Refus d’organiser des débats scientifiques contradictoires sur l’écologie, accueil privilégié de notabilités de l’ONU, y compris les plus malthusiennes d’entre elles, soutien à des personnalités connues pour leur théologie de la libération, ... Tel est le constat qu’on peut faire sur la manière dont Mgr Sorondo[1], chancelier de l’Académie pontificale des sciences, dirige cette institution. Comment expliquer cela ? Seule un regard précis sur les actes et les propos permettent de se faire une idée et de comprendre.

Analyse « les2ailes.com »

Les faits qui sont relatés et propos résumés ci-dessous montrent que Mgr Sorondo, d’origine argentine, a une attirance intellectuelle vers tout ce qui ressemble à la théologie de la libération, l’écologie de la libération, la théologie du peuple, bref de ces concepts qui sont très emprunts d’une dialectique encore très marquée par le marxisme.

Difficile toutefois de s’afficher complètement comme tel depuis la chute du mur de Berlin. Mais le marxisme qui voit dans les structures sociales un chemin de salut est aujourd’hui remplacé par un réseau typiquement postmoderne d’instances internationales dans lesquelles Mgr Sorondo se complaît. Il croit, comme on le verra, aux vertus des compromis avec ces organes qui sont aujourd’hui le vecteur d’idéologies malthusiennes et trans-humanistes.

Nous nous appuierons pour comprendre les ressorts d’action de Mgr Sorondo, sur des faits et sur les propos de lui-même ou de ses proches, par exemple :
* les programmes des colloques qu’il organise à l’Académie Pontificale des Sciences,
* les réponses que Mgr Sorondo a fait à des interviews,
* la caution qu’il a apportée aux participants du « Forum International pour l’émancipation et l’égalité » de Buenos Ayres le 13 mars 2015, aux côtés de Léonardo Boff et du philosophe postmoderne et radical italien, Gianni Vattimo.
 * la participation de Mgr Sorondo à des conférences internationales.

Prises une par une, les positions de Mgr Sorondo ne font pas de lui un agent promoteur de la révolution culturelle mondiale actuelle, mais accumulées, on est en droit de se poser des questions. D’autant plus que l’homme est habile diplomate et nous verrons comment il fait une promotion appuyée des propos du Pape François. Or, le Pape a heureusement une cohérence dans la promotion de la doctrine sociale de l’Église, qu’on ne retrouve pas chez Mgr Sorondo, en particulier vis à vis dans sa conception du bien commun. Une chose est certaine, Mgr Sorondo n’aimait pas Benoit XVI, le qualifiant de « meilleur musicien que Pape »[2] !

1- Un cadre intellectuel empreint de vieilles analyses d’essence marxiste

A l’appui de notre analyse, nous reprenons les instructions Libertatis nuntius du 6 août 1984 et  Libertatis conscientia du 22 mars 1986 de la Congrégation pour la doctrine de la Foi qui traitent de l’influence marxiste sur la théologie de la libération.

1.1- Les analyses marxistes à la lumière du magistère

D’emblée Libertatis nuntius explique que « certaines formes de théologie de la libération qui recourent, d'une manière insuffisamment critique, à des concepts empruntés à divers courants de la pensée marxiste », même si, « cette mise en garde ne doit d'aucune façon être interprétée comme un désaveu de tous ceux qui veulent répondre généreusement et dans un authentique esprit évangélique à ‘l'option préférentielle pour les pauvres’ »[3].

Le magistère, dans Libertatis nuntius, fait un certains nombres de reproches à l’analyse marxiste :
« Une action efficace suppose une analyse scientifique des causes structurelles de la misère... mais le terme « scientifique » exerce une fascination quasi mythique »[4].

Ainsi en est-il de la « lutte des classes », de l’expression « conflit social aigu »[5], de concept de proie et de prédateur. tout cela « procèdent à un amalgame ruineux entre le ‘pauvre’ de l'Écriture et le ‘prolétariat’ de Marx »[6].

Mgr Sorondo avait déjà montré sa vision très marxisante de l’économie lors d’un Global Freedom Network en 2014 au cours duquel il mettait en exergue, parmi les causes de l’esclavage, « les raisons économiques, ... la différence sociale entre les riches et les pauvres,... »[7].

Mais ces figures rhétoriques classiques ont surtout été reprises lors du « Forum International pour l’émancipation et l’égalité » de Buenos Ayres, le 13 mars 2015, auquel participa Mgr Sorondo. Ne parlons pas des autres orateurs qui le côtoyaient, à commencer par un des fondateurs de la théologie de la libération, Léonardo Boff, qui se tourna vers Mgr Sorondo pour lui demander de « donner l’extrême onction au capitalisme... et la bénédiction ...à nos projets alternatifs »[8].

Pour Léonardo Boff, il y a peu de place entre d’un côté « les mouvements sociaux populaires » et de l’autre « les conservateurs... dont les casseroles sont pleines ».

La sémantique reprise est celle de « la société citoyenne », des « classes dominantes... et la bourgeoisie réactionnaires ».

Comme tous les marxistes, Léonardo Boff, se sert de boucs émissaires: il chauffe la salle en l’incitant à crier contre Monsanto et Cargill, sous le regard souriant et complaisant de Mgr Sorondo !
Aux côtés de Mgr Sorondo, se trouvait également le philosophe postmoderne et radical italien, Gianni Vattimo [9]. Gianni Vattimo dit que « le Pape devrait être même plus communiste encore »[10]. Il dit avoir inventé le mot « Papintern qui devrait remplacer celui de Komintern, la grande internationale communiste ». Quand Gianni Vattimo parle de la présence  de « quelques indices de Papintern dans ce Forum mondial d’intellectuels », de qui parle-t-il si ce n’est de la présence de Mgr Sorondo assis à côté de lui et qui, au demeurant, applaudira chaleureusement ces propos ? Cette sémantique n’est pas affirmée sur le ton de la blague puis qu’il ajoute : « Je vais être un peu plus sérieux : je dis aujourd’hui ..., si on pense au besoin et à l’utilité d’une internationale communiste actuellement, que le point où doivent converger les regards, c’est le Pape. L’unique force internationale, l’autorité spirituelle et politique en beaucoup d’aspects qui pourrait constituer actuellement le centre non pas d’une internationale communiste de type  Komintern, mais qui pourrait être autour duquel pourraient se connecter les forces anti anti-humanistes et anti-inhumaines ... nous pouvons retrouver un  communisme idéal». Il défend très sérieusement « l’idée que l’Argentine puisse maintenant prendre la tête d’un Papintern qui n’est bien sûr pas exactement un Komintern mais bien une attitude religieuse » et il « entend par religion une émancipation ». Il ajoute que, même si « le Pape n’a pas de divisions (comme Staline l’a dit) ni la puissance d’un état, il peut être le chef d’une internationale communiste » .

En écho à cet appel, on entend le discours de Mgr Sorondo disant lui-même : « les papes peuvent résoudre les problèmes »[11].

Gianni Vattimo appelle à une religion  « qui fonctionne comme un facteur d’émancipation,  qui renonce à sa fonction traditionnelle conservatrice de défense de ce qu’on appelle des valeurs non négociables : la famille, la propriété, la sexualité,.. ».  Parler d’option préférentielle des pauvres est une chose, mais faut-il, pour autant, renoncer à la défense des valeurs non négociables comme la famille ? Comme si le bien commun était divisible. C’est un tout !

Mgr Sorondo ne cache d’ailleurs pas sa proximité avec certains courants marxistes puisqu’il a reçu le Prix Neruda le 12 juillet 2004 des mains de Máximo Pacheco Gomez[12], fondateur de la commission chilienne des droits de l’homme. Cette distinction porte le nom de Pablo Neruda[13], membre du parti communiste chilien qui avait obtenu en 1953 le « prix Staline pour la paix ». Le recevoir est une chose. S’en prévaloir dans les CV qu’il distribue en est une autre. Il fait également publiquement état de sa grande amitié avec Juan Grabois qui ne cache pas son admiration pour la Révolution russe de 1917 et son chef Vladimir Lénine. [13bis]

1.2- Mgr Sorondo et la praxis des théologies de la libération

L’instruction Libertatis nuntius ajoute que « dans la logique de la pensée marxiste, « l'analyse » n'est pas dissociable de la ‘praxis’ et de la conception de l'histoire à laquelle cette ‘praxis’ est liée... Dans cette conception, la lutte des classes est le moteur de l'histoire. L'histoire devient ainsi une notion centrale »[14].

« On tend par là à identifier le Royaume de Dieu et son devenir au mouvement de libération humaine et à faire de l'histoire elle-même le sujet de son propre développement comme processus, à travers la lutte des classes, de l'auto-rédemption de l'homme. Cette identification est en opposition à la foi de l'Église, telle que l'a rappelée le Concile Vatican II ... Quant à l'Église, on tend à n'y voir qu'une réalité intérieure à l'histoire, obéissant elle aussi aux lois qui sont censées gouverner le devenir historique dans son immanence»[15].

Ce qui est reproché au marxisme, c’est que sa « conception totalisante impose ainsi sa logique et entraîne les « théologies de la libération » à accepter un ensemble de positions incompatibles avec la vision chrétienne de l'homme. En effet, le noyau idéologique, emprunté au marxisme, auquel on se réfère, exerce la fonction d'un ‘principe déterminant’. »[16]

En quoi Mgr Sorondo est-il proche de cette théologie de la libération ?

En 2012, dans une interview,  le Cardinal Müller expliquait que, « en ce qui concerne ladite Théologie de la libération, il faut dire que sous cette appellation, il y a de nombreuses instances, très différentes les unes des autres, certaines praticables, d'autres moins... ».

Quels sont donc les différents courants ? Nous reprenons ici une analyse de Nicolas Senèze :
- A partir de la praxis révolutionnaire, partant d’une analyse sociocritique de la réalité à partir du marxisme pour en arriver à une théologie sécularisée. Elle était représentée par le brésilien P. Hugo Assmann (1933-2008)[17].
- A partir de la praxis historique, utilisant la sociologie marxiste pour une transformation radicale de la société.  Elle a été représentée par le péruvien P. Gustavo Gutiérrez[18], que le pape François a reçu le 11 septembre 2013, par le franciscain brésilien Léonardo Boff[19], et le jésuite Salvadorien P. Jon Sobrino[20].
- A partir de la praxis pastorale, adoptant le langage libérationniste et en insistant sur ses fondements bibliques. Elle a été pratiquée par le Cardinal argentin Eduardo Pironion (1920-1981)[21] et reprise ensuite par P. Justino O’Farrell (1924-1981)

Ce thème de l’histoire a été central pendant tout le « Forum International pour l’émancipation et l’égalité » de Buenos Ayres. La session à laquelle participa Mgr Sorondo était d’ailleurs intitulée "Présentation des traditions émancipatrices"[22].

Léonardo Boff évoqua le « mouvement qui vient d’en bas et qui a transformé nos sociétés »

Sa stratégie de libération est « inclusive », c’est à dire consistant à « émanciper les personnes de leurs instincts primitifs ».

« Nous devons lutter pour l’émancipation de millions et millions de personnes ». Quel sens donner au mot « émancipation » ? Pour lui, « il s’agit d’un combat, d’un chemin long et difficile, mais qui s’est montré efficace au cours des 20 ou 30 dernières années en Amérique Latine ». Il ne faut pas accepter « les défaites que le peuple a subi », mais « alimenter ceux qui luttent pour la libération » . Pour lui, l’analyse historique remonte à la colonisation, depuis l’époque Inca. Elle se résume à un « christianisme qui s'est introduit et ce fut le principe de notre misère, le principe de notre esclavage... Ils sont venus châtrer le soleil ».

La formation de Mgr Sorondo est d’ailleurs celle d’un historien. il a enseigné l’histoire de la philosophie tant à l’université du Latran que de la Libera maria SS Asunta. On imagine la critique historique qu’il a dû développer, a posteriori, sur l’histoire de son propre grand-père, ministre de l’intérieur du dictateur argentin Uriburu dans les années 1930.

1.3- Mgr Sorondo et l’écologie de la libération

Depuis que les courants les plus marxisants de la théologie de la libération ont été condamnés par le magistère, leurs grands leaders se sont appuyés sur un autre type d’analyse d’essence écologique. La proie n’est plus la classe prolétarienne, mais les espèces qualifiées d biodiversité, voire la planète elle-même. Le prédateur n’est plus le patron bourgeois, mais l’homo economicus lui même.
C’est ce qui a conduit Léonardo Boff à imaginer un nouveau concept : « l’écologie de la libération va s’ajouter à toutes les autres initiatives en faveur d'une nouveau paradigme de relations avec la nature, avec un type différent de production et avec des formes plus sobres et solidaires de consommation »[23]

Mgr Sorondo, dans sa fonction de chancelier de l’Académie Pontificale des Sciences, invite un nombre considérable d’expert diabolisant ce rôle de l’homme au point de le rendre responsable d’une « sixième extinction des espèces » et d’avoir élaboré le concept d’ « anthropocène ».

Mgr Sorondo ne pouvait donc qu’apprécier la philosophie de Léonardo Boff lors du « Forum International pour l’émancipation et l’égalité » de Buenos Ayres . Léonardo Boff expliqua que l’émancipation populaire inclut « l’émancipation de la terre vivante, la Pachamama[24] ». Il utilisa le vocable d’écocide, évoquant les génocides, en mettant sur le même plan la biodiversité et l’humanité : « Nous connaissons les écocides, qui exterminent des régions écologiques, des systèmes écologiques, et maintenant pouvons assister à des xenocides qui peuvent tuer la terre vivante, cela est inclut dans les possibilités ».

Pour Léonardo Boff, « la vocation primordiale de notre passage éphémère par ce monde, .. consiste à capter la majesté de l'univers, de vibrer avec la beauté de la Terre Mère, la Pachamama, ... source de tout Être ». Pour le prêtre qu’a été Léonardo Boff, même s’il a quitté le sacerdoce dans les années 1992, il y a là une curieuse conception de la « source de tout Être » !

L’écologie de la libération de Leonardo Boff est une « alternative de civilisation » qui « cherche l’équilibre de tous les éléments, en incluant les divinités » !

Dans l’écologie de la libération, on retrouve la même aspiration révolutionnaire que dans la théologie de la libération.
Mgr Sorondo  développe d’ailleurs ce thème de la libération en voyant dans “les béatitudes le discours le plus révolutionnaire de l’histoire. Il n’y a pas de discours révolutionnaire plus émancipateur que le premier discours du Christ ». Pourtant, Jean Paul II avait bien affirmé en 1979 qu'une "conception du Christ comme homme politique, révolutionnaire, comme le subversif de Nazareth, ne correspondait pas à la catéchèse de l'Église". Quant aux Béatitudes, rappelons Benoit XVI : « Dans sa version des Béatitudes, saint Matthieu nous explique toutefois que la simple pauvreté matérielle ne garantit pas à elle seule la proximité de Dieu, car le cœur peut être dur et rempli du désir de richesse... une manière de devenir libre intérieurement[25] Même le Pape François montre que les béatitudes nous appellent à devenir “libres en face des choses... et à apprendre de la sagesse des pauvres”[26].

Mgr Sorondo se croit fidèle au Pape en reprenant l’appel du Pape François aux Jeunes: « Je veux qu’on fasse du chahut ». Mais, ce que ne cite pas Mgr Sorondo, c’est la suite de ce que disait le Pape : «  Semez la confusion ! Mais aussi aidez à gérer et à organiser la confusion que vous créez. [Faites] les deux choses : créez la confusion et organisez-la bien ! Une confusion qui nous donne un cœur libre, une confusion qui nous donne la solidarité, une confusion qui nous donne de l’espérance, une confusion qui naisse du fait d'avoir connu Jésus et de savoir que Dieu que j'ai connu est ma force. C'est ça la confusion qu’il faut créer... organiser la confusion que vous créez pour qu’elle ne détruise rien »[27].

Le Pape François appelle donc à faire du bruit pour évangéliser et non à entrer dans un processus révolutionnaire pour réformer les structures.

1.4- Mgr Sorondo et la théologie du peuple

La seconde manière de recycler les dérives de la théologie de la libération consiste à se référer à une « théologie du peuple ».

Du point de vue pastoral, on peut imaginer une « Église du Peuple » qui ferait des pauvres les destinataires prioritaires de l'évangélisation, ceux vers qui, en vertu de leur condition, se porte d'abord l'amour pastoral de l'Église. Mais, explique l’instruction Libertatis nuntius,  « les théologies de la libération entendent par ‘Église du peuple’ une Église de classe, l'Église du peuple opprimé qu'il s'agit de « conscientiser » en vue de la lutte libératrice organisée. Le peuple ainsi entendu devient même pour certains, objet de la foi » [28].

Les théologiens de la libération ont identifié le Peuple de Dieu au peuple comme classe, la théologie du peuple entend le "Peuple de Dieu" comme les peuples de la terre.

