exploiteur et destructeur pour l'environnement à cause de sa cupidité. Certes, il y a de tels exemples, mais il entretient un sentiment de suspicion à l’endroit des entreprises  qui n’est que trop à la mode.

- L’économie circulaire est également très populaire… même si ce n’est pas un concept nouveau. Ce n'est pas Gunter Pauli qui a inventé la culture de champignons sur le marc de café. Bien avant lui, les caves de Saumur savaient, pour cela, récupérer le crottin de cheval dans les écuries proches du Cadre Noir. Mais, avec une économie circulaire, développée hors contrainte économique, Gunter Pauli développe l’idée de "limites planétaires" chère aux malthusiens… même si, redisons le encore, nous ne classons pas Gunter Pauli parmi les esprits malthusiens du Culb de Rome.

d) Le développement dit « durable »

Il ne suffit pas à Gunter Pauli de dire qu’« il faut avant tout répondre aux besoins de base, l’eau, la nourriture, l’hébergement, la santé, l’énergie renouvelable, l’apprentissage… ». Gunter Pauli surfe, en réalité, sur une définition du "développement durable" très onusienne alors que les grandeurs et vicissitudes de ce  concept ne sont plus à démontrer. 

 Conclusion

Gunter Pauli se targue d’avoir autour de lui 3.000 chercheurs, d’avoir mobilisé 5 milliards d’€ et créé 3 millions d’emploi. On a peine à y croire quand on voit le rôle qu’il a pu jouer dans les projets ci-dessus confus et dont la viabilité économique reste à démontrer. Certes, quand il dit « je » ou « nous », il ne parle que des projets d’autres personnes qu’il veut soutenir.

Pourtant, en définitive, il y a chez Gunter Pauli, un mélange d’enthousiasme séduisant, mais également un ton qui commence toujours par la création d’émotions très méprisant pour l’auditoire. En créant de l’émotion, on prend toujours un peu son auditoire pour des imbéciles.

 

[1] Pour fêter son 20ème anniversaire, la Fondation Nicolas Hulot avait organisé en décembre 2011 un colloque pendant lequel il avait fait intervenir Gunter Pauli

[2] Cette conférence a été organisée le 22 mars 2017 par le Conseil pontifical pour la culture, en collaboration avec le Club de Rome et l’École supérieure de culture sociale et médiatique de Toruń, en Pologne.

[3] La Fondation Zermatt Summit est dirigée par un Conseil d’Administration et est entourée par un réseau, le Zermatt Summit Advisors’Network. Le Conseil d’administration de la Fondation est composé des personnalités suivantes :

  • Christopher Wasserman - Président, président de TeroLab Surface Group et de la fondation Ecophilos
  • Nicolas Michel – Vice-président, professeur à l’Institut de hautes études internationales et du développement (HEI) de Genève, et ancien Secrétaire général du département juridique de l’ONU,
  • l’Archiduc Rudolf d’Autriche, de Habsbourg-Lorraine, fondateur de Triple A gestion S.A.,
  • Père Nicolas Buttet, proche du père Patrick de Laubier et fondateur de la Fraternité Eucharisteinet de l’Institut européen Philanthropos,
  • Jean-René Fournier, membre du Parlement suisse (Conseil des États) et ancien Président du Conseil d’État valaisan,
  • Theodore Roosevelt Malloch, PDG de The Roosevelt Group,
  • Antonin Pujos, président du Club Recherche de l’Institut français des administrateurs (IFA), Secrétaire général de la Fondation Ecophilos, .

L’Advisors’Network est composé de leaders du monde entiers et d’experts reconnus. Son rôle est de conseiller le Zermatt Summit dans son approche de la question de la mondialisation, de participer à la définition des orientations et des thématiques choisies par le Zermatt Summit et de contribuer à l’identification et à la sélection d’intervenants de très haut niveau.

[4] La cécité
Cause épidémiologique : un apport insuffisant de carotène ou de vitamine A préformée, mais aggravée par une mauvaise absorption intestinale. D’ailleurs, La xérophtalmie ne touche que les enfants pauvres; même dans les zones de prévalence élevée, elle n'affecte qu'exceptionnellement les enfants de familles aisées.
- Le premier signe de carence en vitamine A: cela se traduit par une difficulté à voir en lumière réduite. … Ce trouble est dû à une diminution de la rhodopsine dans les bâtonnets de la rétine.
- Le signe suivant est l'assèchement de la conjonctive qui  perd son brillant, s'épaissit, se ride et parfois se pigmente.
- Le stade suivant est l’assèchement de la cornée

[5] La taille des Tilapia varie entre 5 et 50 centimètres. Certaines espèces sont considérées comme étant en cours de domestication, puisque le cycle de l'élevage est entièrement maîtrisé, qu'une sélection est appliquée sur ces espèces et qu'elle a déjà permis d'améliorer leurs qualités du point de vue de l'élevage. Leur grande adaptabilité en fait des espèces volontiers invasives.  On dit que les poissons multipliés par Jésus-Christ pour nourrir les foules venues l’écouter seraient une espèce de tilapia1. L’apôtre Pierre aurait vécu de la pêche de ce poisson dans le lac de Tibériade.

