Maudit sois-tu, toi qui n'as rien dit. Ah! Assez de silence...
A force de silence, le monde est corrompu.
(Catherine de Sienne)  [1]

Les organisateurs de « Marchons enfants » ont diffusé des séries d’argumentaires très bien construits pour leur manifestation du 19 janvier. Malgré tout, jamais l’argument de l’écologie n’avait été à ce point exploité, comme si la défense de la dignité de l’homme avait besoin de ce référentiel à caractère idéologique[2].
Stanislas de Larminat, ingénieur, essayiste et bioéthicien, auteur de Climat - Et si la vérité (nous) rendait libre (TerraMare, 2016) analyse la question sur ValeursActuelles.com du 22 janvier 2020.
Nous reprenons le texte exact de cette analyse 

Source : ValeursActuelles.com

Matraquée par la culture ambiante, manipulée par les Greta Thunberg et autres José Bové, la thématique écologique est devenue un incontournable de la pensée contemporaine, en particulier auprès de la jeunesse. Pour autant faut-il utiliser cette idéologie comme argument ? Le risque est de cautionner une contre-culture développée par l’Éducation nationale, les médias et les politiques pour justifier une gouvernance mondiale. On ne peut, à la fois, dénoncer les dérives de l’écologie et se fonder sur elle pour combattre celles d’une prétendue bioéthique.
Regardons dans le détail : la « bioéthique » actuelle prétend vouloir supprimer jusqu’à la mort elle-même. L’écologie prétend, elle aussi, que ses programmes d’éco-gestes éviteront à l’homme la fatalité d’une apocalypse annoncée. Deux formes de péché de toute puissance ! Dans ses dérives subjectivistes et individualistes, la bioéthique fait peu de cas des plus faibles : avec les diagnostics préimplantatoires, ce ne sont pas les maladies qu’on éradique, mais les malades eux-mêmes. Même mépris du pauvre avec l’écologisme, qui impose aux pays les plus faibles de prétendus modes de développement décarboné alors qu’en réalité ces programmes, plus verts que vertueux, éliminent non la pauvreté mais les pauvres, en les enfermant dans une situation économiquement non viable.

Désirs individuels de l’homme-dieu contre l'appel du Dieu fait homme

Quoi d’autre ? La loi de bioéthique répond à des désirs individuels de l’homme-dieu oubliant l’appel du Dieu fait homme. L’écologisme déifie la création, comme pour mieux tuer le Créateur. En matière de bioéthique, les consensus internationaux élaborent des stratégies de Santé reproductive et sexuelle sur des critères niant l’essentialité de l’homme. Ces constructions de consensus datent des années 70-80 qui – faut-il s’en étonner ? – ont surgi dans la société, et même dans l'Église, sous forme d’agressions sexuelles sur des mineurs, ou sur l’embryon. Mais, l’écologisme, avec les mêmes procédures de consensus, rend l’homme responsable des variations climatiques sans que ne soient vérifiés, en détail, les critères de scientificité des systèmes complexes naturels (un consensus n’est pas une preuve). Dès lors, les Objectifs du développement durable de l’ONU cautionnent indirectement l’avortement que Jeffrey Sachs, un de ses rédacteurs, qualifie de low-cost « préférable à de nouvelles vies humaines dans le monde ». Ces amalgames résonnent aux oreilles des  mouvements « nokids », ou « save the planet : kill yourself ».
Parlons enfin de l’amalgame fait par « Marchons enfants » sur les OGM : la manipulation du génome humain est une atteinte à la dignité de l’homme. Mais peut-on parler de dignité du végétal ? Même Laudato si n’a pas condamné les OGM. Pourquoi s’en prendre aux OGM dans un débat sur la PMA ?

Ces quelques rappels – on pourrait en trouver d’autres – offrent de souligner qu’utiliser une batterie de contre-valeurs écologiques pour mieux combattre la PMA n’est pas le référentiel adéquat, loin de là.


[1] Sainte Catherine de Sienne, lettre n° 16 [84], A un grand prélat

[2] Le site internet des AFC met en exergue une de ses affiches : « Non aux bébés transgéniques de labos ». Ce type d’argument fait suite à la campagne « Stop Bébé OGM » de Vita en  2016 et de la Manif Pour tous en 2017 « Après les légumes OGM, les enfants à un seul parent ».

Ces campagnes avaient été contre productives. La ministre, Marlène Schiappa, avait retourné à son profit l’argument en disant à ses partisans que « Comparer les bébés nés après FIV ou insémination à des légumes OGM est profondément offensant pour les enfants et leurs familles ».