Cette « praxis des peuples » part de l’analyse historico-culturelle et d’une inculturation de la théologie. Elle s’est développée en Argentine avec :
- Le P. Rafaël Tello (1917-2002), le P. Jésuite Juan-Carlos Scannone qui a été professeur de Jorge-Mario Bergolio, futur Pape, et Mgr Fernandez qui continue à beaucoup le conseiller
- Le P. Ludo Gera (1924-2012)[29], et le P. Pablo Sudar, puis par le P. Carlos Galli, qui est également un conseiller du Pape François.

Dans cette perspective, les pauvres apparaissent comme les témoins privilégiés des valeurs que véhicule cette culture commune à tout un peuple. Ils en sont comme les gardiens. 

Lors du Forum auquel a participé Mgr Sorondo, on a trouvé dans la bouche de Léonardo Boff cette idée que, désormais, « nous parlons de libération, une action qui va créer des espaces de liberté à partir d'en bas, depuis le peuple ». Il parle des Mapuches et des indiens qui « se sentent un peuple ».

Leonardo Boff, par ailleurs, se « bat pour la démocratie participative » et le « constitutionalisme écologique » à travers laquelle « la terre et les autres êtres vivants ont des droits, et cela a été déjà approuvé par l’ONU : les Droits de la Terre, les Droits des Êtres Vivants. Tout ça va fonder un autre type de citoyenneté socio-cosmique ». Cette idée de participation du peuple fait oublier qu’elle détruit tous les fondements de la démocratie représentative, qui même avec ses défauts, a de solides vertus.

La Commission théologique internationale s’est saisie de la question dans un document  publié le 10 juin 2014 et intitulé « Le sensus fidei dans la vie de l’Église ». Il s’agit d’une longue réflexion sur ce qu’il faut entendre par Peuple de Dieu[30].

On a beaucoup débattu sur la question de savoir si le Pape François réhabilitait la théologie de la libération à travers la théologie du peuple.
Le Pape n’est pas un populiste, comme certains le disent parfois. Il a un grand sens du peuple, mais ne l’utilise pas à des fins idéologiques, instrumentales, car il a à cœur le bien de chaque personne.

Le « peuple fidèle », catégorie récurrente dans le vocabulaire du pape François, est ainsi porteur d’une profonde sagesse évangélique, d’ordre affectif et existentiel, qui s’exprime en particulier dans la « religion populaire », voire la « mystique populaire ». Sa pensée s’exprime bien ainsi : « L’image de l’Église qui me plaît est celle du peuple de Dieu, saint et fidèle... L’appartenance à un peuple a une forte valeur théologique : Dieu dans l’histoire du salut a sauvé un peuple. Il n’y a pas d’identité pleine et entière sans appartenance à un peuple... Le peuple est sujet. Et l’Église est le peuple de Dieu cheminant dans l’histoire, avec joies et douleurs. ‘Sentire cum Ecclesia’ (sentir avec l’Église), c’est, pour moi, être au milieu de ce peuple. L’ensemble des fidèles est infaillible dans le croire, et il manifeste son ‘infallibilitas in credendo’ à travers le sens surnaturel de la foi de tout le peuple en marche »[31].

Dans Evangelii gaudium, le pape  fait l’éloge du « flair » dont jouit le troupeau fidèle : «  Il a du flair pour trouver de nouvelles voies sur le chemin, il possède le ‘sensus fidei’ dont parlent les théologiens »[32].

2- Mgr Sorondo et sa relation avec les instances internationales 

2.1- Du communisme à la gouvernance mondiale

Le dissident roumain, Radu Portocala en 2003, a analysé les risques d’un retour du communisme sous un autre nom : "l’avenir ne surgit jamais du néant, mais il est une sorte de projection du passé, dont il porte les traces". Il explique que "l’utopie redevient légitime et l’on peut, en son nom, recommencer à organiser l’avenir […] Si un jour le communisme déferle de nouveau sur le monde, son point de départ ne pourra être, cette fois-là, qu’ici, en Occident"[33].

On en voit clairement l’illustration avec le droit-de-l’hommisme qui est l’appareil central de d’une nouvelle forme de dictature démocratique mondiale et le moyen d’instaurer une police de la pensée.

2.2- Quelle attitude avoir vis à vis des structures culturelles d’essence mondialiste ?

La phrase de Benoit XVI dans son dernier ouvrage de 2016, apporte une réponse éclairante à cette question. On lui demande s'il avait accompagné activement l'"ospolitik" de Jean-Paul II. Benoit XVI répond: "La politique de Casaroli, architecte de la politique vaticane sous Jean XXIII et Paul VI) avait fondamentalement échoué. La nouvelle ligne de Jean-Paul II s'inspirait de sa propre expérience vivante, de son contact personnel avec ces puissances et ces forces. Évidemment personne ne pouvait alors espérer que le régîme allait bientôt s'effondrer. Mais il est clair qu'au lieu de chercher à l'amadouer par des compromis, il fallait lui tenir tête. C'était le point de vue de Jean-Paul II et je l'approuvais"[34].

Peut-on extrapoler ce regard et poser la question d’une "ONUpolitik" du Vatican. Face au malthusianisme de l’ONU, faut-il "lui tenir tête", de ne pas amadouer tous ses fonctionnaires (que la Curie a probablement raison de rencontrer) en les amadouant de bonnes paroles et de compromis ?

Mgr Sorondo, à l’évidence, n’incarne pas cette ligne. Il n’est pas probablement pas le seul à influencer le Pape François dans une forme de "culture de la rencontre". Dans ce contexte, Mgr Sorondo trouve plus le temps à négocier et à dialoguer qu’à affirmer la « vérité qui rend libre ». Sa logique est de faire sien le vocabulaire des Nations Unies plutôt qu’à faire usage du propre vocabulaire de la doctrine sociale de l’Église.

2.3- Les interlocuteurs de Mgr Sorondo.

Le choix des participants qu’il invite aux nombreux colloques de l’académie pontificale des sciences est symptomatique du malthusianisme ambiant dans les instances universitaires et mondiales :

a) Jeffrey Sachs

Il a été invité par Mgr Sorondo plus de 12 fois[35] au cours des cinq dernières années. Or cette personnalité de l’ONU prend des positions remettant en cause la dignité humaine : Il a pris position publique sur l'avortement dans son livre « Common wealth : Economics for a Crowded Planet » de 2008, dans lequel il « a fait un plaidoyer pour légaliser l’avortement comme un coût efficace pour parvenir à éliminer "les enfants non-désirés" quand la contraception a échoué. Il décrit l’avortement comme » une option à faible risque et low-cost[36] "préférable à de nouvelles vies humaines dans le monde". Il a aussi écrit avec enthousiasme que "la légalisation de l’avortement réduit significativement le taux global de fertilité en moyenne d’au moins un demi enfant"[37]. Tout cela est-il conforme à la dignité humaine et à la « culture de vie » ?

b) Sir Partha Dasgupta

Il était invité par Mgr Sorondo au colloque sur la biodiversité le 28 février 2017. Il a beaucoup écrit sur la croissance de la population, établissant un parallèle entre la réduction de la fécondité et l'augmentation des richesses et du bien-être. Il a été un haut-parleur à la Banque mondiale, où , en 2003 , il a cité "des scientifiques agricoles" pour attirer "l'attention sur le fait que les perspectives d' avenir de la nourriture disponible pour les habitants les plus pauvres de la planète dépendra essentiellement de notre capacité à gérer le nombre d’habitants et le capital naturel de la planète". Or, gérer le nombre humain n'est plus ni moins un contrôle de la population. Son article louait l'Indice de développement humain (IDH) de la Chine. La politique brutale d'un seul enfant du pays a tenu la population en échec au prix de millions de naissances, et aujourd'hui le Parti communiste dirigeant cherche désespérément à augmenter les taux de fécondité alors que la population active diminue.

Quelques années auparavant, Partha Dasgupta a offert son analyse intitulée "Population Problème: Theory and Evidence" dans un article publié par le Journal of Economic Literature . Dans une longue discussion sur les façons d'amener les êtres humains à vouloir moins d'enfants afin d'abaisser les taux de fécondité, il a conclu: « Quand un enfant devient perçu comme coûteux, nous pouvons finalement avoir l'espoir de réduire les taux de fécondité élevés ».

Partha Dasgupta est également un patron de Population Matters, autrefois connu sous le nom de Optimum Population Trust, qui fait pression en faveur d'une « taille de la population durable », y compris le « renversement de la croissance démographique » dans de nombreux pays. L'une des trois filles de Partha Dasgupta, Aisha, est responsable de l'impact chez Marie Stopes International, l'un des plus grands fournisseurs d'avortement au monde. Elle est démographe principale, particulièrement intéressée par le lien entre le développement, l'environnement, la population et la planification familiale. Aisha Dasgupta a travaillé avec Jeffrey Sachs (et sa femme Sonia) à l'Earth Institute

c) Lord Martin J. Rees
Il était invité par Mgr Sorondo au colloque sur la biodiversité le 28 février 2017. Ce scientifique de l'Université de Cambridge prétend n’avoir « aucune croyance religieuse du tout », mais a reçu le prix annuel Templeton récompensant le « progrès vers la recherche ou découvertes sur les réalités spirituelles » en 2011 pour les idées qu'il a apporté à la perception de l'homme de la dimension de la réalité physique. Martin J. Rees est concentré sur la « perturbation » que l'homme a apporté à la Terre simplement à cause de son nombre et donne seulement une chance de  "50-50" que la civilisation ne dépassera pas le 21e siècle.

d) Mathis Wackernagel
Invité par Mgr Sorondo au colloque sur la biodiversité le 28 février 2017, son discours a porté le titre sobre « Global footprint » (empreinte globale de l’homme). Avec le professeur William Rees de l'Université de la Colombie-Britannique, ce défenseur suisse de la « durabilité » a inventé le concept de « l'empreinte écologique » de l'homme. Chaque être humain comme un prédateur nuisible dont l'impact sur la nature peut être quantifié et devrait être réduit. Wackernagel a ensuite créé le Global Footprint Network.Il a également vanté la notion de "dépassement", c’est à dire de la date à laquelle la population mondiale vit « à crédit » sur la capacité de son environnement.

e) John Bongaarts
Le sujet qu’il a été invité à traiter par Mgr Sorondo le 28 février 2017 était : « Population: état actuel et perspectives d'avenir ».

Il est vice-président du Population Council, ONG basée à New York fondée par John D. Rockefeller III en 1952. Profondément enracinée dans le mouvement eugénique, cette ONG a financé et développé le stérilet en cuivre, qui agit comme un dispositif abortif précoce, et a continué à travers les années à promouvoir et la recherche sur les contraceptifs à long terme tels que Norplant, Jadelle et Mirena.

En 1982, le laboratoire français Roussel Uclaf a développé la pilule abortive RU 486 en partenariat avec le Population Council et participé à des test précliniques aux USA en 1993 . C’est au Population Council que, en 1994, Roussel Uclaf  a cédé ses droits sur  cette pilule que le Professeur  Jerome Lejeune appelait le « pesticide antihumain ».

Dans un récent article paru dans Nature, John Bongaarts a remis en cause  les "rôles traditionnels de genre", et s’est aussi opposé à la position de l’Église catholique en matière de contraception. Il a également listé les endroits  « où des services légaux et sécuritaires d'avortement devraient être mis à disposition ».

f) Paul Ehlrich

Dans un entretien accordé à The Observer quelques jours au colloque auquel Mgr Sorondo l’a invité sur la biodiversité, Paul Ehlrich a déclaré « Avec un milliard d’hommes, on aurait une population durable pendant de nombreux millénaires, ce qui permettrait d’assurer la préservation de beaucoup plus de vies humaines sur le long terme par rapport à notre croissance actuelle incontrôlée, et la perspective d’un effondrement subit ».

g) Pierre Lena

C’est un invité permanent de Mgr Sorondo qui l’a fait nommer académicien pontifical.
Au colloque de l’Académie sur la COP 22 en septembre 2016, Pierre Lena a inversé la doctrine de l’Église en matière d’éducation. Jean-Paul II rappelait "le droit-devoir des parents d'éduquer leur progéniture est quelque chose d'essentiel ...d'irremplaçable et d'inaliénable, qui ne peut donc être totalement délégué à d'autres ni usurpé par d'autres"[38]. Pierre Lena renverse la logique et appelle à développer des "écoles actives et inclusives[39], où les solutions locales sont explorées, inventées et analysées, mises en œuvre et analysées par les élèves". Il aspire à "équiper le mouvement des étudiants de bas en haut". Cette idée rappelle celle de Vincent Peillon disant que "l’école est un instrument de l’action politique"[40].

g) Laurence Tubiana

Fondatrice de l’Institut français  du Développement durable et des Relations Internationales (IDDRI). Elle était invitée par Mgr Sorondo le 22 juillet 2015 au symposium « Prospérité, Peuples et Planète dans les villes ». Professeur à Sciences-Po de Paris, elle a signé, en 2014, un rapport en commun avec Jeffrey Sachs sur « les voies de la dé-carbonisation profonde ». C’est une féministe pour qui le droit des femmes ne peut pas passer par des "fermetures de centres IVG"[41]. Elle fait la promotion du gender en rejoignant "plus de 130 femmes leaders réunies à New-York pour faire la démonstration de leur engagement pour une action sur le climat avec une sensibilité pour le gender"[42].
Elle est co-auteur d’un livre sur "la réduction des inégalités : Un défi pour le développement durable"[43]. Dans ce livre, la page 22 commence un chapitre sur "les causes et les contextes d’inégalité" qu’elle explique par les inégalités de "genre". Page 105, elle pose la question : "Comment peut-on ralentir l’expansion de la population humaine ?". Sa réponse suit : "Notre faisons l’hypothèse que l’égalité de genre figurera dans les réponses à cette question de manière plus prononcée que les autres aspects d’égalité économique ou politique". Elle cite Engelman pour qui "l’égalité de genre est une clé primordiale, avec l’accès sain et effectif à la contraception et à l’avortement, pour stabiliser le niveau de la population mondiale. L’égalité de genre a au moins un autre avantage que celui des bénéfices à la fois pour les espèces humaines et non humaines, celui de la baisse des émissions de carbone ". 
Page 127, elle fait la promotion de la « santé reproductive ».

h) Joan Clos

Maire de Barcelone, sous secrétaire général de l’ONU, il a également été invitée par Mgr Sorondo le 22 juillet 2015 au symposium « Prospérité, Peuples et Planète dans les villes ». Il préfacé un document édité en 2013 par « UN-Habitat » dont il est le Directeur exécutif : « advancing Youth civic- engagement and Human rights ».
Au chapitre 3 concernant "la jeunesse en tant que détentrice de droits", le document propose un plan quinquennal d’action pour la jeunesse, "incluant... la protection des droits, et de l'éducation, y compris sur la santé reproductive" (page 21)[44]. Le document ajoute qu’il y a « une réelle urgence à exhorter les gouvernements et les États membres à protéger "les droits fondamentaux des adolescents et des jeunes d'avoir le contrôle et de décider librement et de façon responsable sur les questions liées à leur sexualité, y compris la santé sexuelle et reproductive" » (p 22).
Ce document fait globalement l’éloge du "Braga Youth Action Plan- BYAP" conclu à Braga (Portugal) du 2 au 7 août 1998.  Ce "forum mondial de la jeunesse" avait adopté une "charte pour la jeunesse africaine - AYC", puis, en 2005, les états membres de la "Iberoamerican Youth Organisation - IYO" avaient adopté et signé une "Convention des droits de la jeunesse - ICRY" dont l’article 14 « accorde à la jeunesse le droit à l’identité et la personnalité individuelle incluant l’orientation sexuelle comme composante de leur identité et de leur personnalité » et dont l’article 25 fait ouvertement la "promotion de la santé reproductive et sexuelle".

i) Aromar Revi

Autre invité était invitée par Mgr Sorondo en 2015 au symposium « Prospérité, Peuples et Planète dans les villes », ce directeur de l'Institut indien des établissements humains et co-président du Groupe thématique urbaine de SDSN, Aromar Revi est membre du conseil de surveillance d’un programme de la Fondation Rockefeller.

j) Vuc Jeremic

Ministre des affaires étrangères de Roumanie, il a présidé l’Assemblée générale de l’ONU. Cet autre invité de Mgr Sorondo au symposium « Prospérité, Peuples et Planète dans les villes » a signé, en 2014,  avec Jeffrey D Sachs, un document "Les Nations Unies à l’ère du développement durable"[45] faisant la promotion de 10 objectifs, dont le n°2-c comprend "la réduction volontaire rapide de la fertilité par la réalisation des droits à la santé reproductive dans les pays dont les taux de fertilité sont au dessus de 3 enfants par femme et par la continuation de la réduction volontaire de la fertilité dans les pays où les taux globaux de fertilité sont au dessus du niveau de renouvellement ». L’objectif n° 5-a encourage également "la santé reproductive, le planning familial,... ".
Vuc Jeremic a été intronisé comme un des "Young Global Leaders Classe" lors du forum de Davos en 2013.

f) Valeria Mazza

Pour son symposium  « Prospérité, Peuples et Planète dans les villes », Mgr Sorondo avait invité l'ancien top-modèle Valeria Mazza[46], épouse de Alejandro Gravier, homme d’affaire argentin et ami proche d'Albert de Monaco. Pour rendre sa stratégie séduisante, Mgr Sorondo a donc voulu donner dans le show-biz ! A moins que Alejandro Gravier[47] ne soit le mécène qui a financé tout le colloque, puisque le Vatican a indiqué que le symposium a représenté un coût de 120 000 euros, "mis à la disposition de l’Académie par un mécène du secteur privé"[48].  On aimerait savoir qui est le mécène en question ?

