Le groupe de travail interdicasteriel du Saint-Siège sur l’écologie intégrale a publié la version française de En chemin pour la sauvegarde de la maison commune 5 ans après Laudato si.
L’introduction commence par cette phrase : « ‘Le temps se fait court’ (1Co 7, 29). Cette exhortation…, nous l’entendons aujourd’hui résonner avec urgence ». Urgence climatique ou appel à nous tourner vers la terre nouvelle ? Saint Paul utilise un terme technique de la navigation : « littéralement, le temps a cargué ses voiles : quel que soit le temps restant à courir jusqu’à la parousie,  de toute façon, dans le Christ ressuscité, le monde à venir est déjà présent »[1]. Notre vie est comme une navigation toujours orientée vers le port. 

Transcription : « les2ailes.com »

Saint-Paul explique :

« Frères, je dois vous le dire : le temps est limité. Dès lors, que ceux qui ont une femme soient comme s’ils n’avaient pas de femme, ceux qui pleurent, comme s’ils ne pleuraient pas, ceux qui ont de la joie, comme s’ils n’en avaient pas, ceux qui font des achats, comme s’ils ne possédaient rien, ceux qui profitent de ce monde, comme s’ils n’en profitaient pas vraiment. Car il passe, ce monde tel que nous le voyons ».

On peut souligner[2] les deux expressions qui encadrent ce court extrait de la lettre de Paul : « le temps est limité » et « il passe, ce monde ». Et entre les deux, cinq « comme si »  invitent à prendre du recul en cinq exemples concrets de situations diverses de vie, comme des exemples de manières de vivre dans ce monde qui passe vite, qui se déroule dans des limites et qui s'arrêtera un jour. Il y a là une sorte de leçon de philosophie de la vie ? Une sagesse ? Une invitation à ne s'attacher à aucune situation, comme s'iln'y avait pas de réchauffement climatique anthropique et comme si la population mondiale devait ou non s’accroître ! Une invitation à ne pas s'enfermer dans des peurs de toutes sortes ? Paul ici ne traite pas du mariage, des pleurs, de l'argent, de la joie du monde, ni de la crise écologique … Il n'a pas l'habitude d'en rester à ce seul niveau humain de sagesse, ce n'est pas son genre, lui qui répète souvent en Christ, comme une devise.

Paul n'invite pas à quitter notre façon de vivre, pour nous orienter vers une vie plus écologique! Il nous appelle à l'orienter vers le but du voyage, la parousie. Sur les questions écologiques, les chrétiens et les non chrétiens vivent comme tout le monde. La spécificité du chrétien est d’avoir les yeux dirigés vers un horizon "en Christ". Il a une autre manière de vivre qui vient de sa foi "en Christ", de son espérance et de son amour. Plus loin, saint Paul écrira : Soit que vous mangiez, soit que vous buviez, quoi que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu (10,31).

Le dimanche auquel on lit ce passage de saint Paul prévoit la lecture d’un extrait du conte de Jonas. Jonas a fini par arriver au but de son voyage, Ninive, et il a (enfin !) écouté Dieu, après l'avoir boudé. Quelle est notre écoute du Seigneur ? Que nous dit le Seigneur sur notre manière de vivre ? Le psaume du même dimanche propose une prière : Seigneur, enseigne-moi tes voies, fais-moi connaître ta route, ta manière de vivre. L'Évangile de Marc, toujours du même dimanche, s'ouvre par cette parole de Jésus: Les temps sont accomplis, le règne de Dieu est tout proche; Cette affirmation rejoint la méditation de Paul sur le temps qui passe. Nous sommes en permanence près du port : le règne de Dieu est à notre portée. L'évangéliste Luc dira même : Le règne de Dieu est au-dedans de vous (Luc 17,20-21).


[1] Note de bas de page de la traduction œcuménique de 1 Co 7,29 (TOB, 1977, p. 505, § s)

[2] A partir d’un commentaire similaire du site de la paroisse de Colomiers (31) sur ce texte