[6] Les câbles récents permettent de transporter une grande quantité d'énergie. Par exemple, la ligne sous-marine de 138 kV qui relie Norwalk (Connecticut) à Northport (en) (île de Long Island, État de New York) depuis février 2008, transporte 150 MW (projet de 140 millions $). Fonctionnel depuis le 29 juillet 2008, ces trois câbles tripolaires alternatif, à isolant XLPE polyéthylène, de 19 km et intégrant 24 fibres optiques chacun, ont un diamètre externe de 235 mm 

[7] De très nombreux scientifiques ont contesté les fondements du raisonnement. Ainsi, Samuel Farfari a résumé les critiques qu’il convient de faire au rapport Meadows: « La principale raison pour laquelle ce club …s'est fourvoyé sur cette question comme sur d'autres, c'est parce qu'il pensait à une évolution linéaire de la technologie et estimait que les évolutions de la démographie, de la pollution et des besoins suivaient une tendance exponentielle. Cela ne pouvait que conduire à une interprétation catastrophique du futur. Petite erreur d'hypothèse mais grande divergence quant aux résultats ».
Quelles sont, concrètement, les critiques faites au rapport Meadows:  « Il lui est d’abord reproché d’avoir fondé son modèle sur  l’agrégation qui a toujours été considérée comme une démarche appauvrissante bien qu’inévitable en macroéconomie et qui, de ce fait ignore largement les problèmes de structure. Il est également reproché d’avoir appliqué un « principe d’accélération », qui veut qu’un output soit proportionnel à son stock en capital. Il est reproché d’avoir (implicitement) supposé que la même proportionnalité prévalait pour la pollution - qui est aussi un output ! La dernière critique faite est de ne pas avoir prix en compte les phénomènes de prix dans la mesure de la rareté des ressource et d’avoir retenu une hypothèse de croissance exponentielle de la technologie ».

[8] Toutefois la lecture des courbes [(Ecologie - Fayard – 2nd T 1972) - (Figure 31)], montre que si les tendances s’étaient maintenues, tout devait s’effondrer vers les années 2005. Étant donné ce qu’on a constaté, on ne peut qu’émettre des doutes sur la validité du modèle. Le rapport modélisait l’effondrement de notre civilisation, même avec une régulation parfaite des naissances, stabilisant la population mondiale aux 4 milliards d'habitants de 1975, par une égalité des taux de mortalité et de natalité !

[9] En 2000, le prince Hassan de Jordanie, oncle du roi Abdallah II, a été nommé président du club de Rome lors d’une cérémonie à Madrid présidée par le roi Juan Carlos d’Espagne et la reine Sophie.
Le club de Rome est actuellement dirigé par deux Co-présidents : Ernst Ulrich von Weizsäcker et Anders Wijkman. Ils sont assistés de deux Vice-présidents : Roberto Peccei, professeur de physique et Astronomie à l’université de Los Angelès, et  Susana Chaon, professeur de technologie à l’université Monterrey de Mexico,
Son Secrétaire général est : Maxton Graeme, auteur de « Reinventing Prosperity » et son trésorier Reto Ringger, fondateur de la Globalance Boank
On notera quelques membres français en les personnes de Jérôme Bindé, de Jacques Delors ou de Thierry de Montbrial qui a été l’un des auteurs de rapports du Club.
Le Club de Rome a réussi à s'infiltrer au Vatican: L’Académie Pontificale des Sciences a honoré le Club de Rome par la nomination de Hans-Joachim Schellnhuber comme académicien. Le conseil pontifical pour la culture a organisé en mars 2017 un colloque sur "l'eau" avec Ernst Ulrich von Weizsäcker, co-président du Club de Rome, en invitant également Silvia Zimmermann del Castillo,  Joerg Geier, tous les dux également membres du Club de Rome.