 

Les personnalités que Mgr Sorondo invite et rencontre ne sont pas seulement des interlocuteurs. Il compare les scientifiques à des médecins de la terre et il choisit pour cela des « amis »  car, il considère que le « dialogue dans un climat d’amitié est très important pour comprendre les problèmes. Toujours avec l’image du médecin, vous cherchez à trouver un médecin qui soit un ami »[49].

Voilà un aveu qui montre que toutes ces personnes qu’il invite sont en quelque sorte ses « amis », aussi malthusiens soient-ils !

2.4- La stratégie de négociation de Mgr Sorondo

Nous ajouterons à cette liste impressionnante, la présence de Ban ki Moon en personne, secrétaire général de l’ONU au colloque sur le climat d’avril 2015. Qu’est qui anime Mgr Sorondo ?

Sa stratégie a souvent été critiquée, en particulier par des mouvements pro-vie américain, quelque fois maladroits dans leurs arguments.
Ce qui est symptomatique c’est d’écouter les réponses de Mgr Sorondo.  Dans une interview du 21 avril 2015, le Chancelier de l'Académie Pontificale des Sciences, Mgr Sorondo Sanchez a expliqué le genre de compromis qu’il espérait : « il y a la promesse de Ban Ki-Moon, il y a la promesse de Sachs, qui est en charge de la nouvelle formulation du texte des objectifs du Millénaire. Nous demandons que dans la partie du document sur l'exclusion sociale soient mises en évidence les nouvelles formes d'esclavage, comme le travail forcé, la prostitution, la vente d'organes, peut-être même le trafic de drogue. Nous montrons que nous voulons défendre la famille... La prostitution - c'est l'exemple le plus frappant - porte une atteinte grave à la vie de la famille, ainsi que les soi-disant voyages de tourisme sexuel. Nous avons donc demandé à nos contre-parties de signer la déclaration sur les nouvelles formes d'esclavage, mais à ce jour ils ne l'ont pas fait ».
La compromission de Mgr Sorondo Sanchez dans une reconnaissance de la prétendue cause humaine du réchauffement climatique a-t-elle été payée de retour?

Hélas non ! Dans le document adopté à l'Assemblée Générale de l'ONU, l'objectif n° 8.7 est apparu appelant à : "prendre des mesures immédiates et efficaces pour supprimer le travail forcé, mettre fin à l’esclavage moderne et à la traite d’êtres humains, interdire et éliminer les pires formes de travail des enfants, y compris le recrutement et l’utilisation d’enfants soldats, et, d’ici à 2025, mettre fin au travail des enfants sous toutes ses formes". En revanche, rien n'est dit sur la prostitution ni le tourisme sexuel. Fallait-il donc croire en la promesse de l'ONU?

Mgr Sorondo a également justifié le colloque qu’il a organisé sur le trafic d’organe en 2017. Il a été critiqué pour avoir invité la Chine. Certains jugeaient le “système de transplantations d’organe de Pékin dénué d‘éthique“.  Certes, ce type de colloque a pour but de montrer à la Chine que le Vatican n’est pas un état qui cherche à renverser le gouvernement chinois à travers l’Église du Silence. Le Vatican a pu vouloir montrer que le Vatican est une plateforme de dialogue. Mgr Sorondo a répondu que ce type de conférence est “un exercice académique et non la reprise d’affirmations politiques litigieuses“ et que le trafic d’organes a toujours été comparé par le pape François à “une nouvelle forme d’esclavage“.
Tout cela n’est pas faux, mais il n’en n’est pas tout à fait ainsi quand il s’agit d’écologie, car Mgr Sorondo ne se fait pas l’écho de questions qui relèvent de la dignité de l’homme, mais de questions scientifiques sur lesquelles l’Église n’a pas à prendre parti.

2.5- La dynamique du Consensus, au mépris de la véritable confrontation scientifique

Force est de reconnaître que les statuts de l’Académie Pontificale des Sciences intègre la mission d’organiser des colloques réunissant des politiques et des  représentants d’institutions pour approfondir les « questions morales, sociales et spirituelle » et tout ce qui « est la base du développement humain... » (art 3-c).

a) Une logique mondiale de consensus

En revanche, au plan scientifique, on peut regretter que Mgr Sorondo dirige son institution en refusant tout débat contradictoire.
Il se plie à la logique des institutions internationales. Il n’est qu’à constater une des rares colères dans laquelle Mgr Sorondo est entré quand un interlocuteur imprévu[50] s’était interrogé sur le sens à accorder à ce concept de consensus. Mgr Sorondo avait tout fait pour interrompre un discours montrant
- que Hans Corell, secrétaire général adjoint de l’ONU pour les affaires juridiques, expliquait en 2002 que : « dans la pratique des Nations Unies, les expressions “sans vote”, “par consensus” ... sont... synonymes et donc interchangeables ».
- que le "GIEC travaille par consensus" comme c’est écrit dans le communiqué de presse du GIEC n° 2015/19

Or, en sciences, le consensus n’a pas sa place. Seules les preuves comptes. Le consensus n’est en sciences que la soumission à un argument d’autorité. ... Le plus faible des arguments qu’on puisse imaginer en logique.

b) Une Académie soucieuse de renforcer le consensus

Mgr Sorondo a parfaitement compris comment appliquer une procédure d’élaboration de consensus : il suffit de ne pas inviter les représentants du dissensus. Le grand perdant de cette stratégie est la science qui ne progresse que par confrontations

C’est ainsi qu’en matière de climat, les seuls académiciens spécialisés en climatologie sont tous des intervenants dans les publications du GIEC :
Veerabhadran Ramanathan, de Californie, qualifié de « report review editor » au GIEC
- Paul Crutzen est un prix Nobel de Chimie qui avait participé à une conférence du Giec à Lima en 2011 sur la géo-ingénierie suggérant d'injecter artificiellement des particules de sulfate dans la haute atmosphère - la stratosphère !
- Le dernier nommé comme académicien, sur l'instigation de Mgr Sorondo  et quelques jours après la publication de Laudato si, a été Hans Joachim Schellnhuber, fondateur de l'Institut de climatologie de Potsdam proche du Giec. Cette nomination était un bien triste signal puisque, le 12 mars 2009, lors d'une réunion préparatoire au sommet climatique de Copenhague et à propos des conséquences d'une hausse moyenne des températures de 5 degrés Celsius, Hans Joachim Schellnhuber s'exclama: "De manière cynique, c'est un triomphe pour la science car, au moins, nous sommes parvenus à stabiliser quelque chose,, à savoir l'estimation de la capacité d'accueil de la planète, c'est à dire un milliard de personnes. Quel triomphe! D'un côté, voulons-nous en arriver là ? Je pense que l'on peut faire bien mieux !".Le Potsdam-Institut für Klimafolgenforschung (PIK) de Hans Joachim Schellnhuber est connu pour avoir fondé un autre institut de recherche sur le changement climatique financé par le Qatar.  Cet accord [50 bis] a été signé le 5.12.2012 en présence de Faisal Al Suwaidi et HH Sheikha Moza bint Nasser [50ter], mais aussi de Ban Ki-moon, secrétaire général de l'ONU, et de Christiana Figueres, responsable de la CCNUCC. On ne peut donc pas dire que J. Schellnhuber soit un scientifique ordinaire. C’est plutôt un acteur politique. Toutes les sources de financement sont bonnes pour lui.
- Mgr Sorondo trouvera un nouvel allié en la personne du nouveau Président de l'Académie, l’Allemand Joachim von Braun, que le Pape a nommé le 21 juin 2017.  Il a été membre du conseil scientifique consultatif européen (SAB-Scientific Advisory Board) de « L'initiative de programmation conjointe sur l'agriculture, la sécurité alimentaire et le changement climatique (FACCE-JPI) » lancé en 2010. Il a ainsi participé à un « agenda stratégique de recherche » consistant à « Intensifier les systèmes agricoles durables » tout en contribuant à « atténuer les changements climatiques ».  

Voilà les bases sur lesquelles Mgr Sorondo a rassuré Nicolas Hulot le 21 novembre 2013, en l’assurant qu’en accord avec l’analyse de ses experts, le Saint-Siège était persuadé lui aussi de la réalité des dérèglements climatiques et de la responsabilité des activités humaines sur ce fait : « Ce sont nos experts qui ont lancé le terme d’anthropocène pour désigner la nouvelle ère dans laquelle nous entrons, celle où les activités humaines sont capables désormais d’impacter même le climat et l’avenir de la planète », avait-il expliqué avec énergie.

c) Le refus de tout dialogue contradictoire

On ne peut que regretter la totale incapacité de Mgr Sorondo à prendre au sérieux l’appel de Laudato si qui rappelle que l’Église "n’a pas la prétention de juger des questions scientifiques … mais invite à un débat honnête et transparent"(§ 188). Pourquoi  l'Académie Pontificale des Sciences n'a-t-elle jamais organisé de débat contradictoire ("honnête"), et public ("transparent") ? Ce refus est un parti pris évident. Lorsque Stanislas de Larminat a été invité à l'Académie Pontificale des Sciences le 28 septembre 2016 pour le colloque "Laudato Si’ and the Path to COP 22", Mgr Sorondo l'a interrompu à trois reprises pour l'empêcher de demander un débat contradictoire. Et lorsque Stanislas de Larminat  lui a demandé un entretien particulier pour justifier cette demande, celui-ci lui répondit: "Comme vous le comprendrez, l'Académie Pontificale des Sciences suit le magistère du Pape François sur le changement climatique comme formulé dans l'encyclique Laudato Si (paragraphe 23). Donc, je ne suis intéressé par aucune théorie démentant le changement climatique" [50 quart]. Pour mieux occulter que la mission de l'Académie est de conseiller le Pape au plan scientifique, Mgr Sorondo fait croire que c'est le Pape qui aurait dicter sa vision scientifique à l'Académie!   

2.6- Mgr Sorondo, instrumentalisé par les grands organisateurs de forum mondialistes

Malgré cette absence totale de recherche de vérité scientifique, Mgr Sorondo se répand dans un grand nombre de colloques internationaux, cautionnant les thèses scientifiquement correctes et faisant croire que l’Église cautionne le fameux consensus scientifique.

Citons simplement la présence de Mgr Sorondo aux manifestations suivantes :
- outre le « Forum International pour l’émancipation et l’égalité » de Buenos Ayres le 13 mars 2015, largement évoqué précédemment
- le « Forum d’Engelberg » de Claude Béglé [51],
- le « Global Freedom Network », de la « World Policy Conference »[52] de Thierry de Montbrial, en 2015[53],
- le « World Science Forum -2005 »[54]

Il faut également souligné les fonctions que Mgr Sorondo a accepté, en particulier comme membre du Leadership Council au Sustainable Development Solutions Network présidé par Laurence Tubiana et dirigé par Jeffrey Sachs.

3- Conclusion

3.1- La vrai doctrine chrétienne de libération

Dans l’instruction Libertatis conscientia, la congrégation pour la doctrine de la foi a tenu à énoncer « les principaux éléments de la doctrine chrétienne sur la liberté et la libération »[55].

Dès l’introduction, l’instruction se place sous la thématique de « la vérité qui nous libère ».

Il ne s’agit pas tant de libérer les pauvres que de reconnaître la « liberté des petits et des pauvres .... Cette réalité des profondeurs de la liberté, l'Église l'a toujours expérimentée à travers la vie d'une foule de fidèles, spécialement parmi les petits et les pauvres. Dans leur foi ceux-ci savent qu'ils sont l'objet de l'amour infini de Dieu.... Telle est leur dignité qu'aucun des puissants ne peut leur arracher; telle est la joie libératrice présente en eux»[56]

La seule « praxis » que nous assigne le Christ est : « la praxis chrétienne, qui est la mise en œuvre du grand commandement de l'amour »[57].

Il y a dans la doctrine sociale de l’Église une véritable « primauté des personnes sur les structures »[58].

3.2- Le rôle de la diplomatie vaticane

Les diplomates du Vatican ont acquis des positions de pouvoir et d'influence comme ce n'était jamais arrivé sous le pape Benoît. Ce n'est pas le choix du cardinal Pietro Parolin, diplomate de longue expérience, comme secrétaire d'État, qui prouve l'influence des diplomates, mais c'est quand les diplomates de longue date comme Mgr Sorondo sont choisis pour des postes non diplomatiques comme la chancellerie de l’Académie Pontificale des Sciences qui devrait être au cœur du débat scientifique et non de la diplomatie avec l’ONU. Ces détails ne doivent pas être sous-estimés[59].

Certes, le Pape François, dans son Exhortation apostolique Evangelii gaudium, a dit que,  « en certaines circonstances il [l’évêque] devra marcher derrière le peuple, pour aider ceux qui sont restés en arrière et – surtout – parce que le troupeau lui-même possède un odorat pour trouver de nouveaux chemins » (§ 31)

Toute la question est de savoir si quelqu’un comme Mgr Sorondo aide véritablement l’Église à trouver de nouveaux chemins.

 

[1] Mgr Sorondo est né en 1942  à Buenos-Ayres. Il a été ordonné prêtre en 1968 et a suivi des études de philosophie à l’université de Pérouse. Professeur d’histoire de la philosophie à l’université du Latran de 1976 à 1998,  dont il est devenu le doyen. Entre 1998 et 2014, il a été professeur d’histoire de la philosophie à la Libera Universita Maria SS Assunta de Rome. En 1998, il a été nommé chancelier de l’Académie Pontificale des Sciences et consacré évêque en 2001 par Jean-Paul 2.
Il est issu de grandes familles argentines.
Il descend, par sa grand-mère, d’un ancien gouverneur de Buenos Aires entre 1890 et 1893, Julio-Alejandro COSTA ISLA, (1854-1939). 
Le grand-père de Mgr Sorondo était Matias Guiermo SÁNCHEZ SORONDO (1880-1959), avocat et ministre de l’intérieur du gouvernement Uriburu. 
Il a été reconnu comme ayant organisé, dans les années 1930, la répression du communisme  avec une Section spéciale dépendant de la police fédérale, qui mena une dure politique d’expulsions, d’emprisonnements et de tortures pour tous les manifestants et opposants au régime militaire. Il eut de Micaela COSTA PAZ (1885-1975), son épouse :
a) Guillermo SÁNCHEZ-SORONDO COSTA-PAZ, époux de Maria- Eloísa BERISSO OBEJERO, dont :
   aa) Guillermo SÁNCHEZ-SORONDO BERISSO, époux de Maria-Soledad ALBERDI WALKER, dont  quatre enfants : Guillermo, Pia, Diego et Sofía
b) Marcelo SÁNCHEZ-SORONDO COSTA-PAZ (1912-2012), époux 1°) de Amalia MORENO BUNGE (1913-1950), 2°) de rosa-Maria ELIA HARILAOS (o 1912), dont de son 1er mariage:
   ba) Dolores SÁNCHEZ-SORONDO, épouse de Mariano-Miguel BOSCH SEEBER, dont 8 enfants
   bb) Gonzalo SÁNCHEZ-SORONDO, époux de Susana-Pereyra IRAOLA ROMERO, dont 2 enfants
   bc) Santiago SÁNCHEZ-SORONDO, époux de Maria-Teresa BOSCH SEEBER, dont 10 enfants
   bd) Marcelo SÁNCHEZ-SORONDO (o 1942), évêque et chancelier de l’Académie Pontificale des Sciences
   be) Maria de los Angeles SÁNCHEZ-SORONDO, épouse de Carlos-Luis BOSCH AGOTE, dont 7 enfants
   bf) Fernando SÁNCHEZ-SORONDO, époux de Maria-del-Carmen GALVEZ FERRER, dont 1 enfant

[2] Discours de Mgr Sorondo au « Forum International pour l’émancipation et l’égalité » de Buenos Ayres le 13 mars 2015.

