A-t-on réalisé qu’aujourd’hui, 16 % des Africains ont accès à l’électricité[1]. Dans les pays développés, même les populations les plus défavorisées ont accès à l’électricité. Comment les africains pourront-ils vivre sans eau et sans électricité, y compris dans des villes multimillionnaires en habitants ?
Croit-on que ce sont des programmes éoliens ou solaires qui vont pouvoir permettre à ce continent de distribuer l’électricité dans les domiciles, d’alimenter les industries consommatrices d’énergie indispensables aux équipements de base : aciéries, cimenteries, papeterie, , vitreries, etc ?[2] Toute ces industries sont indispensables pour  assurer aux populations un accès à des chaines du froid et des constructions de stockages alimentaires salubres , des revêtements routiers et des équipements ferroviaires indispensables aux mouvements  commerciaux , etc…
On prétend que l’avenir de l’Afrique passera par des économies dé-carbonées ! C’est oublier le jeu des contraintes globales énergétiques, agricoles et industrielles. Pourquoi ?

Analyse: "les2ailes.com"

L’éolien et les énergies renouvelables sont soumises à des aléas qui ne permettent pas de faire partir des trains à l’heure, ou de maintenir des hauts fourneaux à des températures constantes. Même dans les pays développés, l’usage d’énergie renouvelables passe par des stockages d’énergie coûteux. L’utilisation  de batteries est impensable à cette fin. La solution retenue passe par le pompage inverse des rivières en amont des barrages hydroélectriques. Pour garantir la constance de niveau de tension dans le réseau, il s’agit d’une alternative complexe à mettre en place et donc très coûteuse.  On se plait à dire que le coût complet du nucléaire doit intégrer le démantèlement des centrales en fin de vie. Le retour d’expérience monte que le coût en jeu est de 10 à 15%[3]. Ce n’est rien par rapport au coût complet de l’éolien si on prend en compte l’outil complet hydraulique-éolien.

Il faut souligner deux paradoxes à ce sujet :

- Au nord, en France, c’est au moment où l’hydroélectrique devient essentiel pour l’éolien que l’Europe, imposant la concurrence, nous impose de mettre les barrages en appel d’offres. Désormais soumis à concurrence les barrages vont nous être achetés pour la valeur de production et non pour la valeur d’utilité qui serait incommensurablement plus importante. On va donc dés-optimiser le système électrique, augmenter le coût de revient… au détriment du consommateur qui, in fine, va payer[4].

- Au Sud, les pays comme l’Afrique sont dans une impasse. Tout investissement hydroélectrique devient inaccessible à cause de l’idéologie libérale du « zéro frais de douane » qui est imposé à l’Afrique. En effet, lorsque le  Nord exporte des céréales au Sud, il envoie en même temps  ce qu’on appelle l’ « eau virtuelle » qui a servi à produire cette céréale au Nord. Non seulement, l’absence de fais de douane empêche les pays du Sud de ce protéger de l’importation de cette denrée bon marché qui concurrence de façon inique et cynique leur propre production de céréales. Dès lors, aucun investisseur n’est prêt à investir dans des équipements hydroélectriques, impossible à amortir faute de capacité des agricultures locales, ruinées par la concurrence du Nord. Quand la France a investi dans le barrage de Serre-Ponçon, l’objectif n’était pas tant de produire, ni de stocker de l’électricité. Le premier bénéfice a été de permettre la mise en réserve d’eau agricole pour alimenter toute la basse Provence qui est ainsi devenue un des bassins producteurs de légumes essentiels.
Cette impasse a des conséquences sur l'approvisionnement en eau potable des populations. Les réserves hydrauliques en amont de Paris contribuent, accessoirement, à l'approvisionnement en eau potable de Paris. Faute de pouvoir amortir ces investissements sur de véritables activités économiques, l'Afrique se voit condamnée à des micro-réalisations de puits, certes louables, mais sans proportion avec les enjeux.

Quant aux aspects sécuritaires, il faut souligner que, hormis Tchernobyl, les accidents nucléaires (Fukushima) n’ont pas fait de morts, alors que c’est l’énergie hydraulique qui a causé le plus de morts dans le monde. Malgré le déficit d’image du nucléaire, la Suède qui, la semaine dernière, a fait savoir que le nucléaire était une industrie d’avenir. C’est le cas de nombreux pays, notamment les pays les plus peuplés à forte intensité de besoins énergétiques, la Chine, l’Inde, le Pakistan, l’Égypte et tous les pays pétroliers qui craignent de voir leur rente pétrolière s’évanouir. L’Arabie saoudite, il y a encore cinq ans, auto-consommait pour ses besoins en électricité 26 % de sa production de pétrole. Et quand on extrapolait les besoins de l’Arabie saoudite sur les trente ans qui suivaient, on prévoyait qu’elle en viendrait à importer du pétrole[5].

Vouloir imposer de nouveaux modèles économiques à l’Afrique nous fait oublier les contraintes de notre propre histoire économique. Le Nord impose une nouvelle forme de néo-colonialisme aux pays les plus faibles avec de prétendus modes de développement dé-carboné, « au prix de l’abandon des traditions antiques de la société. C’est du paternalisme à rebours », disait Mgr André Vingt-Trois. C’est une véritable insulte  faite à l’Afrique…. d’autant qu’elle est dictée par une contrainte climatique mensongère et malthusienne, qui vise à  imposer à des programmes, plus verts que vertueux. Ces programmes n’éradiqueront pas  la pauvreté, mais excluront les pauvres de toute capacité à émerger par eux-mêmes en les enfermant dans une situation économiquement sans espoir.


[1] Source : Intervention d'Henri Proglio, ancien Président-directeur général d’EDF, lors du colloque "Défis énergétiques et politique européenne" du mardi 18 juin 2019

[2] La consommation française est de 90.000 mégawatts /jour (MW/jour). Le Kenya a investi dans un des plus important programme éolien en Afrique n’est équipé que pour une production de 300 MW/Jour pour une population à peine inférieure à celle de la France (50 millions d’habitants).

[3] Source : J.M. Jankovici, France Culture : https://m.youtube.com/watch?v=lBox1k1bFxs

[4] Source : Henri Proglio, ibid,

[5] Source : Henri Proglio, ibid,