[10] Depuis son « rapport meadows », le club de Rome a publié plus de 40 rapports, dont  les plus récents sont « 2052- a global Forecast », (2012) et « Reinventing prosperity » (2016).
De nombreux rapports mettent en avant la crise écologique et les ressources naturelles: « Bankrupting Nature » (2012), - « Factor five » (2010) ou comment transformer l’économie globale par une amélioration de 80% de la productivité des ressources,  « Factor four », ou comment doubler la santé et réduire de moitié l’usage des ressources,  « Taking nature into account » (1995),  « The future of the oceans » (1986)

[11] Les citations ci-dessous sont toutes tirées de l’ouvrage de Joseph STIGLITZ « Pour un commerce mondial plus juste » (Collection « le livre de poche », traduit d’un original publié en anglais en 2005)

[12] Joseph STIGLITZ  ajoute que le « zéro » taxation du commerce n’est pas un dogme et que « la nécessité d’assurer des revenus à l’état peut aussi, dans certaines circonstances, justifier une taxation du commerce ». (p. 72). Il ajoute : « Les institutions internationales ont récemment incité les pays en voie de développement à réduire leurs taxes sur le commerce et à développer une fiscalité indirecte sur les marchandises, comme la taxe à la valeur ajoutée (TVA). Mais de nombreux pays en développement ont de vastes économies parallèles qui échappent à la fiscalité indirecte. » (p. 73)
Joseph STIGLITZ tire quelques leçons de l’histoire pour proposer des principes favorables à un vrai développement. En 1993, l’Uruguay Round prévoyait qu’une « large part des gains devait aller aux pays en développement » (p. 100). En fait, beaucoup des pays les plus pauvres on vu « leur situation s’aggraver à cause de l’Uruguay Round. Selon certaines estimations, il fait perdre aux 48 pays les moins avancés du monde 600 millions de dollars par an… L’une des raisons de cette évolution, c’est que les accords réels et la suite des évènements n’ont pas reflété les scénarios des modèles » (p 101). Ainsi, « après la mise en œuvre des  engagements de l’Uruguay Round, le droit de douane moyen de l’OCDE sur les importations provenant des pays en développement est quatre fois plus élevé que sur les importations provenant de l’OCDE » (p 102). Or, explique Joseph STIGLITZ, « de nombreuses règles limitaient les options politiques des pays en développement (leur politique industrielle par exemple). Parfois, elles interdisaient l’usage d’instruments dont s’étaient servis les pays développés eux-mêmes dans des phases comparables de leur croissance » (p. 102).
Joseph STIGLITZ explique que l’une des raisons pour lesquelles le développement tant attendu s’est en fait effondré, « c’est que, par son mode de fonctionnement, l’OMC est une institution mercantiliste, fondée sur le marchandage, où chacun recherche son propre intérêt ». Le concept même de développement exigerait, dit-il, « de rompre radicalement avec ce mercantilisme et de s’entendre collectivement sur des principes » (p 127).
Pour Joseph STIGLITZ, un de ces principes, c’est que « tout accord qui nuit davantage aux pays en développement ou bénéficie davantage aux pays développés, quand on le mesure aux gains nets en % du PIB, doit être présumé injuste » (p. 139). Il met en garde : « Avec le chômage, la libéralisation des échanges n’est pas nécessaire pour libérer des ressources à l’intention des secteurs les plus productifs. Les travailleurs risquent simplement de passer de secteurs protégés peu productifs au chômage, ce qui réduit le revenu national et accroît la pauvreté » (p 131)
Joseph STIGLITZ consacre un chapitre à la « nécessité d’un traitement spécial des pays en développement, car l’ajustement à de nouvelles règles commerciales a des coûts particulièrement élevés pour ces pays, dont les institutions sont les plus faibles et les populations les plus vulnérables » (p. 44).
Parmi ces traitements spéciaux, « il faudrait que chaque membre de l’OMC accepte d’ouvrir son marché en libre accès à tous les produits de tous les pays en développement plus pauvres et plus petits que lui. Tout pays en développement pourrait ainsi accéder librement à tout marché ayant à la fois un PIB supérieur au sien et un PIB par habitant supérieur au sien. Cette forme de traitement spécial et différencié serait obligatoire pour tous les pays, développés et en développement ». (p. 163). Joseph STIGLITZ explique que cette mesure réaliserait une importante libéralisation générale et en particulier pour les échanges Sud-Sud. 
Elle répartirait les obligations de manière progressive au fur et à mesure que les pays se développeraient (p. 166-167).

[13] 25’05 minute de son discours devant le Zermatt Summit,

[14] L’encyclopédie universalisme définit ainsi cette philosophie : « L'illuminisme désigne un courant à la fois philosophique et religieux qui eut son apogée avec les théosophes du XVIIIe siècle. L'originalité de l'illuminisme tient à la façon dont il considère le problème de Dieu et celui de ses rapports avec l'homme. Elle apparaît, plus essentiellement encore, dans l'importance donnée à la dimension intérieure, au souci de se dégager de l'histoire, du temps et de l'espace. Rien de plus opposé aux méthodes d'autorité de la scolastique que l'illuminisme, dans lequel la personne est appelée à tenir le rôle que lui assigne sa vocation singulière. Chaque être possède sa propre lumière et ses propres ténèbres. Si la vérité est une, elle ne peut toutefois être reçue que selon la capacité de chacun ».