[3] Libertatis nuntius - (Avant propos)

[4] Libertatis nuntius - (VII-2 à 4)

[5] Libertatis nuntius - (VII-8)

[6] Libertatis nuntius - (IX-10)

[7] Interview de Mgr Marcelo Sánchez Sorondo, au  Global Freedom Network - 22.12.2014

  1. Do you think that slavery has economic or spiritual causes ?
  2. Slavery has a lot of causes. Obviously, the economic reasons are the most important.Now, also disappointment is added : people are greatly disappointed with moral values, with religion, with very important things that were fundamental some years ago. Also, the social differences between the rich and the poor. Like the young people of the occupy Wall Street movement, they said, « We’re the 99% » because there’s a 1% of the population that has a lot of money doesn’t know how to spend it. They think that all human beings, and Mother Nature in general, are at their service.
  3. Do you think this problem can be fixed ?
  4. Human trafficking can be solved to some extense. It would be great to live in a world where human beings, their freedom and dignity are always respected, and where they can have a job and everything they want. That’s the ideal. Maybe eventually we get to that perfect stage. But now, at least in our global world, ther are some people that enjoy globalization, because in some spaces globalisation has no rules yet. The so called human traffickers through drugs, prostitution, forced labor, and the trafick of organs or of children get advantages of the spaces without regulations to make money. These people are getting rich with globalization. What we want is that the Pope’s vision now also shared by all religius leaders that human traffics is a crime against Humanity may be also recognized by all countries international organiszations, and by alla those who have an important responsibility.

[8] Nous annexons,  ici, en exclusivité, une traduction de l’intervention de Léonardo Boff au « Forum International pour l’émancipation et l’égalité » à Buenos Aires, 13 mars 2015 (« Présentation des traditions Émancipatrices »)

« Bonsoir à tous et à toutes,
Je veux remercier le Ministère de la Culture, par l’intermédiaire de Forster [NDLR : philosophe, historien des idées et critique politique, professeur et chercheur aux universités de Buenos Ayres et de Maryland] et Homero [NDLR : poète, journaliste et homme politique, directeur de cinéma argentin], qui ont organisé ce forum splendide et aussi aux contributions qui ont été ici réalisées.
J'attendais que Monseigneur vienne, pour donner l'extrême-onction, l'extrême-onction au capitalisme évidemment. Et la bénédiction à tous nos rêves et projets alternatifs.
Je viens d'un très petit pays, qui est limitrophe de tous les autres pays, seulement deux pays n’en sont pas limitrophes. C’est le Brésil.
Ce moment et cette heure sont très importantes pour notre pays, parce que dans 35 villes il y a de grandes manifestations en faveur de la démocratie et de la présidente Dilma  (Voix du public : le peuple uni ne connaît jamais la défaite), [NDLR : Dilma Rousseff, présidente de la République du Brésil de 2011 à 2016. Elle a été destituée par le Sénat au terme d’une procédure controversée pour maquillage des comptes publics] qui a les mêmes mésaventures que Cristina [NDLR : Cristina Fernandez de Kirchner, présidente centre-gauche de l’Argentine de 2007 à 2015. En mai 2016, elle a été inculpée par un juge, suspectée d’avoir manipulé la banque centrale durant les derniers mois de son mandat présidentiel]. Il y a alors une alliance très importante entre ces deux femmes, qui se connaissent et sont amies, et imaginent ensemble des alternatives pour l'Amérique latine. Aujourd'hui,  ce sont les mouvements sociaux populaires. Ce dimanche, ce seront les conservateurs, la bourgeoisie, ceux qui on fait il y a quelques jours un concert de casseroles. Mais leurs casseroles, étaient pleines, et elles n’ont pas fait de bruit (rires).
Et ce dimanche ils vont faire une grande manifestation en demandant la destitution de la Présidente, qui vient de prendre le pouvoir en janvier. Il y a un affrontement que nous avons écouté ici ces jours, entre hier et aujourd'hui, entre les forces de droite nationales qui se recomposent,  avec les forces internationales,  qui n'acceptent pas le nouveau mouvement qui vient d’en bas et qui a transformé nos sociétés. Au Brésil, il y a beaucoup de haine, de la colère publique, comme il n’y a jamais eu dans notre histoire. Dans les journaux, dans les chaînes sociales, par tout dans les  médias, une haine contre le PT, contre le Parti des Travailleurs. Mais si nous analysons un peu mieux,  ce n'est pas de l’haine contre un parti politique, c'est la haine contre les projets sociaux que ce parti a favorisé et qui ont permis que en huit, douze ans, une population de taille de l’Argentine soit incluse dans la société, la société citoyenne.
Les classes dominantes, riches, n'acceptent pas cela. Elles haïssent les pauvres, spécialement les « nordestinos », ceux qui vivent dans le nord-est du Brésil. Et, là-bas, il y a environ 40 millions de personnes qui y habitent, qui  subissent une sécheresse comme jamais dans notre histoire, une sécheresse  qui dure déjà 5 ans, une sécheresse terrible. Dans le passé, ils envahissaient d'avance les villes à cause de la faim, par nécessité, et maintenant ils sont tranquilles dans ses maisons parce qu'ils ont la « Bolsa Familia » [NDLR : Le programme Bolsa Familia distribue de l'argent aux ménages pauvres à condition que les enfants fréquentent l'école], ils ont l'eau, ils ont le minimum essentiel pour pouvoir survivre grâce à ces projets d'inclusion, ces projets sociaux.
Ces groupes qui sont très forts, nous avons une bourgeoisie des plus réactionnaires du monde, selon Darcy Ribeiro, qui était un grand anthropologue du Brésil, et un socialiste et homme de gouvernement. Il disait que ce sont les élites les plus réactionnaires et stupides du monde, et selon la Banque Mondiale, sont les élites qui accumulent le plus, plus que les élites nord-américaines, anglaises, européennes. C'est une accumulation terrible. 5000 grandes familles accumulent la richesse de 46 % du revenu national.  C’est un scandale, une honte. Ils vivent des revenus, ils ne font pas d'investissements pour la production, ils font des investissements spéculatifs  qui consistent à gagner de l'argent sans travail. Et ces personnes contrôlent la société, les grandes chaînes, les grands journaux, la télévision.

