"Celui qui contrôle la peur des gens devient le maître de leurs âmes"
(Nicolas Machiavel)

L’écologie génère de telles peurs chez les nouvelles générations qu’on voit se développer des mouvements de repli : NoKids = "n’ayez pas d’enfant" ! KillYourself = "suicidez-vous" ! Ce seraient des éco-gestes par excellence. Le mouvement Hikikomori= "vivez reclus", né au Japon, est plus complexe, mais trouve une même racine dans la peur : Peur de sortir de sa chambre, peur d'aller à l'université et dans le train, car peur de faire pipi, peur de l'autre, peur de tout faire faux… Peur de son corps!
Pour l’anthropologue Cristina Figueiredo, cet enfermement a quelque chose à voir avec le corps. « Il y a quelque chose du physique qui ne peut plus s’engager dans la relation», constate la chercheuse. «Les hikikomoris ne savent plus mettre leur corps en jeu et comme ils ont l’impression de perdre le contrôle de leur corps, ils préfèrent s’enfermer», la chambre représentant «un retour à l’utérus, au foyer rassurant».
Qu’est-ce qu’être Hikikomori ?

Analyse "Les2ailes.com"

Le constat

Mot japonais désignant un état psychosocial et familial concernant principalement des hommes qui vivent coupés du monde et des autres, cloîtrés le plus souvent dans leurs chambres pendant plusieurs mois, voire plusieurs années, et ne sortant que pour satisfaire aux impératifs des besoins corporels. Ils se sentent accablés par la société. Ils ont le sentiment de ne pas pouvoir accomplir leurs objectifs de vie et réagissent en s'isolant de la société.
Né au Japon dans les années 1990, le phénomène touche maintenant 1,2 % des japonais (264 000 cas), essentiellement les garçons. Il commence à gagner la France.
L'hôpital Saint-Anne à Paris, a recensé"au cours des quinze derniers mois, une trentaine de cas qui concernent des adolescents à partir de 16 ans, mais aussi des jeunes gens de 25-30 ans qui ont une vie sociale des plus réduites après avoir eu des difficultés à terminer leurs études supérieures".

Les causes ?

La cause est essentiellement psycho-sociale. Malgré tout, le psychiatre et psychanalyste français Serge Tisseron émet quant à lui une hypothèse"Le hikikomori, dit-il, pourrait représenter à l'adolescence un comportement de repli à l'intérieur de soi qui permettrait de manière inconsciente de gérer les émotions, les conflits, les inquiétudes relatives à l'avenir".
Choisissent-ils cet enfermement ? « Au début, ils répondent que c’est subi et puis ils finissent par dire que c’est un choix. Ils trouvent une forme d’explication en dénigrant la société», observe le Dr Guedj. : « Ils parlent souvent d’une société frappée par le chômage, confrontée à des problèmes écologiques et se disent qu’ils sont mieux dans leur chambre qu’à l’extérieur ».

Avec le confinement, sommes-nous devenus des Hikikomori ?

Certes le courant Hikikomori n’est pas nouveau, mais le confinement imposé pendant la crise sanitaire du corona pourrait bien faire école. Il répond à cette peur de l’autre, peur d'aller à l'université et dans le train.
Il répond à ceux qui ont vécu le confinement comme une période idyllique qui a permis à la biodiversité de se développer en revenant des lieux où elle s’était recroquevillée face à des environnements hostiles, idyllique parce qu’on n’avait plus à supporter les désagréments de la vie sociale, de la voiture, du bruit de la ville, etc…
Pendant le confinement c’est la relation virtuelle qui a pris le relais au détriment des relations entre les personnes. L’acte de charité a atteint une dérive grave en conduisant à ne plus rencontrer les personnes agées, ne plus les toucher ni les embrasser !
Internet a accompagné le retrait et a permis sa durée.
Après deux mois de confinement, certains ont eu du mal à sortir de chez eux.
Natacha Vellut, psycho-sociologue au laboratoire Cermes 3, écrit :

« Le confinement nous a été imposé, donc on ne peut pas parler d’un retrait choisi du monde. Mais, si certaines personnes en ont souffert, il faut bien constater que d’autres ont très bien vécu cette période de réclusion et se sont construits une sorte de bulle dont elles ont aujourd’hui du mal à sortir. Par peur de l’épidémie, évidemment, mais pas uniquement…  Les hikikomori, en se retirant du monde, s’extraient des relations sociales qu’ils ont tendance à juger trop compliquées, trop exigeantes. Que ce soit avec les professeurs, les collègues de travail, et même les amis, toute relation sociale demande un effort qu’ils ne sont plus capables de faire. Les personnes qui ont bien vécu le confinement se retrouvent dans une situation similaire. Il y a eu un allègement du poids que représente le lien social.
Mais ce qui au départ semble une bonne solution pour échapper à l’anxiété peut rapidement devenir un poison : un retrait prolongé du monde accoutume les confinés à un espace-temps très réduit ; les repères temporels se brouillent et la notion d’écoulement du temps disparaît. Les jours se succèdent et se ressemblent tous. C’est un piège, dont on ne se rend pas compte lorsqu’il s’installe, et dont il est compliqué de sortir. Sans un effort de dé-confinement, on se risque de se rendre brutalement compte que le monde a continué d’avancer sans eux ».

Conclusion

Être un hikikomori n’est donc pas un éco-geste, mais la démarche a un ressort commun, celui de la peur, ...de la peur des OGM, du réchauffement climatique, de la disparition de l’ozone, du glyphosate, d’une pénurie d’eau, des virus coronariens, des pesticides, de la 6ème extinction des espèces et des abeilles, de la surpopulation, de la raréfaction des ressources et du jour du dépassement planétaire, de la sixième extinction des espèces, peur pour les générations futures ...? De quoi notre jeunesse n'aurait-elle pas peur?