Je crois que la télévision “Globo” que l'on peut tranquillement regarder ici à l'hôtel et en Amérique centrale, tous ses programmes, les infos, les séries, elles conditionnent les esprits. La famille de “Globo”,  formatent les esprits brésiliens plus que tous les réseaux d'écoles et d'universités que nous avons. Telle est la puissance de pénétration, soit par la télévision, par la radio, par le plus grand journal du pays, et d'autres formes de communication. Ils alimentent cette haine qui vient d’en bas, qui n’appartiennent pas au peuple brésilien, mais qui est produite et qui peut créer une division très profonde dans notre société.
Alors notre stratégie consiste à démonter cette haine, à développer l'esprit des béatitudes, dont Monseigneur a parlé. Nous pouvons avoir une autre stratégie qui soit profondément humanitaire, inclusive, c’est à dire, d'émanciper les personnes de ses instincts primitifs, d'exclusion, de déshumanité.
Je vais au sujet : j’ai préparé ici un texte un peu rigoureux auquel j’ai pensé: Forster [NDLR : philosophe, historien des idées et critique politique, professeur et chercheur aux universités de Buenos-Aires et de Maryland] va probablement faire un compte-rendu en citant des sources, donc je dois être très sérieux, mais ce n’est pas grave si je ne fais pas un discours scientifique.
Mais quelques données sont nécessaires, je crois sincèrement que l'émancipation, l'égalité, n'existent pas encore sous forme suffisante. C'est un projet que nous devons conjointement construire, de façon communautaire, parce que les données que nous avons et la situation du monde font tout un scandale.
Hier, Chomsky nous a parlé un peu pour nous faire peur, mais sur de bonnes bases, que nous vivons sous deux dangers, deux menaces fondamentales : l'une, nucléaire. Dans notre groupe de la Lettre de la Terre qui est animée par Gorvachov, Mercedes Sosa [NDLR :  Chanteuse argentine très populaire] et moi, “la Negra”, nous  lui avons demandé une fois pendant la pause-café, car il appartenait à notre groupe de 23 personnes qui avons rédigé ce texte que je considère comme l'un des plus inspirateurs du XXIe siècle, la Lettre de la Terre, de principes et de valeurs qui nous incitent à avoir une autre relation avec la terre, avec la nature, des synergies, des collaborations, de soin, de révérence. Nous lui avons demandé : « est-il vrai que vous pouviez prendre le téléphone rouge et déclencher une guerre nucléaire ? » Et il disait : “il y avait deux généraux fous qui me parlaient continuellement à l'oreille, pour me dire que nous allions à la rencontre, nous allions à une dernière confrontation avec Occident, allions à la guerre”. Et il disait : "Seulement avec les armes que nous, les Russes, avions, en ne comptant pas les américaines, anglaises et françaises, nous pouvions détruire vingt-cinq fois toute la planète terre, la vie de la planète terre, sans que personne ne soit resté pour raconter l'histoire”.  Donc cette menace existe et la machine de la mort est montée, mais personne ne pense pas à cela.
Au regard de ce que Noam Chomsky [NDLR : philosophe américain, de tendance anarchiste, auteur du concept de « révolution cognitive »] a dit hier, j'avais publié, il y a environ un mois, et ça a été publié dans beaucoup de lieux, le danger de l'autodestruction de l'espèce humanise. 
Et l'autre c’est la crise écologique qu'il a abordée plus superficiellement, qui est un sujet que je travaille depuis 30 ans intensivement.
Il y a une donnée qui est en relation avec l'émancipation et l'égalité, qui inclut l’émancipation de la terre vivante, la Pachamama [NDLR : La Pachamama (Terre-Mère), étroitement liée à la fertilité dans la cosmogonie andine, est la déesse-terre dans certaines cultures présentes essentiellement dans l'espace correspondant à l'ancien empire inca], une donnée que la communauté scientifique nord-américaine, non seulement tel ou tel autre scientifique qui peut être très respectable, mais la communauté scientifique nord-américaine, il y a deux ans, a publié un document en disant qu'il y a longtemps que nous vivons un grand risque qui pèse sur l'humanité : si nous ne contrôlons pas le réchauffement global qui s'approche maintenant de deux degrés, mais il n'est pas encore arrivé, nous pourrons, à la moitié du siècle, connaître un réchauffement abrupt, selon l'expression technique utilisée. La Terre peut faire un bond dans son déséquilibre, arriver à 4, 5 et jusqu'à 6 degrés Celsius et là ils disent que, sous cette température, aucune forme de vie que nous connaissons ne survivra, et une grande partie de l’humanité va disparaitre.
Et ils finissaient : bien que nous lancions des appels, les décideurs, les hommes politiques qui prennent des décisions, nous n'entendons pas leur réaction. Alors il y a une insensibilité qui est typique du capitalisme : ils préfèrent être le suicide au changement.
Nous connaissons ce qu’est l'homicide, tuer l'autre homme, l'ethnocide, exterminer d'autres ethnies, comme c’est arrivé en Amérique latine. Nous connaissons les écocides, qui exterminent des régions écologiques, des systèmes écologiques, et maintenant pouvons assister à des xenocides qui peuvent tuer la terre vivante, cela est inclut dans les possibilités.
(Cri du public : Monsanto dehors!), Leonardo Boff : "Je n’entends pas", Public : “Monsanto en dehors de l’Argentine!“ - Leonardo Boff : “Bon ! Ah, si, Monsanto, dehors! Et Cargill aussi“.)
Alors je crois qu'il faut soulever la question dans ce contexte complexe, le contexte menaçant qui pèse sur le destin humaine, et malgré cela, nous devons lutter pour l'émancipation de millions et millions de personnes, qui à cause de la pauvreté, de la marginalisation, n'ont pas la vie garantie.
Je vais lire, pour donner un caractère plus sérieux, et ne pas faire un rassemblement politique, un étude fait par l'Institut Suisse de Technologie et avec le MIT, les deux grandes institutions qui se sont proposées d'analyser quatre mille des plus grandes corporations du monde. Ils ont constaté, ils ont fait un petit texte de 10 pages, 26 pages de données et de méthodologie, mais le texte a seulement 10 pages, qui ont été publiées par là, ils disent qu’il  existe aujourd'hui 723 groupes ou acteurs qui contrôlent 86 % de toutes les richesses et contrôlent plus de 70 % d'autres entreprises. Cela signifie que 723 personnes ont le pouvoir du monde et décident les stratégies de l'économie mondiale.
Et ici le commentaire de Wilkinson, qui est considéré comme le chercheur le plus connu, le plus sérieux sur l'inégalité. Richard Wilkinson, dans une interview récente se demandait : est-ce que nous voulons vivre selon le principe qui veut que le plus fort prend presque tout pour lui, et laisse derrière lui les plus faibles? Mais le sens civilisateur est que les gens veulent une égalité minimal sociale et étendue au  plus grand nombre de personnes possible.
Une question: allons-nous faire fonctionner ce darwinisme écologique, le darwinisme social qui prend tout pour lui et laisse les autres, les jette ? Pour moi le sujet de l’émancipation est, au fond, une question de civilisation. Il s’agit d’organiser un type de société de production capable de répondre à cette question. La question de fond est tout simplement celle-ci: comment garantir le droits des petits à une vie menacée par une inégalité perverse et viscérale et avoir l'accès aux biens vitaux pour son existence personnelle et familiale. Celle-ci est le grand défi: comment leur garantir ces droits minimaux pour qu’ils puissent vivre, et à ce moment là ils seront épargnés de la faim, des maladies, de toutes les conséquences perverses de l’inégalité.
Le but qui a été proposé ici est de voir comment, à partir de nos traditions, trouver des idées, comment les mettre en œuvre, comment faire ce pas vers plus d’égalité, et en conséquence, vers plus d`humanité et plus d’émancipation, plus de libération.
Le discours de l’émancipation est plutôt européen. En Amérique Latine nous parlons de libération, une action qui va créer des espaces de liberté à partir d'en bas, depuis le peuple et de mouvements plus organisés, avec des alliés car il s’agit d’un combat, d’un chemin long et difficile, mais qui s’est montré efficace au cours des 20 ou 30 dernières années en Amérique Latine.
Ici quelques points qu’il sera intéressant de rappeler, c’est à dire, sur les traditions à ne pas perdre, les éléments libérateurs qui y sont inclus à ne pas gaspiller.
Le grand sociologue portugais Bonaventura de Sousa Santos, un des fondateurs du Forum Social Mondiale, [NDLR : Sociologue et écrivain portugais, docteur en sociologie du droit de l'université Yale et professeur d'université à la Faculté d'économie de l'université de Coimbra], dit toujours : il faut prendre les dits échecs historiques, les défaites que le peuple a subi, ne pas les accepter sans plus, parce qu'il y a à l'intérieur de celles-ci des signes, il y a des graines qui ne peuvent pas être gaspillées, qui peuvent être récupérées et alimenter ceux qui luttent pour la libération.
Ce serait long, et ce serait tout un travail historique, de parler de la résistance indigène  à l’occasion de la destruction d’une partie des Indes, pour parler du sujets des maisons.
Les peuples originaires sont des afro-descendants, spécialement dans mon pays parce qu'il ne faut pas oublier que 62% de la population brésilienne est d'ascendance africaine, nous sommes des métis, nous sommes des mulâtres. Pas moi, parce que mon arrière grand-père était italien, mais une grande partie de la population. Si on va à Bahia un dimanche à la plage, on se découvre blanc car il y a toute une tache noire formé par des afro-descendants qui sont là sur la plage : 70 ou 80 % sont afro-descendants. Nous devons nous habituer à ce mot parce que, auparavant, on parlait des “noirs”. Et maintenant on dit : « Tu discrimines, ce sont des afro-descendants, brésiliens afro-descendants ».
Alors ils ont résisté, ils ont créé des centaines de quilombos; les quilombos sont les petites villes où ils se réfugient. L’Amérique Latine, depuis l'Incaico [NDLR : La conquête de l’Empire Inca a duré de 1532 jusqu’à la fin de la résistance Inca en 1574.], Tupac Amaro [NDLR : La révolte de Túpac Amaru II est un soulèvement armé survenu entre 1780 et 1782 dans la vice-royauté du Pérou, plus précisément sur le haut plateau andin, en réaction à l’imposition des réformes bourbonniennes décidées à Madrid au cours des décennies précédentes. Le mouvement, dont l’instigateur et meneur fut le cacique indien José Gabriel Condorcanqui, alias Túpac Amaru II, débuta dans la région de Cuzco et s’étendit par la suite à tout le sud du Pérou ainsi qu’au Haut-Pérou] a eu de nombreux mouvements de résistance. Nous écoutons encore les mots durs du prophète Chilam Balam de Chumayel : « attristons-nous parce qu'ils sont arrivés, ils sont venus à faner nos fleurs pour que seulement sa fleur survit.  Ils en sont venus à châtrer le soleil, entre nous la tristesse s'est introduite, le christianisme s'est introduit et ce fut le principe de notre misère, le principe de notre esclavage ».
En opposition à cela nous avons l’Exhortation apostolique du Pape François, “La joie de l'Évangile”, et ce n’est pas de la tristesse mais de la joie. Les mots durs du premier historien noir du Brésil, Capistrano de Abreu, disent que les classes dominantes ont châtré et re-châtré, ont saigné et re-saigné le peuple pendant 400 ans jusqu’à l’arrivée de la démocratie. Ce sont des mots durs mais vrais. Alors, le rejet du système et la non-conformité active ne peuvent pas être des expériences gaspillées. Elles doivent être récupérées à l’intérieur de ce combat qui a sa mémoire, sa résistance, des pas en avant et le sens d’une participation plus effective dans la société.
Un autre point qui me semble important est l’émergence des nouvelles démocraties populaires de l’Amérique Latine. Après le départ des militaires, dans tous les pays ont émergé ces nouvelles démocraties, qui sont nouvelles parce que leurs responsables ne sont plus les élites économiques ou intellectuelles. Ce sont les grands mouvements sociaux qui se sont formés à partir des années 30 dans grands articulations, en créant un pouvoir social qui dans le cas de plusieurs pays, au moins dans le mien, se sont fusionnés dans un pouvoir politique, ont crée un parti politique, le Parti des Travailleurs, avec lequel ils ont réussi à arriver au pouvoir et occuper l’État et leurs structures.
Et c’est un événement, un fait d'une grandeur historique, d’une grande signification parce que l'un des représentants des survivants de la grande tribulation, un “nordestino” [NDLR: habitant du nord-est], un pauvre désespéré qui a su s’organiser avec les syndicats, est arrivé à être président du pays, et c’est Luis Ignacio Lula da Silva.
Je pense que la caractéristique principal de ces démocraties, pas seulement au Brésil, est qu’elles ont imposé des limites à la perversité du système du capital. Nous habitons dans la macroéconomie libérale, parce qu’elle est dominante et elle nous est imposée.  Mais nous pouvons limiter sa perversité grâce à des politiques du gouvernement qui se dirigent vers la rencontre de grandes majorités de groupes défavorisés et pauvres.
C’a été fait comme cela au Brésil et dans autres pays de l’Amérique latine, avec des résultats. Par exemple, le Brésil était le troisième pays au monde ayant le plus d’inégalités. Grâce à ces politiques d’inclusion sociale, maintenant c’est seulement le 15ème le plus inégal au monde, c’est encore très très inégal.
Mais nous avons fait un bond qualitatif comme jamais dans l’histoire, grâce à ces politiques d’inclusion sociale, et nous sommes plus de 200 millions de personnes qui ont quelque chose.
Et ça signifie de ne pas accepter la logique du système qui nous impose des niveaux d’accumulation de façon illimitée. Non, il faut avoir des limites, même si le gouvernement doit négocier avec ce système, avec l’excédent primaire et tout ça, pour pouvoir payer la dette que les rentiers encaissent, mais ça n’empêche pas qu’il y a des politiques du gouvernement, des politiques sociales qui n’ont jamais été menées dans une démocratie néolibérale traditionnelle.
Les pauvres étaient des zéros économiques, du charbon pour la production, mais n’étaient pas des personnes, c’étaient des masses de manœuvre qui sont en train de prendre de la conscience. Et la haine et la colère vient de tout ça : que ce qui n'étaient pas avant, maintenant le sont. Ils occupent des espaces qui étaient réservés pratiquement exclusivement aux élites dominantes. Maintenant ils font du shopping, ils voyagent en avion parce qu’ils peuvent payer en 10 fois … La personne qui travaille avec nous à la maison, est parti avec sa femme et ses filles visiter leur famille dans le nord-est à 3h d’avion, le tout payé avec leur argent. Alors les gens se demandent comment c’est possible. 
Il y a une bourgeoise qui a dit qu’elle a perdu l’intérêt d’aller à Paris parce que son concierge y est allé aussi. Et une autre bourgeoise, dans ce cas là, je dirais une effrontée, parce qu’elle a dit de son employé : « en plus de recevoir la « Bolsa familia », elle pense qu’elle a des droits, des droits sociaux » . Elle était habituée à avoir des esclaves, des personnes qui ne recevaient rien ou des salaires très bas, et maintenant elle doit payer le salaire minimal, les avantages communs, la sécurité et tous les droits que les travailleurs ont.
Ces démocraties ont effectivement donné plus d’émancipation à ceux qui n'avaient rien, nous avons avancé en cela. Partout en Amérique latine, chaque pays peut décrire ces pas.
Un autre point qui semble devoir être rappelé, c’est la renaissance des peuples d’origine. Dans toute l’Amérique latine il y a une récupération, je dirais biologique, des grandes ethnies soit au Pérou, soit en Bolivie, ou en Amérique centrale, qu’il soit les « mapuches » dans le sud que j’ai visité deux fois, du coté de l’Argentine et du Chili. Je me suis énervé à ce sujet contre le Général Roca parce qu’il a presque exterminé les Mapuches pendant la guerre du Sud [NDLR : Vers 1880, l'Argentine et le Chili entreprirent des guerres de conquête contre les Indiens (Mapuches et Patagons) qui vivaient au sud du continent dans des régions incontrôlées et difficilement pénétrables. Ces guerres, dont la « conquête du Désert » du général Julio Argentino Roca, qui firent des dizaines de milliers de morts parmi les Indiens, poursuivaient aussi un autre objectif : l'accès aux deux océans. Le Chili voulait s'ouvrir sur l'Atlantique par le sud et l'Argentine sur le Pacifique, là aussi par le sud].
Alors, tous ces peuples se sont émancipés. Au Brésil il y avait 6 millions d’indigènes, qui ont été réduits à 400.000 jusqu’en 1989, et maintenant ils sont presque un million.
Et pour quoi ? Parce qu’ils se sont organisés entre eux, les églises avec leurs politiques de sauvetage de l’identité indigène, et les propres politiques gouvernementales leur ont permis de reprendre leur identité biologique.
Ils se sentent un peuple, et maintenant ils s’organisent entre eux pour faire face aux  grands producteurs de soja et d’autres qui envahissent leurs territoires et les déboisent, en essayant de les Soumettre à nouveau. Au point que, pour notre honte, la ministre de l'Écologie et de l'Agriculture disait que "les indigènes ont envahi nos terres et pour cella nous devons les expulser, car ils abîment les grandes productions de soja", alors que c'est l’inverse: ils ont envahi les réserves indigènes et dé-foresté l'Amazone, ce qui est la cause principale de la sécheresse terrible qui a pris San Paulo, Río et toutes les grandes villes du Brésil.
(Cri du publique : Monsanto dehors de l’Argentine !)
Un autre point qui  me parait très important vue d’une perspective humaniste, je dirai écologique, c’est le savoir ancestral des peuples originaires de l’Amérique latine. C’est un élément important du sauvetage de ce savoir, car il nous montre une autre manière d`être humains et d’établir des liens avec la terre et la nature. Ce savoir est né d’une profonde capacité d’observation de la nature et ses énergies. Les indigènes ont élaboré une harmonie avec l’Univers, une écoute attentive aux mouvements de la terre et de l’univers, et ils savent comprendre tous les signes qui viennent de la nature.
Intuitivement, ils sont parvenu à trouver la vocation primordiale de notre passage éphémère par ce monde, qui consiste à capter la majesté de l'univers, de vibrer avec la beauté de la Terre Mère, la Pachamama, en appelant la source de tout Être de 1000 noms: Palop, Ñandu, Tupan, Inti, Quetzalcóatl, et d’autres. Tout existe pour rayonner, et l'être humain existe pour danser et pour célébrer la joie de la vie.
Ce savoir doit être revisité, assumé et valorisé par notre culture matérialiste pleine d’appareils et avec sa voracité d'appropriation illimitée, sur le point de porter notre civilisation à une situation sans retour. La culture indigène a une intégration symphonique avec la nature, l’indien ne se sent pas un étranger à l'intérieur d'elle mais comme une partie d'elle. Ce sont des écologistes illustres.
L’Amazonie n’est pas, par exemple, une terre intouchable. Pendant des milliers d’années, les peuples indigènes qui y habitaient, ont sagement interagi avec elle. Autour du 12% de la forêt a été géré par les indigènes, au sens de développer des espèces végétales utiles pour la santé. Et une chose qui n’est pas connu par un grande nombre de personnes, moi non plus au début, c’est qu’il y avait un empire Guaraní qui commençait, là-haut, dans les contreforts des Andes jusqu’au nord de l’Argentine, qui a duré plus de 1000 ans. Un immense empire à l’intérieur de la forêt amazonienne avec des connexions avec les autres ethnies indigènes, y compris celles dans les caraïbes et autres. Qui connaissait ça ? Personne.
Ils n'ont pas laissé des monuments comme au moyen Orient, mais ils ont fait des signaux dans la nature, la manière dont ils plantaient des arbres fruitiers, dont ils laissaient des restes de terre noire où ils habitaient et donc, des signaux de civilisation. Alors tout ça doit être pour nous, qui sommes dans une grande crise, dans un chemin à l’aveugle dont nous ne connaissons pas la destination, tout ça doit être une source d’inspiration. Il faut se dire qu’on peut être humains d’une autre façon, avoir une relation respectueuse de la nature, ce qui nous manque, en synergie avec elle, et vivre, tel que l’a dit ce matin le représentant de l’Équateur, et aussi celui de Bolivie, un fameux bien-vivre, bien vivre.
Qu’est-ce que cette alternative de civilisation ? Tel que cela a été dit, il ne s’agit pas de notre bien vivre, qui signifie que quelques uns peuvent bien vivre et des milliers et milliers doivent mal vivre. Ici, la catégorie bien-vivre, est une catégorie d’équilibre, d’harmonie entre tous, hommes et femmes, entre l’être humain et la nature, les montagnes, les eaux. C’est une  cohabitation entre tous les êtres, non pas à la recherche d’une vision anthropocentrique où l’homme soit au centre, mais en cherchant l’équilibre de tous les éléments, en incluant les divinités. Avec cela, on crée une société beaucoup plus équilibré.
Il ne s’agit pas d’une économie d’accumulation, mais une économie du « suffisant pour tous », pour toute la communauté. Le sens central n’est pas l’accumulation mais le partage en communauté de tous les biens et services de la nature, des bontés de la nature ; nous, les capitalistes blancs parlons de ressources qu’il faut utiliser, exploiter. Nous ne parlons pas de biens et services de la Pachamama.
Ce « bien-vivre » nous invite a ne pas consommer plus que ce que le système, l’écosystème peuvent supporter. Il nous incite à réutiliser et recycler tout ce qui a été utilisé. Une consommation recyclable, frugal, partagé. Alors il n’y aura pas de pénurie ni de pauvres.
Ce « bien-vivre », qui consiste à bien cohabiter, c’est une utopie nécessaire.
(Ce bien-vivre) En ce moment, est considéré comme quelque chose de marginal des indigènes, des andines, mais il a la capacité d’être un projet  commun  à toute  l’humanité quand la grand crise de la Terre arrivera. Parce qu’elle va arriver. Tel que le président de la FAO, qui est un brésilien, Graziano, a dit à l’occasion de Rio+ 20,  la FAO est l’organisme de l’ONU qui travaille pour l’alimentation et la population mondiale. Il a averti les chefs d’état venus à Rio pour étudier le réchauffement climatique.  Il a dit ce que nous craignons et qui pourra arriver dans pas très longtemps : la convergence du réchauffement climatique et la pénurie d’eau potable. Si cette convergence se réalise, il y aura une crise immense d’approvisionnement, de perte de récoltes et faim qui pourra concerner 100 millions de personnes. Ces personnes n’accepteront pas le verdict  de mort sur eux, et ils émigreront dans d’autres pays pour survivre. Et Graziano lança un  appel aux chefs d’état disant qu’il faudra se préparer politiquement à cette situation.
Que faire avec ces millions de personnes ?
Je pense que ce « bien-vivre » nous offre une alternative de consommation solidaire, de consommation sobre, de sobriété partagée, qui pourra être suffisante pour toute l’humanité et toute la communauté de vie. Parce que la terre ne nous a pas seulement produit, nous les hommes. La Terre a aussi produit les arbres, les animaux, tous les autres êtres vivants, qui ont aussi besoin de la vitalité de la Terre, de l’eau, des fibres et de tout cela.
Le « bien-vivre » est une utopie qui est née en Amérique Latine, et qui constitue un espoir pour l’humanité future. Quand le moment de la globalisation arrivera, c'est-à-dire que nous avons une seule maison commune, des biens et services, renouvelables et non-renouvelables, alors, on devra répondre aux demandes et aux besoins de notre génération et des générations futures. Et aussi pour la nature dans notre environnement, elle doit aussi y vivre, et nous ne pouvons pas le faire sans elle.
Il y a aussi un autre point qui me parait important et qui a été déjà formulé ce matin. Il s’agit d’une création typique de l’Amérique latine. Parce que l’Europe, l’Occident, depuis les grecs, ont fait l’expérience de la démocratie, la démocratie représentative, avec des délégués. Nous sommes arrivés à la démocratie participative, nous nous battons pour ça, et les Andins ont connu et ils ont réussi à introduire la démocratie communautaire.
Les communautés créent des niveaux de participation où tout le monde est inclus. Et le réseau de ces démocraties communautaires est la base du « bien-vivre », du bien cohabiter. Et ça c’est une contribution que l’Amérique latine est en train d’apporter au concept de  démocratie. Soit, comme une valeur universelle d’auprès Bovio, ou comme le dit Bonaventura de Sousa Santos, le concept de démocratie sans fin, qui doit être vécue dans les familles, dans les écoles, dans les syndicats, dans les appareils d’État.
Un projet qui n’a pas de limites, car c’est un projet de participation des êtres humains qui souhaitent construire une histoire ensemble. Ils ne veulent pas être des assistants ni les bénéficiaires d’un projet, mais ils veulent être des acteurs qui aident à façonner une histoire. Et tout ça, c’est une forme de démocratie communautaire.  Et je termine …
Le dernier point, qui est aussi un élément latino-américain, c’est le constitutionnalisme écologique. Un point absolument original de la pensée juridique latino-américaine. Cela a été très bien analysé par un juriste de la Cour Suprême Argentine que j’aime beaucoup, Eugenio Raúl Zafaron, qui part de l’idée que les éléments de la nature ne sont pas seulement là pour leur utilisation par les êtres humains, mais qu’ils ont une valeur intrinsèque, par eux-mêmes, et que, à cause de cela, ils doivent être respectés. À cause de ça, la terre et les autres êtres vivants ont des droits, et cela a été déjà approuvé par l’ONU : les Droits de la Terre, les Droits des Êtres Vivants. Tout ça va fonder un autre type de citoyenneté socio-cosmique où ces éléments doivent être considérés et respectés, et inclus dans la société. 
Il y a deux pays qui ont fait un virage vers cette dimension écologique.
La Constitution de Montecristi, en République Dominicaine et la République d’Équateur, nous avons écouté ce matin l’exposé de Marquez à ce propos. La Constitution de 2008 dit de façon explicite, dans le préambule, je vais le lire parce que c’est très beau et solennel: célébrons la nature, la Pachamama, de laquelle nous faisons partie et qui est vitale pour notre existence.
Juste après, il est dit, dans le texte, que la République, je cite, « propose de construire une nouvelle forme de cohabitation citoyenne, dans la diversité et l’harmonie avec la nature pour attendre le bien-vivre, le sumak kawsay » [NDLR C’est le Buen Vivir ou Sumak Kawsay (en quechua)]. Dans le chapitre 71, l’article 71 du septième chapitre, dis : « la Nature ou la Pachamama, là où se reproduit et se réalise la vie, a le droit d’être respectée intègrement dans son existence, son entretien, sa régénération et ses cycles de vie, ses structures, ses fonctions et son processus d'évolution ; toute personne, communauté ou peuple pourra exiger des autorités publiques le respect des Droits de la Nature », et ça c’est absolument nouveau.
Et les mots du préambule de la Constitution Politique de la Bolivie émouvants. Ils ont été approuvés en 2009. Il y est dit : « En accomplissant le mandat de nos peuples dans la force de notre Pachamama et de la Grâce de Dieu, nous refondons la Bolivie ». Et dans l’article 33, il est dit que « les personnes ont le droit d’avoir un environnement sain, protégé et équilibré. L’exercice de ce droit doit permettre aux individus ou aux collectivités des présentes et futures générations, en incluant d’autres êtres vivants, de se développer de manière normale et permanente ».
Ici nous avons un véritable constitutionnalisme écologique, dont le centre de la Constitution n’est pas seulement l’être humain ou la société, mais la nature entière, le  réseau complet de la vie.

Conclusion :
On peut dire : nous habitons dans des sociétés très inégales, et en conséquence avec un faible niveau d’émancipation. Mais il s’agit de sociétés en mouvement, depuis les racines ancestrales indigènes jusqu’aux mouvements sociaux autonomes qui sont sous-jacents dans les nouvelles démocraties d’esprit populaire. Elles se proposent de dépasser l’existentialisme et la philanthropie, et avec le peuple organisé et la nouvelle conscience indigène, elles sont en train de dépasser lentement l’abîme de l’inégalité, en créant ainsi les conditions pour une émancipation réelle, toujours souhaitée, plusieurs fois vaincue, mais jamais morte, et maintenant réveillée avec plein de vigueur et de vitalité. Merci beaucoup ».

NB : Merci aux amis qui ont fait bénévolement cette transcription puis sa traduction

[9] Gianni Vattimo, né le 4 janvier 1936 à Turin (Italie), est un philosophe et homme politique italien. Gianni Vattimo introduit en Italie la pensée de Karl Löwith et de Hans-Georg Gadamer
- Löwith oppose à la tradition chrétienne de la philosophie de l'histoire une « philosophie humaine de l'homme de retour à sa nature » influencée par l'anthropologie sensualiste de Feuerbach. Il cherche à obtenir celle-là en s'appuyant sur la pensée nietzschéenne du monde dans la restitution de la cosmo-théologie grecque antique et de son « concept naturel du monde » : dans la nature immuable, « se suffisant à elle-même », le « monde un de tous les étants ». Grâce à son mouvement circulaire éternel, elle vérifie à nouveau la continuité de l'histoire. En outre, elle permet de retrouver la « conformité au monde de l'existence humaine ». Par sa reconnaissance comme « univers dépourvu de fin et sans Dieu », à partir duquel « l'homme aussi » n'est « qu'une modification sans fin ». 
- Gadamer a signé la « Déclaration des professeurs des universités et des écoles supérieures allemandes en faveur de Adolf Hitler et de l'État national-socialiste  » du 11 novembre 1933

[10] Nous annexons,  ici, en exclusivité, une traduction de l’intervention de Gianni Vattimo au « Forum International pour l’émancipation et l’égalité » à Buenos Aires, 13 mars 2015 (« Présentation des traditions Émancipatrices »)

« Je remercie vivement Carlos Foster et mes amis argentins pour cette invitation qui me fait honneur et je pense que mes séjours en Argentine sont d’une certaine façon devenus un peu « inflationnistes », mais je le mérite car je suis un (ou le seul) de ceux qui parlent le plus de la mythologie latino américaine et qui imagine ce monde comme …[NDLR : il ne termine pas sa phrase], j’ai  commencé à penser que c’était sans doute le monde le plus post moderne possible, non lié c’est clair à la caisse de Aciego, de Weber et j’ai continué à suivre les évolutions latino américaine car j’ai écrit en un moment d’euphorie que l’Amérique latine était le futur de l’Europe ; en certains aspects, c’est vrai (applaudissements), au cours de ces dernières décennies,  les plus grandes nouveautés qui ont eu lieu ont surgi en Amérique Latine, en politique et dans la société. C’est vrai que ce n’est pas une croissance aussi importante que celle de la Chine, qui a un potentiel industriel dont nous ignorons beaucoup d’éléments mais ce n’est pas un bel exemple, ni une nouvelle promesse de nouvelle société européenne pour nous, l’Inde non plus d’ailleurs : il y a encore des vaches sacrées, des castes, etc…
En Amérique, tous ces mouvements d’auto-libération de certains pays contre la domination impérialiste nord américaine (bancaire, financière), contre les multinationales, voilà ce qui nous aident à penser en Europe qu’un autre monde est possible, pas celui de l’Église. (J’espère que nous y arriverons un jour…)  Mais qu’un autre monde différent sera possible ici, sur cette planète. Et c’est très important. Je me souviens dans mon enfance, j’étais un gentil enfant, militant, catholique, communiste, beaucoup plus catholique que communiste, j’entendais prononcer aux opposants en Italie dans les années soixante/soixante dix: « le Baffone va venir un jour » [NDLR : Baffone est une expression familière italienne pour nommer Staline] -sans doute Monseigneur s’en souvient-il- la grande moustache. Il s’agissait  de Staline bien sûr, et il est clair que  personne n’imaginait que Staline viendrait, tout le monde savait qu’il était difficile de vivre sous Staline,  mais il y avait l’idée qu’il pouvait y avoir une alternative quelque part. Maintenant je me dis que je vais remplacer le Baffone par la divine Cristina, [NDLR Cristina de Kischner, à l’époque Présidente d’Argentine],  mais l’idée qu’il existe de grands pays  comme l’Argentine, le Brésil, le Venezuela, en commençant par Cuba naturellement, l’Équateur, les pays plus ou moins représentés ici et qu’il y a pour ces pays une possibilité de faire une politique indépendante du système main stream, du système dominant, du conformisme, de la pensée unique dominante, malgré ses défauts et ses problèmes … nous aide, peut nous aider nous les européens à être un peu moins colonisés par le monde anglo-saxon, la finance internationale. Des gens comme moi qui  nous disons cultiver la mythologie latino américaine, méritons d’être ici, je vous remercie donc de me faire cet honneur, je vais publier toutes les photos de ce Forum en Italie.
Pour être moins vague, je vais lire mon texte en vous rappelant que j’ai publié plusieurs petits livres (je fais un peu de promotion) dont celui d’un entretien avec Marcelo Bañasco et sa femme Adriana intitulé « Dieu est communiste » - je ne sais pas de qui est le titre, sans doute c’était pour faire plus de scandale. En pensant aussi qu’actuellement on reproche d’être communiste, pas à Dieu mais à son vicaire sur la terre, au Pape François. Je trouve assez réaliste de dire que les conservateurs, les réactionnaires sont malins, ils savent ce qu’ils disent. Quand on dit que le Pape est communiste, on ne peut pas vraiment dire qu’il soit inscrit au parti communiste chinois ni coréen, mais leur problème avec le Pape est celui-là, c’est que je trouve ça tout à fait évident et normal ; il est intéressant aussi de reconnaître il n’y a pas seulement là une injure, mais il y a aussi une considération que j’essaie d’exagérer un peu. Non seulement je dis que le Pape devrait être même plus communiste encore. Bref, nous allons voir ce qui va se passer. (Applaudissements).
Je vais le dire maintenant puisque nous sommes entrain de blaguer car c’est une idée que je viens d’avoir au cours d’un entretien et que je n’ai pas eu le temps d’écrire, j’ai inventé le  mot Papintern qui devrait remplacer celui de Komintern, la grande internationale communiste des années terribles. Imaginons un Papintern, et je ne veux pas attribuer à cette rencontre cette intention, mais nous avons quelques indices de Papintern dans ce Forum mondial d’intellectuels qui ne tolèrent ni ne soutiennent l’Amérique du Nord ni l’impérialisme, et je trouve cela un bon début.
Je vais être un peu plus sérieux : je dis aujourd’hui (à la fin de la dernière page) qu’il faut parler -si on pense au besoin et à l’utilité d’une internationale communiste actuellement, que le point où doivent converger les regards, c’est le Pape. L’unique force internationale, l’autorité spirituelle et politique en beaucoup d’aspects qui pourrait constituer actuellement le centre non pas d’une internationale communiste de type  Komintern, mais qui pourrait être autour duquel pourraient se connecter les forces anti anti-humanistes et anti inhumaines. Pour rencontrer les vautours, il faut beaucoup de forces et le Pape est assez fort : comme disait Nietzche, le surhomme a besoin d’un super dragon, pour nommer un animal menaçant. Il n’est pas invraisemblable de le dire aujourd’hui car le communisme réel n’existe plus et heureusement, mais que nous pouvons retrouver un  communisme idéal. Je n’ai jamais pu me dire communiste surtout à cause de Staline vivait ni quand le mur de Berlin existait encore. Après Staline, cela a un peu changé, maintenant je peux dire comme chrétien, au moins comme je pense être chrétien -mais qu’est-ce que cela veut dire être chrétien ?- que je suis communiste dans le sens de Lénine : j’aime un monde avec électrification et soviets. Soviets? Ceci est terrible, mais les soviets (applaudissements) ne sont que des conseils populaires qui contrôlent et dirigent toute l’entreprise économique et technologique qui nous concerne tous maintenant. Le problème, c’est que nous vivons dans un monde où on fait beaucoup d’électrification et de tous types, mais sans aucun soviet. Pas besoin évidemment de république soviétique totale, mais bien et ce serait fondamental de disposer de conseils populaires qui interviennent dans les décisions qui concernent le progrès économique.
Pourquoi peut-on penser à la constitution d’une  internationale communiste aujourd’hui, ou papiste en mode communiste, c’est parce qu’il faut lutter contre la globalisation et la lutte anti-terrorisme, ce que les États-Unis appellent la lutte contre le terrorisme est uniquement la lutte des classes au niveau mondial, des classes qui possèdent contre les classes pauvres, aucune différence. C’est vrai que les terroristes sont mauvais, mais qui a visité les camps de réfugiés palestiniens en bordure de la Palestine, dans le désert, se rend compte que ces gens peuvent décider de commettre (autre mot d’esprit) « un suicide socialement utile », car ils n’ont pas d’autres armes…
Dans ce monde globalisé, celui qui n’est pas d’accord avec les journaux main-stream, avec une opinion publique  « nord américanisante » est un terroriste en puissance. Je ne considère pas encore un terroriste, mais je le dis en Italie pour revendiquer une dignité de résistant ici. J’ai un procès qui me menace d’une sentence de 14 ans de prison, mais tant pis, car je fais partie des groupes d’opposants qui militent contre le train international, celui qui doit relier Turin à Paris en une heure de moins ; parce qu’il coûte beaucoup d’argent, il détruit une  vallée alpine, il cause des problèmes de santé collective aux animaux, de l’amiante, etc. Je suis un de ceux qui vont tâcher d’en ralentir cette entreprise. Avec l’aide de la Magistrature, le gouvernement italien prend pour terroristes tous ceux qui se manifestent contre ce train, comme s’il existait là un but terroriste.  C’est une erreur ridicule, mais j’ai ainsi mes propres titres propres pour être appelé terroriste. Il existe maintenant une guerre civile mondiale, celle dont parle Karl Schmidt –auteur douteux que l’on ne peux mentionner, comme Heidegger- parle d’une velt burger krieg, une guerre civile mondiale, et c’est la lutte des classes dont a parlé Karl Marx. La globalisation aujourd’hui même pour moi qui ai été député européen jusqu’à l’an dernier et qui a une certaine habitude d’écouter des voix internationales. Le conflit de base aujourd’hui, c’est la guerre contre le terrorisme. Mais on ne nous explique pas ce que c’est. Et ce sont les forces populaires qui essaient d’organiser, dangereusement peut être pour le monde civilisé, d’organiser une résistance contre les vautours, etc... Il est évident, le monde dans lequel nous vivons refuse l’idée que tous les terroristes sont ceux qui sont impliqués dans les luttes sociales car cela implique l’idée qu’on peut faire une opposition modérée, comme la recherche d’un islam modéré, ce que je désire aussi car tous les islamistes ne posent pas des bombes, mais ils tendent à nous faire ignorer l’idée que le conflit principal actuel le plus important est le conflit entre la finance international qui étouffe et tue l’Argentine, mais aussi l’Europe au moyen de l’austérité, la réduction des crédits, etc… et les peuples qui ne l’acceptent pas. (Applaudissements).
Ah, ce ne sont pas des applaudissements universels, c’est une opinion que l’on peut discuter, je n’en suis pas tout à fait convaincu, mais assez. Qui sont les partisans de l’ordre international : ceux de la Banque mondiale, du Fonds monétaire international, qui imposent aux états européens, Grèce, Portugal, Italie aussi, des règles économiques qui se présentent comme des règles scientifiquement valables ? Ces économistes ne sont pas des dieux, ils ont été éduqués et ont travaillé pour les grandes banques mondiales, Morgan Stanley, toutes les grandes banques du monde ont eu sous  leur dépendance des économistes qui se présentent actuellement comme économistes qui conseillent les gouvernements européens etc, et imposent ces mesures qui tuent, des mesures assassines. Ce sont les mêmes qui expliquent aux argentins qu’il doivent prendre au sérieux les fonds vautours…je sais que cela peut paraître exagéré mais le point fondamental est toujours le manque de globalisation alternative face à la globalisation conservatrice de laquelle nous sommes les victimes. Ceci pour expliquer le Papintern. L’idée que l’Argentine puisse maintenant prendre la tête d’un Papintern qui n’est bien sûr pas exactement un Komintern mais bien une attitude religieuse. La religion et j’entends par religion  une émancipation : le christianisme non seulement parce que je suis chrétien mais parce que je considère le christianisme comme un maximum, surtout parce qu’il a été la religion officielle de l’Europe colonialiste de laquelle nous provenons. Quand nous pensons à l’économie internationale, nous pensons aux Bourses qui ont leurs sièges à Londres, à Washington ou à New York, dans le monde occidental. Si on se demande qui est responsable de la misère économique du monde, on ne le cherche pas auprès du  Dalaï Lama, mais en Occident qui a été chrétien pendant des siècles. Et malgré tout l’Occident est toujours malgré les changements, le centre du capital mondial, la capitale du capitalisme, y compris de la conservation éthique. Donc je crois qu’il est bon de parler d’émancipation avec intervention religieuse en regardant  vers le christianisme, non pour des raisons de christiano-centrisme ni d’eurocentrisme parce qu’effectivement le monde des États-Unis, l’Angleterre, l’Europe, c’est le monde chrétien. Dire qu’il n’en est pas ainsi peut paraître une déclaration de non responsabilité, surtout dans des pays qui ont été colonisés, obligés de se convertir, poussés à entrer comme disait Saint Augustin, obligés de se « christianiser ». Cela n’aurait pas beaucoup de sens et on le comprend bien. Mais la religion entendue comme le christianisme et pas seulement lui, fonctionne comme émancipateur, comme facteur d’émancipation dans la mesure où elle s’émancipe elle-même. Voici qui commence à être plus délicat : avant tout, il s’agit d’une émancipation qui renonce à sa fonction traditionnelle conservatrice de défense de ce qu’on appelle des valeurs non négociables : la famille, la propriété, la sexualité, etc… Il faut donc comprendre pourquoi le christianisme et probablement la religion en général (le christianisme est l’exemple le plus proche de nous). Pourquoi a-t-il fonctionné ainsi jusqu’à présent ? Il en a toujours été ainsi: dans les cérémonies publiques dans les pays catholiques à côté du général des carabineros, il y a un évêque. En Italie, il y a toujours un évêque qui donne sa bénédiction en compagnie du chef politique. Une explication de ce « conservatisme » du christianisme pourrait être qu’il est né dans une société théocratique, comme l’était la société juive, la religion juive était une grande société théocratique. Il a repris le même rôle que la religion romaine qui était une religion essentiellement civile, pour les romains il n’y avait pas de problème d’une intériorité du culte des dieux, c’était une acceptation de la discipline, comme une religion républicaine ; c’est pourquoi le christianisme a été persécuté au début mais il en a aussi hérité la fonction de support de l’état.
Un bon penseur de la fin du XIXème siècle, Wilhelm Dilthey, le maître dont Heidegger s’est inspiré, a écrit un livre appelé : « Introduction aux sciences de l’esprit » où je reprends seulement cette idée que le christianisme pouvait anticiper Kant, la philosophie moderne de siècles, mais il ne l’a pas fait car Saint Augustin n’était pas seulement un philosophe mais aussi un évêque. Pour des raisons historiques, l’Église a repris l’héritage de l’empire romain qui se dissolvait en sociétés où l’évêque était la seule autorité acceptée. Nous autres italiens avons éliminé les États Pontificaux –pas tout à fait- qui ont actuellement une présence discrète alors qu’au siècle passé nous avons eu un État de l’Église qui interférait dans la transformation politique de l’Italie ; nous disons que cette attitude conservatrice du christianisme européen pourrait susciter de stupeur quand un intellectuel parle d’une internationale communiste sous l’autorité du Pape. Cela paraît absolument scandaleux. Et je compte un peu sur le scandale de l’idée du Pape internationaliste, pour la même raison pour laquelle on ne peut plus penser à une internationale communiste type Komintern. La globalisation ne permet plus, l’idée d’une révolution violente, de prise du pouvoir du Palais d’Hiver n’est plus en vigueur.
Pourquoi ne peut-on plus penser à une nouvelle Internationale communiste ? Chavez l’avait promis, le pauvre, il est mort… Aujourd’hui le seul fait que le pouvoir soit si globalisé, qu’il soit si connecté, si contrôleur : la communication par exemple ce sont ces paroles, et je ne crois pas qu’Obama nous écoute car cela ne l’intéresse pas, mais il y a des radios qui le transmettent et le préviennent. Les États-Unis et leurs alliés disposent de systèmes d’interception globale (je fais partie d’une commission de l’Union Européenne qui étudiait le phénomène Échelon [NDLR : Echelon est un nom de code utilisé pendant de nombreuses années par les services de renseignements des États-Unis pour désigner une base d'interception des satellites de télécommunications commerciaux] : l’idée d’une interception globale faite depuis les États-Unis, le Canada, l’Australie, la Grande Bretagne et la Nouvelle-Zélande, tous situés aux points clés de l’univers pour intercepter tous les messages. Comme toujours, ma confiance me dit que la confusion doit être terrible vue l’immense quantité de messages, et que ce n’est pas possible de nous contrôler ; eh bien non, car les moteurs de recherche sont comme des filets à poissons. Si une nuit vous téléphonez depuis un téléphone international et vous dites qu’une bombe va exploser demain à la Maison Blanche, vous recevrez sans doute la visite de la Police. Je ne suis pas terroriste, je suis un bon terroriste qui tout au plus sabote quelque chose, mais…cette idée de pouvoir global exclut presque toute possibilité de révolution. Imaginons la Révolution française  aujourd’hui avec des Jacobins qui couperaient la tête de Hollande ou de Renzi[10]. L’OTAN arriverait pour occuper Paris et ses environs. On ne peut imaginer de changement de régime de type militaire violent. Et pour cela, le Pape qui n’a pas de divisions (comme Staline l’a dit) ni la puissance d’un état, peut être le chef d’une internationale communiste ; et j’adopte le mot de Jacques Derrida dans « Spectres de Marx » : spectre du communisme,  si le terme communisme a encore un sens.
(je sais que je dois conclure, mais j’aime trop m´écouter….applaudissements).
Le dernier point de cette conversation qui j’espère pourra être publiée ou lue et va être visible, c’est que nous avons besoin effectivement d’une internationale des alternatifs qui n’ait plus le rêve utopico-militaire de la révolution violente mais nous pourrions imaginer une révolution culturelle. On sait que le Maoïsme l’a faite en pensant que la Chine avait besoin d’un choc pour réaliser ce que Mao avait pensé. Mais c’est un autre sujet.
La révolution aujourd’hui peut être, doit être culturelle et religieuse et ne peut être uniquement politique. Une révolution politique par exemple, l’organisation d’un parti qui gagnerait les élections en Italie –j’ignore s’il y en aura- impliquerait d’adopter des modèles néocapitalistes de développement. On ne peut pas prêcher de réduire la consommation, le peuple se rebellerait. Justement comme le peuple ne consomme pas beaucoup, il a même besoin de plans de développement économique, d’électrification, mais sans grande motivation culturelle et religieuse. On n’arrive même pas à obtenir un plan quinquennal un peu moins injuste. En Italie, nous utilisons l’expression : prendre un canon pour tuer un moustique. Nous sommes dans la situation où, ou nous utilisons des grands moyens culturels, religieux, spirituels guidés par le Pape mais pas seulement lui car il y a d’autres chefs religieux qui se présentent et c’est tant mieux. Nous nous trouvons actuellement dans un mouvement mondial d’écoute des pauvres, de révoltes dans tous les endroits possibles, à l’ONU, dans les relations internationales, à l’intérieur des états, une révolte contre une production capitaliste qui exploite de plus en plus et est moins en moins efficace pour apporter une garantie : en Italie nous subissons l’austérité européenne depuis deux ans, le chômage a augmenté, la faim aussi et la désillusion totale dans tous les partis.
Nous avons donc besoin d’un appel à la transformation qui ne  soit pas seulement du moralisme. Quand j’étais jeune, j’avais un directeur de conscience qui me disait : « Comment vas-tu être politicien, toi ? Occupe toi seulement de ton âme, c’est beaucoup mieux ! ». Je ne suis pas entrain de prêcher que l’idée que Pape demande que nous soyons bons, il a même dit autre chose : « Faites du chahut », c’est très important, cela veut dire que le mouvement spirituel culturel qui s’oppose à la deshumanisation du monde à travers la densification de la discipline capitaliste, la discipline des vautours, etc…il s’agit plutôt d’un mouvement qui gênerait le monde capitaliste comme celui que je fais dans mon Piémont avec la lutte contre le train international qui n’a pas de sens, qui dépense… Ceci est ce que nous pouvons imaginer comme une future Papinternationaliste. Je le dis ici en toute  conscience de scandaliser un peu mais pas beaucoup.
Merci ».

NB : Merci aux amis qui ont fait bénévolement cette transcription puis assuré sa traduction

[11] Nous annexons,  ici, en exclusivité, une traduction de l’intervention de Mgr Sorondo au « Forum International pour l’émancipation et l’égalité » à Buenos Aires, 13 mars 2015 (« Présentation des traditions Émancipatrices »)

« Rôle du christianisme dans l’émancipation
Moi aussi, je me demande pourquoi je suis là ! Sans doute parce que je suis argentin. J’ai quitté l’Argentine en 1971, mais j’y suis revenu plusieurs fois. Je suis ici parce que l’Ambassadeur Valdés m’a invité et je l’en remercie tout spécialement, mon souhait est de me retrouver en Argentine. Je me souviens que j’ai rencontré Juan Domingo Perón en 1974 [NDLR : General Juan Domingo Perón, président de la Nation de 1973 à 1974 , puis Isabel María Estela Martínez de Perón, présidente de 1974 à 1976 ], j’en parle car beaucoup de péronistes en parlent sans l’avoir vraiment connu. Mais moi oui, je l’ai connu (rires).
Le général était euphorique car Cámpora venait de gagner ;  il était allé à Rome pour rencontrer Paul VI  qui ne lui avait pas accordé d’audience. Je me souviens que l’Ambassadeur m’avait demandé de ne pas passer par l’Ambassadeur du Paraguay, sinon on ne le lui accorderait jamais d’audience. Mais Paul VI ne l’avait pas reçu parce qu’il n’aimait pas les militaires. J’ai quand même parlé de Perón : « Vous voulez voir le Général ? ». « Oui, je veux le voir ». Il fit grand éloge de l’Argentine, du futur, il trouvait que c’était le pays avec les meilleurs moyens de transport, où il y avait du pétrole, du gaz, mais surtout il y avait les argentins, le péronisme, bref il en fit un éloge incroyable, il était fasciné… Ce qu’il n’a jamais dit, c’est que l’Argentine aurait un Pape. Et moi justement, je veux en parler. Il semble qu’actuellement les papes peuvent résoudre les problèmes.
Qui est le Pape François ? Bien évidemment les argentins le connaissent, mais pas suffisamment, ils le situent, il y a beaucoup de textes de lui ; je dirais qu’il est ce que Mozart était pour la musique : son style de langage est nouveau, sans cesse recréé, il approfondit des idées qu’il exprime de façon toujours nouvelle. Maintenant, à Rio, il a rencontré des argentins dans la Cathédrale Saint Sébastien. Pour moi c’est une des plus belles rencontres car c’est là qu’il a formulé la synthèse de son programme ; comme il n’allait pas aller en Argentine, il les a  rencontrés en marge du programme établi. La Cathédrale était pleine à craquer de toute sorte d’argentins, même des « cartonniers » [NDLR Los cartoneros sont des “miserables” comme les chiffoniers du Caire qui survivent en ramassant et revendant les cartons.] (Je suis très ami de Juan Grabois. C’est lui qui a organisé de les faire venir à Rio) [NDLR Juan Grabois appartient à la Confederación de Trabajadores de la Economía Popular (CTEP)]. Qu’a-t-il dit ? Je connaissais déjà le Professeur Vattimo, celui qui a fait connaître un grand ami à moi, Prini, dans les hautes sphères : Prini est la personne  qui parle de l’église « souterraine ». Il y avait avant une église souterraine qui ne s’exprimait pas, mais qui dorénavant peut le faire grâce au Pape François.
Pour en revenir à Rio, le Pape a dit « Je veux qu’on fasse du chahut (quiero lío) » [NDLR : Lío veut dire bruit, chahut, mess en anglais, désordre…]. Mais quel type de chahut ? Celui qui provient du message du Christ, du scandale (il a parlé de scandale sur un ton presque kierkegaardien) du Christ, « Mais quel est ce scandale du Christ? » lui a demandé un jeune homme : « Vous devez lire Matthieu V, les Béatitudes : Bénis soient les pauvres, ceux qui pleurent, ceux qui souffrent, les cœurs purs, les miséricordieux, les pacifiques pacificateurs car ils travaillent pour la paix, bienheureux ceux qui souffrent pour la justice, la terre leur appartiendra et ils seront appelés fils de Dieu ». Il a dit bien sûr que c’était ça le programme de son pontificat. Ce discours sur les béatitudes est le discours le plus révolutionnaire de l’histoire, il n’y a pas de discours révolutionnaire plus émancipateur que le premier discours du Christ, celui qu’on appelle le Sermon de la Montagne. Non vraiment pas !
Saint François est révolutionnaire car il veut ce discours. Il n’y en a pas d’autre. Ni de Démosthène, ni de Platon. Aucun aussi révolutionnaire. Qu’ensuite les chrétiens n’aient pas suivi le message, c’est un autre problème. Pour moi, ce discours a apporté au monde des idées fondamentales : la liberté ; je ne peux nommer ici Hegel philosophe non catholique, dans le paragraphe 482 de l’encyclopédie où il est dit que ni les grecs ni les romains, ni aucune autre civilisation n’ont connu cette idée de liberté qui émane du message du Christ comme essence de l’homme. L’idée de la division d’un pouvoir pour l’Église fondée sur la liberté et celle d’un pouvoir pour la société civile plurielle vient du Christ. Rend à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. C’est à partir de cette idée que l’esclavage sera considéré. Pour Aristote, l’un des plus grands génies politiques, il existait des esclaves par nature, catafucios, idée abolie avec beaucoup de difficulté grâce à l’intervention de l’Esprit Saint qui est l’Esprit du Christ.
Telle est la volonté du Pape, il en parle dans tous ses documents et partout. J’ai été très impressionné quand, lors de la messe pour la Vierge de Guadalupe avec la Misa Criolla chanté au Vatican par Ariel Ramirez  et qui fut splendide, le Pape Benoît XVI -grand musicien peut être meilleur que Pape- a dit : « Comme cette messe est profonde, quelle profondeur spirituelle, quel dramatismo… ». Et dans l’homélie, le Pape a dit : « Je souhaite que l’Amérique Latine sache donner une structure sociale qui ne soit pas capitaliste, du moins de ce modèle capitaliste qui fait des esclaves » [NDLR : On ne trouve pas cette citation dans aucune des homélies des « missa Criola » de 2011 (Benoit XVI) ni de 2014 (Pape François)] . Nous avons à l’Académie des Sciences 35 prix Nobel qui s’occupent de sciences théoriques, de sciences de la nature, nous avons aussi une Académie de Sciences sociales où nous avons trois spécialistes en économie Prix Nobel (Stiglitz en fait partie, je l’ai présenté au Président Duarte).
Le Pape leur a déclaré : « Vous devez être plus pratiques, je veux que vous étudiez le problème des nouvelles formes d’esclavage ». Vous savez qu’il y a au moins 30 millions de personnes qui vivent en esclavage, sous sa nouvelle forme : travaux forcés, prostitution et vente d’organes ; le chiffre augmente encore de deux millions : les trafiquants gagnent ainsi 150 000 millions de dollars par an, la prostitution en représente 80%. Bien sûr que personne ne veut rien voir de ce problème, et le pape dit : 
« Je veux que l’Église soit le leader pour résoudre les problèmes que personne ne veut voir, qu’elle ait l’initiative et qu’elle continue car ce sont celles-là les plaies du Christ », et encore : 
« L’Église doit être la première sur ce sujet, et sur ses séquelles : on ne peut tolérer qu’il y ait tant d’enfants de rue qui n’aillent pas à l’école ». Bien sûr, tout le monde connaît le problème mais personne ne l’affronte réellement. Il a crée, lui, un réseau d’écoles. Il veut aussi organiser une autre rencontre et c’est pour cela qu’il a demandé à l’Académie –naturellement les riches vivent plus longtemps que les pauvres (je ne sais pas si c’est tout à fait vrai, mais sans doute que oui) car la médecine n’arrive pas à tout le monde de la même manière. Je ne sais pas si vous avez vu un film de Michael Moore où tous ceux qui souffrent de différentes calamités dans des sociétés différente et finissent à Cuba, à Guantanamo ; je ne sais pas s’ils y guérissent ou non mais il s’agit d’un symbole…
Pour la première fois, le Pape à amené à Rio des mouvements populaires, européens aussi ; il a présenté les Cartonniers comme ceci : « Ceux-ci n’ont pas d’idéologie. Ils n’ont que des problèmes car ils n’ont pas de travail, ils n’ont pas de toit, ils n’ont pas de pain. Il faut trouver une solution à tout cela ! ».
Je crois qu’il n’y a pas eu dans le document de « La joie de l’Évangile », une critique du Pape plus dure au système qu’a décrit le Professeur Vattimo et qui a bien sûr suscité des réactions de tout genre, des critiques féroces. Je vous conseille de lire ce document.
Pour finir et je termine, nous aurons peut-être une autre occasion de parler à la fin, je crois que ce que dit le Professeur Vattimo est vrai et dans ce cas présent le Pape aussi, non pas comme pape mais parce qu’il s’appelle François, tout un symbole, celui du retour au cœur de l’évangile, du retour aux Béatitudes que le Seigneur met au centre, du retour de ce que le Pape a affirmé à Rio (Matthieu XXV), lorsque les justes lui demandent : « Seigneur quand t’avons nous visité quand tu étais prisonnier, quand t’avons nous donné à boire, à manger, quand t’avons nous donné un toit ? ». Le Seigneur leur répond : « Quand vous l’avez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’avez fait ». Voici  l’autre thème du Pape François : il considère que les problèmes du monde global, les souffrances du monde global sont les plaies du Christ. Il l’a dit plusieurs fois, et c’est ainsi ; et il en conclue que l’Église doit sortir de son auto-référence et aller aux périphéries du monde, celles des douleurs, celles des villes, les périphéries culturelles et surtout vers le monde de l’Asie où le message du Christ n’est pas encore parvenu. Pensez que, sans compter les îles Philippines, il n’y a que 2% de chrétiens, je ne dis même pas catholiques mais chrétiens. Actuellement l’Asie et le Pacifique, voilà le monde du futur.
Merci beaucoup ».

NB : Merci aux amis qui ont fait bénévolement cette transcription puis assuré sa traduction

[12] Mgr Sorondo et Máximo Pacheco Gomez  ce cotoyaient d’ailleurs à un colloque sur « Mondialisation et culture » organisé le 30 nov. 2005, par Carita-Politica, association regroupant la plupart des ambassadeurs auprès du St-Siège

[13] Pablo Neruda, nom de plume de Ricardo Eliécer Neftalí Reyes Basoalto, poète, écrivain, diplomate, homme politique et penseur chilien, (1904-1973). Il avait organisé, pendant la guerre civile espagnole, le transport de réfugiés communistes, trotskistes et anarchistes .

[13bis]  Juan Grabois parle de l'épanouissement du communisme à travers le monde pendant de nombreuses années et considérant comme jalons historiques les révolutions de Mao Tse Tung, Fidel Castro et Ché Guevara. Désireux de réaliser une société sans classes, il considère la rébellion zapatiste de 1994 et le mouvement bolivarien de Hugo Chávez comme précurseurs exceptionnels des vagues anticapitalistes populaires qui se sont approchées au XXIe siècle. En bref, avec les nostalgies de Peron et du péronisme argentin (ou justicialisme), Grabois rêve d'une utopie avec de grands changements sociaux, des rébellions et des «gouvernements populaires», le long du style cubain ou vénézuélien. Ces prédécesseurs idéologiques peuvent apparaître dans le texte d'étude que Grabois a publié avec son compagnon dans le combat, Emilio Pérsico, vice-secrétaire à l'agriculture du gouvernement de Cristina Fernández de Kirchner et chef du mouvement Evita.

[14] Libertatis nuntius - (VIII-2 et 3)

[15] Libertatis nuntius - (VIII- 3 et 8)

[16] Libertatis nuntius (VIII-1)

[17] Lire « Oppression-libération dédié aux chrétiens » P. Hugo Assmann (1971)

[18] Lire « Théologie de la libération, perspectives » de Gustavo Gutiérrez (1971)

[19] Lire « Jésus-Christ, le libérateur » de Léonardo Boff  (1971)

[20] Lire « Jésus-Christ, le libérateur » de Jon Sobrino (1991)

[21] Lire « Evangélisation et libération » du Cardinal Eduardo Pironio (1976)

[22] https://www.youtube.com/watch?v=UXVixgBeXfA

[23] Extrait de : "Les 40 ans de la théologie de la libération", dans Golias Magazine, n°142, janvier-février 2012, pp. 93-103

[24] La Pachamama (Terre-Mère), étroitement liée à la fertilité dans la cosmogonie andine, est la déesse-terre dans certaines cultures présentes essentiellement dans l'espace correspondant à l'ancien empire inca.

[25] Discours de Benoît XVI à Mariazell, en Autriche, le 8 septembre 2008

[26] Message du 21 janvier 2014 «  XXIXe Journée Mondiale de la Jeunesse »

[27] Rencontre du Pape François avec les jeunes, Asuncion (Paraguay) 12 juillet 2015

[28] Libertatis nuntius (IX-12)

[29] Lire les influences des deux philosophes francs-maçons, Krause et Tiberghien sur Lucio Gera,

[30] « Il ne s’agit pas de nier béatement les tensions qui peuvent surgir entre le Magistère et l’opinion publique des baptisés, ni d’en rejeter toute la responsabilité du côté des laïcs, soupçonnés d’être mal formés ou mal croyants. Il s’agit seulement d’écarter une approche insuffisamment théologique du sensus fidei, qui transpose de façon univoque dans l’Église les structures et catégories des sociétés séculières sans tenir compte de la spécificité de l’Église comme mystère de salut. Or, le croyant participe au sensus fidei dans la stricte mesure et proportion où il participe à la foi et à la vie de l’Église. Il y a donc un double critère pour évaluer si une intuition ou une réaction provient authentiquement du sensus fidei. Le premier est un critère objectif : la conformité à la tradition de la foi apostolique. Le second, que développe plus longuement le document, est un critère subjectif et se prend des conditions spirituelles requises pour participer pleinement dans l’Église au sensus fidei. C’est à partir de ces données proprement théologiques qu’un dialogue fructueux peut s’engager entre le Magistère, les fidèles animés d’un profond sensus fidei et les théologiens » (source : fin §3)

« toute opinion qui circule dans le peuple fidèle, même arithmétiquement majoritaire, n’est pas nécessairement l’expression du sensus fidei.... dans l’univers mental concret du croyant, les justes intuitions du sensus fidei peuvent se trouver mélangées à diverses opinions purement humaines, ou même à des erreurs liées aux étroitesses d’un contexte culturel déterminé... Comment faire le tri ?...  Il y a tout d’abord un critère objectif essentiel : la conformité à la Tradition apostolique.... Ces critères se résument en un mot : ecclésialité. Cette ecclésialité signifie d’abord une « participation active à la vie de l’Église...

L’opinion publique, pour importante qu’elle soit dans la vie de l’Église, ne saurait donc y jouer le rôle déterminant qu’elle joue dans les sociétés démocratiques. ...L’« échange public d’opinions » n’en reste pas moins « un moyen primordial par lequel on peut normalement évaluer le sensus fidelium »  »  » (§ 4  chap. 4)

[31] « Entretien programmatique » du Cardinal Bergolio avec le P. Antonio Spadaro, publié dans les revues jésuites en septembre 2013,

[32] Pape François, Discours aux prêtres, consacrés et membres des conseils pastoraux à Assise (DC n° 2515, janvier 2014, p. 134-135).

[33] Radu Portocla, Interview, Liberté Politique, 2003, http://www.libertepolitique.com/les-extraits-de-la-revue-liberte-politique/4500.
Pourquoi cette crainte de Radu Portocla,  de voir revenir le communisme sous un autre nom ? Parce que, dit Radu Portocola, « l’homme nouveau qu’il veut produire […] est un monstre dépourvu de conscience qui représente un danger mortel pour le monde. La société qu’il veut construire est une geôle effrayante ».
Radu Portocla a été confronté au système communiste et sait de quoi il parle :
-  Le grand-père de Radu Portocla a été, entre les deux guerres, une figure marquante du Parti libéral roumain. Il a été maire de Braïla (important port sur le Danube) et député. Entre 1937 et 1940, il a été ministre dans trois gouvernements libéraux. Arrêté par le pouvoir communiste en 1950, il est mort sous la torture.
-  Le père de Radu Portocla, médecin, éminent chercheur dans le domaine de la virologie, a passé deux ans dans des camps de travaux forcés (1952-1954) en tant que "fils d’ancien dignitaire" et a été interdit d’enseignement jusqu’à la fin de ses jours.
-  Radu Portocla, lui-même, a subi sa première filature à l’âge de 16 ans. Après dix ans de tracasseries incessantes, il a fait l’objet, en 1977, d’une enquête pour "haute trahison" menée par la Securitate. Il a été sauvé par le gouvernement grec qui a fait de très importantes pressions sur les autorités roumaines pour qu’on lui permette de partir en exil avec les membres de sa famille proche.

[34] « Benoit XVI- dernières conversations avec Peter Seewald » - Fayard- 2016- p.198

[35] Jeffrey Sachs , dans la biographie qui fait partie de son site internet personnel, se vante d’avoir conseillé Jean-Paul II sur son encyclique « Centesimus Annus ».
Il est intervenu  11 fois en 4 ans  à des colloques de l’Académie Pontificale:
- 1 juillet 2013 Sustainable Development Goals for a New Era
- 23 nov 2013 : Trafficking in Human Beings: Modern Slavery
- 5 dec 2013 : The Emergency of the Socially Excluded
- 13 janv . 2014 : Statement of the Workshop "Syria: Can We Remain Indifferent?"
- 2-6 mai 2014 : Sustainable Humanity, Sustainable Nature: Our Responsibility
- 10 nov 2014 : Less Nuclear Stocks and More Development
- 28 avril 2015 - Protect the Earth, Dignify Humanity. The Moral Dimensions of Climate Change and Sustainable Humanity
- 13-15 nov 2015 : Education and Sustainable Development Goals
- 26-27 nov 2015 : Health and Poverty
- 28 septembre 2016-  Laudato Si’ and the Path to COP 22
- 13-15 octobre 2017 - "Youth as Stewards of Our Planet for a More Fraternal and Supportive Society"
- 2-4 novembre 2017 - Health of People, Health of Planet and Our Responsibility Climate Change, Air Pollution and Health
Il a rédigé des chapitres entiers de publications de l’Académie :
- 5 nov. 2013 : The Emergency of the Socially Excluded

[36] L'expression "low cost" semble tirée du livre "Age of Sustainable Development" publié en mars 2015 par Jeffrey Sachs où il affirme très clairement que le taux de fécondité en Afrique doit être réduit. Il propose trois méthodes de réduction des taux de fertilités, la troisième étant que les gouvernements encouragent leur population à réduire la taille de leur famille par la promotion du contrôle des naissances et en leur donnant accès à une contraception libre ou à "low cost, et au planning familial.  Lire également: http://www.egaliteetreconciliation.fr/Jeffrey-Sachs-ou-comment-l-avortement-et-la-contraception-sont-promus-aupres-du-pape-Francois-40606.html
et http://reinformation.tv/jeffrey-sachs-laudato-si-objectifs-developpement-durable-onu-dolhein-58038-2/

[37] https://c-fam.org/friday_fax/who-is-jeffrey-sachs-and-why-was-he-at-the-vatican/

[38] CDSE § 239 - Jean-Paul II, Familiaris consortio, § 36- Catéchisme de l'Église Catholique, 2221

[39] Qu'est-ce qu'une "école inclusive"? Certainement, ici,  pas celle qu'évoque l'éducation nationale à propos de sa capacité à intégrer les enfants atteints de handicap, ni même ceux qui seraient victimes de discriminations de race ou de sexes. Larousse qualifie de "inclusif", ce qui "contient en soi quelque chose d'autre". Que contient donc l'école en dehors de sa mission de transmission des connaissances?
Comme beaucoup de concepts postmodernes, il utilise une sémantique "fourre-tout" vide de sens si on ne précise pas ce que l'école devrait "inclure".
En réalité, c'est la loi dite de Refondation de l’Ecole de la République du 8 juillet 2013 qui a intégré la notion d’inclusion scolaire. 
Le terme d’école inclusive marque "les transformations nécessaires de fonctionnement de l’institution scolaire pour qu’elle n’exclut pas mais inscrive tous les enfants dans un tout, un espace social" (Yves Bruchon- Cahier des PEP n°0 de mars 2014- p 8). L'auteur ajoute: "La scolarisation, parce qu’elle est apprentissages, est socialisation; «socialisation et acquisition des savoirs fondamentaux sont indissociables » dans la scolarisation – inclusive. Reste à définir quels sont les éléments de savoirs, compétences, cultures et leur modalités de transmission qui permettent à la fois une inscription dans l’ordre culturel, une maîtrise intellectuelle suffisante (avec ou sans aide) et une ouverture sur des apprentissages interminables.... Une école inclusive, en tant qu’elle institue cette inscription de tous dans l’ordre culturel". (Ibid p.11).   
Yves bruchon ajoute qu' "il faut marteler que l’école inclusive institue une autre façon de faire école sur un plan pédagogique, organisationnel et institutionnel, voire qu’elle fait éclater la forme scolaire" (Ibid p. 13)
"Dans la perspective de l’inclusion, l’individu est d’emblée social et que l’enjeu n’est pas sa socialisation, son intégration mais son individuation, sopour le dire vite, son inscription dans l’ordre culturel et symbolique qui en le nommant l’arrache à sa condition d’infans" (Ibid p. 15).
Le concept d'ordre culturel est donc essentiel ! L'école devient donc un instrument de "construction sociale". 

[40] Vincent Peillon "La Révolution Française n’est pas terminée" p. 193

[41] http://www.danielgoldberg.fr/archives/signez-lappel-les-droits-des-femmes-passent-par-la-gauche/

[42] Rassemblement du 23 septembre 2014 « leader’s forum on Women Leading the Way- Raising Ambition for Climate Action »organisé par « Mary Robinson Foundation - Climate Justice » et par « UN Women ». La motion commence par cet appel : « Over 130 women leaders gathered in New York to demonstrate their commitment to ambitious and gender sensitive climate action. »

[43] « Reducing Inequalities : a sustainable Development challenge » de Remi Genevey, Rajendra K. Pachauri et Laurence Tubiana,  (A planet for life- Fev 2013)

[44] http://www.youthpolicy.org/library/wp-content/uploads/library/2013_Advancing_Youth_Civic_Engagement_Human_Rights_Eng.pdf

[45]  « The United Nations in the Age of Sustainable Development »

[46] On nous pardonnera d’être choqué de voir Valeria Mazza accueillir le Pape François au symposium du 21 juillet en lui « claquant une bise » comme à un de ses élèves de Sciences Po,  alors que le pape lui tendait la main (Source : https://www.youtube.com/watch?v=usgDRCu2wuM&feature=youtu.be)

[47]  En 2008, Alejandro Gravier a créé DESA, la filiale Argentine de Ducati Energia SpA.

[48] http://fr.radiovaticana.va/news/2015/07/15/le_vatican_accueille_une_rencontre_sur_l%E2%80%99esclavage_moderne_et_le_r%C3%

[49] Interview de Mgr Sorondo devant le « World Policy Conference »

[50] Stanislas de Larminat : invité par SE le Cardinal Turkson, il avait fait l’intervention suivante que Mgr Sorondo avait cherché à interrompre à 3 reprises pendant qu’il parlait :

« Il n’est pas clair dans mon esprit s’il y a un large consensus dans cette assemblée sur la cause anthropique de la récente période chaude climatique. En climatologie, la complexité est extrême. Beaucoup d’entre vous sont climatologistes, océanographes, thermophysiciens, glaciologues, agronomes, biologistes, mathématiciens, chimistes, astronomes, hélio-sismologies, , etc... .Mais qu’y a-t-il de commun entre chacune de ces spécialités, entre la recherche sur les facteurs causaux ou résultants de la variation climatique ? Quelle science est légitime pour quantifier les relations de cause à effet ? Une telle méthodologie existe. Il s’agit de la dite « identification  des systèmes dynamiques et complexes ». Après une étude approfondie, un pionnier de ces techniques a conclu en 2015 que: « L’hypothèse, selon laquelle l’activité humaine n’aurait pas d’effet significatif, ne peut pas être exclue... Avec un taux de certitude significatif de 90%...  on doit considérer comme un fait établi que l’activité solaire, en tant que variable explicative causale, constitue effectivement l’explication première du “changement climatique“ » (p. 126-128). 

Cette conclusion remet-elle en cause le consensus du GIEC et que signifie ce consensus ? Mr. Hans Corell, secrétaire général adjoint de l’ONU pour les affaires juridiques, expliquait en 2002 que : « dans la pratique des Nations Unies, les expressions “sans vote”, “par consensus” ... sont... synonymes et donc interchangeables ». Est-ce que le "GIEC travaille par consensus" comme c’est écrit dans le communiqué de presse du GIEC n° 2015/19 ? Le "Résumé pour les décideurs" du GIEC a-t-il été adopté par votes ou non ?

De toutes les façons, ni les votes, ni quelque consensus que ce soit, n’ont la moindre signification pratique en science. En la matière, seule les preuves importent. La méthode par identification peut résoudre le paradoxe de cette affirmation du GIEC : « Les probabilités "Objectives" et "Subjectives"  ne sont pas toujours explicitement distinguées »  (AR5 GT2, § 2.6.2 <http://www.ipcc.ch/ipccreports/tar/wg2/index.php?idp=106>).

Pour attribuer le réchauffement global à des causes humaines, le GIEC utilise une méthode dite « détection et attribution » (D&A), plutôt que l’identification. Il l’a développée dans le seul objectif de la science climatologique. Il en existe moins de dix spécialistes dans le monde, tous menés par la Pr Gabriele Hegerl. Pourtant, les techniques d’identification sont largement reconnues et ont été développées depuis des décades pour identifier les comportements des systèmes complexes dans un très large spectre d’applications, et par des milliers d’exerts dans le monde. »

[50 bis] Source : Communiqué du PIK   

[50 ter] Faisal Al Suwaidi est Président du Research and Development at Qatar Foundation for Education, Science and Community Development (QF). Sheikha Moza bint Nasser est la fille de Nasser bin Abdullah Al Missned, elle est la seconde des trois femmes du Sheikh Hamad bin Khalifa Al Thani, ancien Emir de l’état du Qatar

[50 quart] Mail de Mgr Sorondo du lundi 11 septembre 2017 11:13 à Stanislas de Larminat en réponse à sa demande d'audience ainsi formulée: "Mgr and dear father, I understood you were in Oslo on last 21-22th of june. So I missed the opportunity to have a meeting with you.
Once more, I give you, below, the two topics that I would be very interested to talk about with you:
1- I explained to PAS in 2016 sept the reasons why an "identification of complex and dynamic systems" approach is needed to quantify cause-effect relationships. I quoted the work of a french specialist of "identification" who concluded that « the hypothesis, that human activity do not have a significant effect, cannot be dismissed. ...With a significant 90% confidence rating,... it must be considered, as a fact that solar activity, as a causal explanatory variable, does constitute the primary deterministic explanation of "climate change" ».... M. Hoesung Lee, chair of IPCC, answered that these conclusions could'nt be retained because it was not been published in a peer reviewed journal. Elsevier journal did it in 2016, 26th october.

I would be pleased to present to you this document. I attach the english version below. (http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S1367578816300931 et  https://www.dropbox.com/s/g2e7vzr5oc1rlfy/VF.pdf?dl=0)
2- At the PAS seminar in which I participated, I had made available to each of you a document tittled:  « Climatic mechanisms, identification, projections and languages elements in the path to COP22 ». I also attach it below (cf note n° 50 ci-dessus)
. From 7th page to 10th one, this document retained 15 questions/answers about identification. I imagine you didn't have time enough to study them.
So it could be, perhaps, more easy for you to have a rapid oral presentation about them.
I would be plased to synthesize these two important topics, simply for your personnal general culture as the Chancellor you are.

I could organize a trip to Roma between xxx and yyy.  So I should be obliged if you would give me an appointment at one of these days.
I thank you for your attention and for your answer.
Respectfully yours, Stanislas de LARMINAT (mail du signataire à Mgr Sorondo du 9 septembre 19:40)

 

[51] Le Forum Engelberg est résidé par Claude Béglé se présentant lui-même comme un « politicien à l'esprit visionnaire et humaniste », et ayant cette conviction : « Libérer la force de l'humain ». Ses valeurs sont entre autres  la Famille plurielle précisant « peu importe sa forme: traditionnelle, monoparentale, recomposée, arc-en-ciel. »

Ce Forum est  partenaire de la « Clinton Global Initiative »

Le logo du Forum Engelberg signe son appartenance idéologique : « C’est une figuration abstraite chargée de contenu : la concentration, le recueillement suggéré par le cercle qui se trouve au centre des montagnes et, en même temps, l’extraversion suggérée par les triangles pointés vers l’extérieur comme autant de canaux de transmission. (François Dessemontet, Professeur de droit à l’IUR de Lausanne) (« Ces riens qui ont tissé ma vie » de Marie-Anne Heimo, p 271)

[52] Le WPC est une « organisation indépendante qui a pour objectif de contribuer à améliorer la gouvernance dans tous ses aspect...  dans un climat de confiance et un esprit de tolérance, pour réfléchir, débattre et proposer des solutions constructives aux grands enjeux »...

[53] Interview :

Y-a-t-il un aspect religieux à cette question ?

[54]Le  World Science Forum a été créé par l'Académie hongroise des sciences (MTA), l'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO) et le Conseil international pour la science (ICSU). Le WPC surfe sur toutes les idéologies mondiales, « Nous approuvons les rapports et les déclarations publiés récemment par les principales organisations scientifiques telles que le GIEC, le CIUS, l'UNESCO, l'EASAC et l'énoncé final de la conférence scientifique internationale intitulée «Notre avenir commun dans le contexte des changements climatiques» co-organisée par l'UNESCO, le CIUS, institutions de recherche en France en Juillet 2015 , ... Les découvertes scientifiques constituent le fondement et le moteur du développement social et économique .... Une participation équitable des femmes... à l'application de la science,  améliorer la gouvernance scientifique en donnant aux femmes et aux jeunes scientifiques des moyens de stimuler les débats politiques,    »

[55] Libertatis conscientia (§2)

[56] Libertatis conscientia (§ 21)

[57] Libertatis conscientia (§71)

[58] Libertatis conscientia (§75)

[59] http://benoit-et-moi.fr/2016/actualite/vers-quel-pontificat.php